LE TOUR DU LARZAC
Juillet 1999, je termine mon service militaire. Bien entraîné et habitué aux bivouacs "à la dure", je souhaitais quelques jours de marche solitaire avec mes deux compères Jérôme et Thierry dans un des coins les plus déserts de France .Mais où aller avec un tout petit petit budget? On pensa vite au mythique plateau du Larzac ... qui nous proposa une superbe randonnée estivale, en plein cagnard (6 juillet 1999-10 juillet 1999), au milieu du parc naturel régional des Grands Causses, en boucle autour de Millau. Ce fut une randonnée apaisante qui, pour un budget minimal ,nous procura de bons moments de communion avec la nature et une tranquillité absolue!
ITINERAIRE ET ORGANISATION
Notre itinéraire( environ 110 km) à parcourir en 6 jours mais on peut faire moins....
Millau-Montredon-Nant-la Couvertoirade-l'Hospitalet du Larzac-la Cavalerie-Bel-Air- Millau (voir ci-dessus)
Période conseillée: Evitez l'été, la chaleur torride sur les plateaux et la végétation steppique sans ombre pourrait fatiguer certains. L'eau est rare...on a eu quelques surprises...Par contre, pour les bivouacs, c'est le pied!
On peut consulter les prévisions de Météo France.
Niveau: Tranquille. Les sentiers sont bons ,pas toujours bien balisés , mais il n'y a pas de dangers sur l'itinéraire. On peut même marcher en sandale!
Hébergement: Le bivouac est le meilleur moyen ,selon moi ,pour appréhender cette région. Il y a le choix pour dormir à la belle étoile et quel calme!
Quelques liens utiles:
- un site sur le Parc naturel régional des Grands Causses
- le site des associations de lutte du Larzac
Arrivée à Millau
Jour 1:On quitte Bordeaux , notre belle ville étudiante, par le train matinal de 6h28, après une nuit écourtée par les ébats amoureux des voisins du dessus...Vivement un peu de calme! Nous arrivons à Béziers vers 11h.Cela peut sembler être un détours mais Millau n'est pas si facile d'accès .On recherche une épicerie dans le quartier de la gare. Une petite épicerie arabe...j'y demande du jambon! Voyageurs débutants nous étions! On déjeune dans un parc du centre avec Aurore le chat...qui aura droit à sa part. 12h30 :Train pour Millau où l'on arrive 2h30 plus tard.
Bien sûr, en bon voyageur , j'ai oublié le topo guide de la randonnée et en rachète un autre à l'office du tourisme !
On démarre directement la rando . Cela commence en sortie de ville, face au Mac Donald's célèbre pour avoir essuyé les coups de José Bové et de ses acolytes, par une montée rapide et pénible vers le Causse. Belle vue sur la vallée depuis la ligne des crêtes .Le viaduc n'existait pas encore. Cela a dû changer. On se ravitaille en eau chez un paysan qui nous livre ses conseils médicinaux (" le plantain c'est bon pour les ampoules " ).On en aura sûrement besoin. Le temps devient menaçant vers St Martin du Larzac (visite de la chapelle). Rencontre surprenante et dialogue ubuesque" C'est grand le Cun ? Oh ça oui c'est grand ! " répond un autochtone. On préfère éviter cette "grande ville" de 5 habitants en trouvant un bivouac sympa dans un abri troglodyte près de la ferme des Baumes. Autour d'un feu on coupe des herbes pour la couche, harmonica, saucisses grillées...Ambiance cow-boys . On se ravitaille en eau à la ferme où 2 jeunes filles confiantes nous laissent entrer chez elles...On aurait pu y faire un remake de Shining...mais bon il fallait se reposer.
Bonne nuit sauf pour Jérôme qui à " choisi " de dormir sur un gros caillou . Le pauvre!
Le Cun, Montredon et Nant
Jour 2: On se lève plus tard que prévu ,vers 8h30, pour lever le camp vers 10 h. On arrive enfin à la ""communauté hippie" du Cun (tipis, babas...).Peace!
Nous entrons dans le célèbre camp militaire par un route dans la forêt (aucune voiture !)
Il s'ensuit un long passage désertique dans un paysage très" western spaghetti" jusqu'à Montredon (village de José Bové...).Je crois avoir aperçu des indiens mais ce doit être la chaleur...Repas au village. 1ère rencontre du voyage(6 filles... même pas égarées sur les plateaux).Thierry n'a même pas pu les secourir. On arrive à la ferme du Causse des Cuns : vue sur l'Aigoual, vallée de Nant, gorges de la Dourbie d'où l'on descend vers Nant . On achète alors du Coca en urgence pour Jérôme, pour le soutenir dans son calvaire plantaire. On dormira dans le parc du village , village est très agréable avec ses canaux et maisons moyenâgeuses, ses rues tortueuses, son abbatiale du XIIème siècle...Encore une bonne nuit en perspective.
De Nant à la Couvertoirade
Jour 3: Déjeuner et toilette sur la place, près de la fontaine puis descente vers les berges de la Dourbie où l'on se baigne et se lave dans une eau glacée. Un peu de lessive aussi. Nous partons puis revenons chercher le gel douche oublié par Thierry. C'est vital ...pour notre odorat!
Montée vers la Baraque Froide par un désert . Jérôme est à l 'agonie avec ses pieds. On longe alors une interminable voie ferrée désaffectée depuis bien des années. Elle devait relier Albi au Vigan (Gard).Les tunnels, les gares , les viaducs étaient près ..mais les rails n'ont jamais été posés. On a très soif ...mais il n'y aura pas d'eau à la Baraque Froide (ruine). Pas bon pour le moral tout ça! Repas sans eau dans les buissons épineux en plein cagnard. On se bat pour les pêches au sirop !
Le sentier devient " australien ", en terre rouge, vers la Couvertoirade. Thierry en profite pour nous raconter ses relations avec les femmes : nous sommes tous impressionnés par ce séducteur. Arrivée sur place on commence par un énorme ravitaillement en eau puis on visite cette ancienne commanderie de Templiers, en bon état de conservation donc un peu trop touristique. Ce village connut une période de prospérité du XVème au XVIIème siècle et revit grâce au tourisme. C'est beau il faut le dire !
On glande et se repose au pied des remparts . N'ayant plus grand chose à grignoter , on décide de poursuivre. On arrive près d'un gîte où l'on doit sûrement bien manger , vu l'odeur s'échappant des cuisines. Pour nous ce sera repas pâté... Puis c'est la recherche d'un bivouac difficile dans un coin très caillouteux. Finalement on trouvera un bel endroit au milieu des buis et des rochers. Superbe nuit étoilée.
La Blaquererie, l'Hospitalet du Larzac et la Cavalerie
Jour 4: La journée commence bien : on se perd dès le début de la marche . Séquence orientation, revenons sur nos pas pour récupérer le GR jusqu'au Cun Berg pour pas mal de temps perdu. On se perd encore et arrive sur une route goudronnée que nous empruntons en sens inverse ! Arrêtons des italiens en moto qui nous confirment notre erreur. Demi-tour donc vers la Blaquererie. ( 5 km x 2) par un coin assez assez monotone.
Après le village ( belles maisons, église du XVIIIème ) de nouveau on perd le balisage. Jérôme trouve par miracle un sentier (sûrement l'ancien GR) qui nous ramène vers la ferme de Fontvive. Encore un passage de voie ferrée très long jusqu'à la Jasse,où l'on passe sous l'autoroute puis c'est l'arrivée à l'Hospitalet du Larzac.C'est une ancienne étape avec un hôpital pour les voyageurs qui se rendaient à Millau et qui redoutaient la traversée du Causse. On ne redoute rien mais on s'y repose près de la fontaine aux cygnes.
Puis l'on poursuit par une montée dans un bois dans lequel on se régale de fraises et de framboises. Du coup on perd encore le GR. On rejoigne alors une route que l'on suit jusqu'à la Cavalerie où l'on se ravitaille. C'est un village d'origine templière qui possède encore un vestige en bon état de son enceinte fortifié du XVème siècle. Le camp militaire du Larzac est proche. Il sert au tir de l'infanterie ( pourquoi n'ont-ils pas appelé ainsi le village?) et reçoit de nombreux groupes de stagiaires par an."Stage de tir Larzac et à l'issue... rassemblement !". "oui chef!". On reste une bonne partie de la soirée sur la place au milieu des joueurs de boules et au centre de la fête du village. Les tirs sont précis mais peu meurtriers. Lavage peu discret au robinet .En quelques jours on oublie vite sa timidité ..de vraies bêtes...qu'on était. Des commandos!
On recherche un bivouac après s'être égaré de nouveau pour arriver à un dolmen. L'Aveyron est le premier département de France pour le nombre de Dolmens , loin devant la Bretagne!On en compte plus de 700 sur le Causse. On se sépare en trois groupes , la nuit tombante, au péril de nos vies(!), il y des loups et des ours... pour trouver un balisage . On se contente d'un super bivouac au milieu de rien dans un champ fraîchement coupé. La cohésion avec la nature est bien réelle. On se promène à poil en chantant pour crier notre bonheur.
Superbe nuit étoilée.
Retour sur Millau
Jour 5: Réveil 8h30 . Super temps. Passage à la ferme du Bouissan où nous discutons avec la propriétaire. Repas à la superbe ferme de " Bel Air ", à côté des lavandes. Ambiance country : harmonica, chant... pâté. WC dans les buissons en chantant.
Arrivée sur les crêtes du causse au dessus de Millau près de la base de vol libre .Le final est corsé pour Jérôme avec la dure descente du Causse . On arrive au gîte de Millau qui malheureusement affiche complet mais nous trouvons un camping au bord du Tarn dans lequel nous nous baignons..en slip. Puis c'est l'heure de notre douche très attendue. On sentait plus fort que le Roquefort!
Soirée en ville ( repas aveyronnais dans le parc de la ville puis longue recherche d'un bar potable dans le centre). Serveur pas très aimable. Est-ce notre look? . Visite de Millau by night.
Jour 6: Retour vers Agen et Bordeaux pour Jérôme et moi alors que Thierry repart pour Marseille ,en stop, vers d'autres aventures...
La qualité est moyenne...je m'en excuse...Le photographe était débutant et en plus j'ai dû scanner tout ça. M'enfin cela donne une idée des paysages...(cliquer pour agrandir).
CONCLUSION
Que de beaux moments dans un temps si court!Pas besoin de partir loin pour se sentir ailleurs. Le Larzac, parcouru à pied, procure de nombreuses satisfactions, à deux pas de chez nous. L'ambiance fut bonne enfant: rire, marcher, se perdre, trouver un bivouac, observer, traverser des village...Un très bon souvenir, sur une terre chargée d'histoire.
LE POUR: les paysages, le budget , la beauté des bivouacs,l'histoire du lieu, les rencontres .
LE CONTRE : la chaleur, certaines parties monotones.