ECOSSE:"THE GREAT WILDERNESS"

Pourquoi l' ECOSSE?

7 ans après notre première " aventure " sur l'île de Rum, nous avions envie de repartir passer quelques jours au grand air. Le projet a donc commencé à germer dès la rentrée 2010. Nick, Titi puis Stéphane, enfin Thierry, mon beau-frère, nous étions 5 motivés pour faire une pause d'1 semaine aux environs de Pâques. Pas simple pour les parents, les profs et les patrons du groupe de trouver un créneau ...mais nous avons réussi. Il fallait ensuite choisir la destination. J'ai ainsi passé beaucoup de temps à scruter tous les coins propres à la randonnée des îles britanniques et de l'Irlande. Des sites, des cartes, des blogs, on s'est vite tournés vers l'Ecosse. Ok nous connaissions un peu mais cette terre semblait tellement plus sauvage pour une randonnée de plusieurs jours que quelques uns parmi nous s'y sentaient irrésistiblement attirés. Stéphane avait émis l'idée d'un séjour plus au chaud, ou un trip en camping-car mais rien n'y fit, le groupe voulait du wild! Nous avons donc réservé assez tôt un vol pour Inverness, il restait plusieurs semaines pour trouver le coin exact. Alors Nick est tombé sur un article traitant du " Great Wilderness ", l'une des régions les plus reculées du pays . Ce titre sonnait tellement bien, nous avions trouvé la destination. Une région de lacs et de pics un peu au sud d'Ullapool. Après des heures de recherches, explorant les cartes, les refuges, les horaires de bus, de train, j'ai enfin trouvé un parcours qui tenait la route: Achnashellach-Braemore Junction . Mélange de sentiers riants, de cascades, de forêts, de pics austères, de vallées immenses, de passages de gués avec camping sauvage et refuges .
La période précèdent le départ sera marquée par de nombreux échanges à propos de l'achat de matériel, sur la météo, la logistique alimentaire...Excitant. Et puis un dimanche d'avril, la bande se retrouve dans un aérogare low-cost de Bordeaux, Rum II commençait enfin.

PLAN DU VOYAGE

QUI SOMMES-NOUS?

Une équipe de choc. Rassemblés pour un même projet, mes meilleurs compagnons de route passés, présents et futurs. Ils sont 5, surentraînés et prêts à en découdre avec le Great Wilderness.

Trombinoscope

ITINERAIRE ET ORGANISATION

La base écossaise pour le départ et l'arrivée sera Inverness, principale ville du nord de l'Ecosse, facilement accessible en avion et centrale. De là nous prendrons d'abord un train en direction d'Achnashellach, petit arrêt anonyme sur la ligne reliant Inverness à Kyle of Lochalsh.
La partie marche démarre à la sortie du train et durera 6 jours jusqu'à la Braemore Junction, carrefour sur la route Ullapool -Inverness. Nous rentrerons en stop jusqu'à Inverness.

Ci-dessous un tracé à main-levée du parcours avec un profil approximatif des dénivellations:

Une autre carte du parcours, issue du site Viamichelin, avec les étapes signalées par un trait rouge :

PERIODE :
Nous n'allons pas pouvoir être très objectifs. Le temps fut exceptionnellement beau et chaud en ce mois d'avril. Une semaine avant le départ il était prévu de la neige et des températures très froides...donc...difficile à prévoir. Le mois d'avril reste néanmoins un des mois les plus agréables selon les locaux: pas de midges(ces mouches voraces) , plus trop de neige (à nuancer) et de longues journées. En tout cas le climat a été beaucoup plus clément que lors de notre précédent voyage . Les sentiers sont très peu fréquentés, malgré le superbe temps.
Les vols n'étaient pas trop chers, Inverness déserté par les touristes...un bon choix.

Pour en savoir plus sur le climat et les bonnes périodes , le site de QUAND PARTIR.

NIVEAU :
Ce voyage a demandé un gros travail de préparation au niveau de la logistique et nécessite une petite expérience de la randonnée ou alors du temps et de de bons conseils. D'abord bien calculer ses besoins en nourriture, en gaz et en matériel. En cas de mauvais temps tout ce travail en amont s'avérera primordial. Au niveau du sentier, on pense tous que le même trajet sous des trombes d'eau aurait été vraiment long et galère. Les distances sont trompeuses car le sentier est parfois vraiment peu sûr ou même carrément inexistant par endroit. Une condition physique correcte et un supplément de force morale ( en cas de mauvais temps) semblent nécessaires.
En cas de coup dur on n'est jamais bien plus loin qu'un journée de marche d'une "sortie" possible. Mais l'ambiance des lieux peux devenir très lugubre et ce rapidement.


HEBERGEMENT ET BUDGET (2011) : Difficile d'établir un budget précis car il dépend vraiment de chacun. L'ensemble du voyage m'est revenu à moins de 460 euros ( en comptant 240 euros pour le vol depuis l'aéroport de Bordeaux , 100 euros de nourriture amenée de France, 20 euros de train et taxi et moins de 100 euros sur place en se faisant vraiment plaisir dans les restaurants et les pubs) .
ATTENTION! Il est évident que le budget équipement est conséquent pour un novice et peut alourdir la note : bon duvet, tente, haut et bas imperméables, chaussures, matelas de sol, réchaud, polaire, pantalon de marche, gants, bonnet....Un gros budget à prévoir. Remarquons le prix bien moindre de ce matériel dans les magasins d'Inverness.
Pour les lyophylisé nous avons en moyenne dépensé 90 euros ( autour de 5 euros l'unité).
Les prix de la nourriture et des hôtels sont moins élevés qu'en France. On dort bien pour 20 euros dans les auberges du centre d'Inverness.

Pour préparer ce voyage j'ai utilisé :

SITES GENERALISTES

TRANSPORTS

LOGISTIQUE

RANDONNEES

  • la bible des sentiers et des pics, une mine d'information: Walkhiglands.
  • un site sur les parcs nationaux britanniques.
  • le meilleur site de météo montagne pour l'Ecosse.

MUSIQUE

  • le site de Liam Clancy, célèbre chanteur folk irlandais dont la musique m'a accompagné dans toute la rédaction du carnet de voyages. A jouer avec sa folk d'urgence!


Inverness

Alors que la moitié du groupe passe la nuit à Bordeaux, nous préférons rester avec Thierry à Dausse, quite à se lever très tôt (6h) ce lundi. Pourtant ce réveil n'est pas trop difficile, partir à plusieurs sur un projet qui emplit mes pensées depuis plusieurs mois, c'est plutôt une délivrance. C'est donc à Bordeaux, dans le nouvel aérogare low cost que nous retrouvons les autres et que le voyage démarre enfin. Une entrée dans un monde parallèle , rempli de rire, de délires et parfois de réflexions. En tout cas on démarre fort dans ce hall, tout le monde paraissant très excités par ce départ tant attendu.

Ambiance potache de 5 potes qui se retrouvent. Cela ne s'éteindra pas avant le coucher, tardif, à Inverness. Les vols seront sans surprises jusqu'à Londres Luton puis Inverness. Seul Titi avec son couteau de chasse aura des problèmes à la douane. C'est un délit d'avoir un tel objet en Grande-Bretagne. Le temps vu du ciel est surprenant . Très clair, vues dégagées sur les pics encore un peu enneigés, part-on vraiment en Ecosse? D'ailleurs l'arrivée sur la piste ensoleillée ne nous transporte pas vraiment sur les terres des Mac Leod. On est en effet bien loin des paysages embrumés des étiquettes de whiskies. Moins de cachet donc et en plus la crainte surréaliste...d'avoir trop chaud vu notre équipement orienté " grand froid ". Les sacs, déjà très lourds, ne sauraient supporter les polaires et les affaires prévues pour être portées sur nous. On verra bien. On négocie un taxi pour 23 livres, reliant ce petit aéroport au Inverness Tourist Hostel , très bien et très central. Les sacs posés, nous partons nous promener dans les rues ensoleillées de la ville. Inverness est riante sous ce soleil, mais on s'imagine facilement les longues nuits froides de l'hiver. Certains jeunes, blancs, sombres, gothiques, un véritable Higlander tenant un snack nous rappellent qu'on est loin de l 'Andalousie. La ville ne m'émeut guère.

Pas vraiment le sentiment d'être au nord, moins qu'en Allemagne à Toussaint par exemple, sur les bords de la Baltique. Histoire de climat j'en suis sûr. Quelques magasins ouverts, on en profite pour acheter le gaz . Le choix est énorme et les prix alléchants. Un paradis du randonneur . Toujours une très bonne ambiance, on passe notre temps à rire de n'importe quoi. La recherche des surnoms par exemple. Je serai Justin Bébert ( en hommage à ma mèche ) , Nick " Uneasy Jet ", Titi " Ti the one " , Stef " the Roots " and Thierry " 30 kg in the bag and I want more ". La soirée se fera, après pas mal de recherches infructueuses, dans un pub , autour du Sunday Roast Beef sauce gravy. Un folkman à la guitare chante du Oasis et du Neil Young, on est véritablement dedans. Fin de soirée dans le pub de Ginette, rempli de locaux assez âgés. Ambiance de fin de séjour, pas vraiment la tête dans la rando, et pourtant il va falloir s'y mettre , et ne pas se relâcher moralement avant de partir. Nous rencontrons aussi deux françaises , la gendarmette et la …....d'Inverness, deux personnalités originales qui nous ont bien fait rire.
De retour à l'auberge un type aura la malchance de se trouver dans l'unique lit disponible de notre dortoir. Pas évident pour lui de s'insérer dans le bordel de notre installation et dans nos délires. Ses ronflements nous procureront d 'énormes fous rires. Les papas, eux, dorment déjà.

Plus de photos des préparatifs et d'Inverness. Cliquer sur les photos pour agrandir et quelques indications.

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ETAPE 1: Achnashellach-Bivouac avant Kinlochewe

Réveil vers 7h30 après finalement une bonne nuit ...malgré les ronfleurs. Nous prendrons le petit déjeuner dans le marché victorien de la ville. An english breakfast servi par une asiatique! Heureusement il y a un peu de haggis mais ce ne sera pas le meilleur souvenir gustatif du voyage . Il est temps de faire les provisions pour le repas de midi puis nous prendrons le train en direction de l'Ile de Skye jusqu'à Achnashellach. Les sacs sont très lourds , le temps superbe et chaud et nos discussions toujours aussi légères. J'ai assez de mes voyages solitaires pour penser au monde qui change, à ma vie ou à une philosophie du voyage. A 5, le cerveau se pose souvent et ce n'est pas plus mal. " La Patagonie c'est l'extrême nord du sud " selon Nick. Le trajet en train sera très agréable ​VIDEO, d'abord assez pastoral puis de plus en plus sauvage. Les paysages très photogéniques nous enchantent...ce n'est qu'un début. Le train nous laisse à un arrêt sans gare au milieu de nulle part.

Quelques maisons et un silence reposant. Nous allons manger assez rapidement notre repas froid sur le quai désert, regardant les trains qui ne passent pas. Puis la marche démarre. Le sentier longe d'abord une rivière dans un sentier qui sous un tel temps pourrait être en Californie: pins calédoniens, ciel bleu, soleil et chaleur. D'ailleurs on ne tarde pas à s'improviser un short avec nos pantalons ou à se protéger la tête comme on peut. Loin de l'Ecosse-Islande qu'on peut rencontrer parfois. La montée plein nord et sur un super sentier devient vite superbe en s'élevant. Le rythme est bon malgré un sac qui tire sur les épaules. Vers le sommet du Drochaid Coire Lair la vue devient magnifique ​VIDEO, au pied du Beinn Liath Mhor (887m) . Devant un groupe exalté se présente un panorama à 360 ° , immense. Personne, rien, à des kms, ce que nous recherchions.

Au terme d'une longue descente on rejoint un charmant abri au pied d'une cascade vers l'Easan Dorcha VIDEO. Mousses, beaux arbres, un air de rocheuses. La suite du sentier consiste en une piste assez plate et longue qui rejoint une exploitation forestière vers Coulin où nous retrouvons la civilisation. L'exploitant , du haut de son engin, stoppe son travail pour nous faire passer. Un petit pont nous mène à une deuxième maison , Torran Cuilinn dans un joli cadre ​VIDEO. Un bon coin de bivouac mais il est un peu tôt. Le sentier est alors assez difficile à trouver...d'ailleurs on va traverser la forêt au nord du Loch Coulin hors sentier .Pas très agréable et humide malgré le temps très sec. La forêt passée, on se retrouve sur un grand plateau très sauvage au pied du Carn Dhomhnuill Mhic a' Ghobha.C'était l'endroit où j'avais prévu le bivouac. Pas de rivière assez grosse, pas d'endroits abrités, terrain accidenté, on ne peut qu'avancer. La seconde forêt est en fait une exploitation à moitié dévastée genre " pays des hunts " du seigneur des anneaux.



​Le sentier est aussi souvent coupé par un grillage, à escalader parfois VIDEO. Bref, ce n'est pas terrible et on rallonge souvent pour progresser (suivre les flèches jaunes). Finalement, alors que l'on commence à trouver le temps long, on trouve un très beau bivouac pas si loin que ça de Kinlochewe ( à vol d'oiseau!), au bord d'une rivière, un peu avant Cromasaig VIDEO. Vues superbes (pour un début) , nous sommes ravis. Pas le grand wild mais c'est un très bon endroit pour un premier jour, plus long que prévu (déjà des ampoules ). Les distances sont en fait assez traîtres et peut-être ai-je vu trop grand, surtout si le temps change. Préparer le feu, prendre l'eau à la rivière, faire chauffer les réchauds, monter les tentes...installer un bivouac est une expérience qui s'avère très agréable quand elle s'entoure d'une telle ambiance. Atmosphère calme, une dizaine de degrés, nous sommes ravis.

Plus de photos de la première étape. Cliquer sur les photos pour agrandir et quelques indications.

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ETAPE 2 : Bivouac avant Kinlochewe-Bivouac du Lochan Fada

Nuit chaude ( tout nu dans le duvet) et parfois bruyante (chouette dans les parages) . Nous nous levons naturellement vers 8 heures et prenons notre temps . Ce qui devait être une formalité (rejoindre le village) sera en fait bien pénible, toujours à cause de ces clôtures et de ces coupures de sentier. On ondule en suivant plus ou moins la rivière, sur un terrain assez boueux et crevant. La pluie arrive ( la dernière en plein jour!), les gore-tex sortent et les températures chutent. Nous arrivons sous l'averse dans le petit village perdu de Kinlochewe. Très calme, un hôtel qui semble cosy et avec qui on se verrait bien avec une demoiselle, et une épicerie-poste dans laquelle on se ravitaille. J'aime ces magasins et ces ambiances perdues ​VIDEO. La (peut-être) fausse impression d'une vie tranquille et saine, loin de la foule. Le patron nous conseille de monter au loch Fada par les Heights of Kinlochewe , par une bonne piste assez confortable et juste un peu plus longue que la voie prévue plus directe. Le début du sentier est vert et bucolique .Un berger surveillant la naissance d'un agneau.

Des murs de pierre très bien entretenus au milieu des près. De petites maisons blanches .Des bois de cerfs accrochés au-dessus du garage. Un côté Irlande. On remarque tous la farandole des paysages différents qui se succèdent devant nous.1 heure de marche et tout change. Le sentier est alors plat, dans un joli cadre. Nous rencontrons un géomètre qui fait des prospections pour une future mini usine d'électricité hydraulique. Quelques mots en gaélique puis nous repartons, lentement pour ma part, les jambes lourdes et ensommeillé. Les Height of Kinlochewe VIDEO sont un ensemble de quelques bâtiments, certains désaffectés . Désert, les quelques beaux chevaux du coin cherchent la compagnie. Dernière chaleur avant la montée au Lochan Fada, sur une piste puis un sentier de plus en plus sauvage mais de qualité ​VIDEO. C'est un long vallon, traversant une zone appelée Kinlochewe Forest qui nous amène au bord du lac. Cabossé et humide , le bivouac ne s'annonce pas aisé. Les quelques nuages sombres n'apportent pas confiance non plus. Les bords du lacs sont parsemés de très belles petites plages, donnant à l'ensemble un côté maritime inattendu.

Nous quittons alors le sentier pour longer les berges, côté nord, à la recherche d'un coin agréable. Pas trop le choix, le terrain accidenté et l'inconnu qui nous attendent demain, nous poussent à essayer d'avancer plus loin. Le cheminement est difficile et la trace très boueuse. Moyenne faible à cause des détours, des montées et des descentes. Peu de distance à parcourir à vol d'oiseau mais dans ce dédales de petites buttes, nous progressons difficilement. Et puis, la chance aidant, nous tombons sur une toute petite plage , bien abritée, au bord d'une rivière et dans un super cadre. Le choix est rapide et c'est avec joie que nous nous y installons VIDEO. Il faudra juste aplanir les buissons et terrasser un peu pour trouver un espace plat pour les tentes. L'arrimage des tentes sera très léger , on espère un temps très calme. Le bivouac installé, un petit feu VIDEO, la soirée sera pour moi assez jouissive. Sentiments d'isolement, beau temps, paysage imposant...Cette grosse journée avec de gros sacs sur le dos vaut vraiment le coup. Pour demain on s'attend à galérer un peu. Au lit vers 21h. Avec le bercement du clapotis du lac, le sommeil sera aisé.

Plus de photos de la deuxième étape. Cliquer sur les photos pour agrandir et quelques indications.

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ETAPE 3: Bivouac du Lochan Fada-Bivouac de Carnmore

Vers 1 h du matin, le bruit fort du clapot me sort de mon lit. J'ai l'impression que l'eau est vraiment proche et l'idée de décamper en pleine nuit m'angoisse un peu. Dehors, à la frontale, je confirme mes craintes. Le niveau du lac, les vagues aidant, monte et n'est plus qu'à 1 mètre. Bouchons dans les oreilles, je m'attends à devoir vite quitter les lieux. Finalement tout ira bien mais il n'en manquait pas beaucoup. Le réveil sera magique sous un beau soleil et sans courbatures. On mettra , peu pressés, 2 heures à quitter les lieux. Le parcours chaotique nous amène à onduler, marchant en direction de la fin du lac VIDEO 1 VIDEO 2, très souvent hors sentier. Le paysage est alors impressionnant. Un vrai monde préhistorique où l'on s'attend à croiser Rahan en chasse et quelques aurochs ​VIDEO.

La progression est alors assez simple, sur un terrain assez plat et plutôt aisé. Très beau et très agréable VIDEO. Des cerfs gambadent et ne semblent pas si effrayés par ces bipèdes aux couleurs vives. Le sentier monte alors au milieu de grandes murailles qui se ressèrent vers la fin. Le silence sera troublé par une assez impressionnante chute de pierre et par un écho remarquable. Le fond de la vallée se divise alors en 2 petits cols séparés par un petit pic très facile. Nous y montons avec énergie tant la vue semble prometteuse. Et effectivement, ce sera énorme! Exactement le genre de moment que je voulais vivre. Une vue à 360 ° avec une sensation d'immensité rarement ressentie. Le GREAT WILDERNESS. On y est! De très grands lacs, des pics imposants, le refuge de Carnmore au loin, le Lochan Fada derrière nous. C'est vraiment magnifique ​VIDEO. Je repense aux longues heures de préparations, les mois d'attente. Tout ça pour ça et je suis 100% satisfait du résultat. On peut voir ici des mirages d'Islande, du Spitzberg, ou d'autres terra incognita pour moi.

Exaltant. Nous descendons à gauche , en partie hors sentier pour raccourcir le chemin, retrouvé au col (Bealach a chuirn) . On rejoint alors vite un sentier roulant qui nous amène aux lacs (Fionn et Dubh Loch) . Très beau. Des berges tranquilles, des plages, une eau limpide. On passe un petit ponton artificiel près d'une très belle aire de bivouac...malheureusement sans eau. Quelques personnes rencontrées, une dame seule, un homme seul...des courageux qui abordent ces montagnes en solitaire. Nous arrivons alors sur les site de Carnmore. Il y a d'abord une grande maison neuve tenue par la société de chasse et reliée à environ 1 km de là au lac pour un accès aisé. Ils justifient leur présence par la surabondance de cervidés dans les parages et la nécessité d'une régulation.

A côté de la maison, un abri assez sale avec un sol non stabilisé et rien de bien confortable. Nous allons préférer le calme et la vue d'un endroit abrité tout près de la maison pour camper ce soir. Très beau temps en cette fin d'après-midi, nous en profitons pour nous doucher dans la rivière toute proche. De quoi limiter les odeurs jusqu'au dernier jour. Ce soir nous ne serons pas seuls, les tiques font leur apparition, essentiellement sur Thierry qui va en collectionner un paquet. Pas très agréable, on s'inspecte méticuleusement. Assez courant dans le coin mais paraît-il sans danger. Soirée tranquille à étudier la carte pour le lendemain , à essayer de faire vivre un petit feu ou encore à monter sur un tertre voisin pour admirer la vue sur ces lacs et montagnes VIDEO.

Plus de photos de la troisième étape. Cliquer sur les photos pour agrandir et quelques indications.

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ETAPE 4 : Bivouac de Carnmore-Refuge de Shenavall

Bonne nuit calme et chaude malgré un matelas qui se dégonfle et une gourde qui se vide dans la tente. Tente qui s'est un peu déchirée et qui m'inspire de moins en moins confiance. Usée par le soleil et le sel de Soulac, elle vit ses dernières heures sur la terre écossaise. Le duvet ne semble pas non plus capable de me protéger en cas de grand froid. Bref, le temps est merveilleux ce matin et chaud. Les anglais que nous allons suivre jusqu'à Shenavall nous dirons " best weather ever ". J'en suis même à craindre des coups de soleil, un comble, et c'est avec le bonnet mouillé sur la tête que j'évite les coups de chaleur. Thierry enlève encore ces tiques, rien pour moi. Nous prenons le temps et démarrons vers 10h30 par un très bon sentier , assez raide jusqu'à un petit col .

Les vues sont très belles sur les lacs . Au col les anglais se baigneront même dans le Lochan Feith VIDEO. Il s'en suit une longue traverse puis une vue fantastique sur une sorte de vallée du rift africaine depuis le Clach na Frithealaidh.Nous somme tous stupéfaits par l'échelle et les dimensions des pics VIDEO . On pourrait s'imaginer avec ce soleil au Ethiopie ! Incroyable, cela dépasse mes espérances. Nick, sûrement distrait par le paysage, va se faire une entorse en descendant. Nous prendrons le repas en plein cagnard , en slip ou torse nu. Génial! La fin de vallée (gleann na muice) ressemble encore à une prairie africaine, le long d'une rivière entourée de beaux arbres. Nous passerons (à sec) le premier gué un peu avant Larachantivore , au pied du Ben Chlaidheimh. Le chemin est alors moins aisé dans une sorte d'immense marécage, encore une fois très préhistorique ​VIDEO.

Un arrêt sur un poste d'observation naturel nous offre un paysage à 360° avec cervidés gambadant et encore une fois un sentiment rare d'immensité. Je suis comblé par le spectacle. L'endroit par contre doit être horrible par temps humide. Il y a des trous vasaux où il ne doit pas falloir s'embourber. Le dernier gué, habituellement peu aisé, arrivera à peine à tremper mes chaussures. Nous arrivons alors à Shenavall. Très beau refuge vraiment bien située , dans un paysage magnifique. Il y a un dortoir vide en haut et deux pièces en bas dont une avec cheminée. Les abords sont aussi très confortables. Tout le monde apprécie, on hésitera même un moment à planter les tentes dehors. Nick parle peu: " pas mal " dit-il , alors que c'est un must absolu pour moi!Les deux anglais rencontrés passeront la soirée avec nous. Très sympas. C'est parait-il très fréquenté en été et le livre d'or nous indique aussi qu'il y avait l'an dernier de la neige le 24 mai! En soirée , pendant que les cervidés paissent tranquillement autour du refuge VIDEO, Stéphane part escalader un petit pic tout proche (Meall a Chlaiginn) ​VIDEO. Je vais rester un moment sur une dalle de pierre, façon observatoire, à me croire dans la savane. Immensité et silence. Nous prendrons le repas dans la pièce du bas , avec les animaux devant nous. Très bonne soirée à savourer devant ce beau paysage.

Plus de photos de la quatrième étape . Cliquer sur les photos pour agrandir et quelques indications.

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ETAPE 5: Refuge de Shenavall-Bivouac avant Corrie Hallie

Les anglais se réveillent tôt ce matin, de toute façon mon matelas était déjà bien dégonflé. Ils partent pour une belle traversée par les crêtes de l'An Tealach, vers Dundonnel. Nous restons un peu au lit où j'écoute la confrontation entre Nick , patron libéral qui n'a qu'un souhait, bien payer ses employés et Stéphane qui chante " pends ton patron, t'auras ton usine, pends ton patron, t'auras son pognon ". Le groupe se sépare un peu ce matin. Nick et Stef ne désirant monter le pic ils partirons en éclaireurs pour nous trouver une bonne aire de bivouac. Les autres tenteront l'ascension d'un petit pic tout proche: le Sail Liath (954 m) qui surplombe le refuge. Nos chemins se séparent au niveau de la ligne de crêtes , ils vont continuer en direction de Corrie Hallie. Le pic semble très proche , du moins le premier ressaut. En faut il est pratiquement à 800 m et il nous faudra 1 heure à un très bon rythme ( 500 m à l'heure) pour y arriver. .Sans les sacs, avec juste une gourde en bandoulière, la veste et quelques fruits secs on se sent des ailes. Le terrain est pourtant très raide sur la fin au milieu de pierriers peu stables. Nous débusquons un lièvre et un lagopède d'Ecosse ( lagopus lagopus Scoticus) . Premier arrêt sur l'épaule est du pic où il reste quelques traces de neige puis c'est la montée finale, simple pour atteindre le sommet. Très beau paysage en particulier sur l'An Teallach (1062 m) , très alpin, accessible par un crête où il faudra mettre les mains ​VIDEO.

Il y a un autre pic tout proche mais la descente sera peut être longue jusqu'au bivouac alors nous décidons d'en rester là. Le passage du pierrier sera difficile pour les genoux et nécessite une bonne attention pour éviter la chute ​VIDEO. Nous retrouvons rapidement les sacs, puis, une fois chargés, nous avalons du sentier dans de vastes paysages, comme pressés de rejoindre nos campeurs. Nous allons ensuite croiser des randonneurs nous annonçant que nos 2 amis français seraient sur le campsite de Dundonnel, près de l'arrêt de bus. Je leur demande s'ils blaguent. Titi commente " Ils sont gonflés! ".On commence alors à broder sur cette hypothèse fâcheuse. Je les imagine vouloir abandonner demain matin pour rentrer directement vers Inverness, assez déçu car je ne veux pas raccourcir cette belle aventure. Nous avançons donc un peu inquiets. Une famille légèrement vêtue nous demande si c'est l'hiver là-haut?Nous n'avons pas la même résistance au froid que les locaux, c'est une évidence.

Après un repas assez tardif, nous allons finalement les rejoindre un peu en contrebas du sentier, le long de la rivière, une tente montée, non loin d'une carcasse de cerf. Commence alors un bon moment de chambrage collectif. Ils jouent les vexés et accusent Titi et moi de traitrise. Quelques coups de soleil, une cheville bleue pour Nick, une tente déchirée, une jambe de Stef dans le ruisseau.....mais à part ça tout va bien. Je savoure ce dernier bivouac : beau feu de bois, balade sur des dalles rocheuses pour admirer le paysage VIDEO. Le rythme est pris..mais il va falloir arrêter. Nick ne parle plus depuis 2 jours déjà. Souffre-t-il de la cheville ou du rythme?Se plait-il ici? En tout cas l'eau mousseuse du coin lui enlèvera l'envie de bien se nourrir. Il sera bien plus bavard à Inverness...ouf.

Plus de photos de la cinquième étape. Cliquer sur les photos pour agrandir et quelques indications.

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ETAPE 6: Bivouac avant Corrie Hallie-Braemore Junction

Un peu de pluie et de vent cette nuit, on va donc essayer d'être un peu plus rapide pour décamper. Fausse alerte, pas de pluie pour la journée. Je n'aurai jamais utilisé les gants , ni les collants du séjour! Les gourdes à sec vue l'eau locale...nous partons tranquillement . J'ouvre la route pour marcher à mon rythme , profitant de ces dernières heures de marche. Nous arrivons rapidement sur une petite route au parking de Corrie Hallie où quelques voitures sont garées. Nous la longeons au milieu de beaux arbres pour bifurquer à Dundonnel Ho, dans un paysage pastoral, passant un vieux pont de pierre avant de monter sur un plateau. Les vues se dégagent sur le massif de hier et le terrain sauvage réapparaît. Grand plateau avec un beau lac au milieu (Loch an Tiompain) ​VIDEO .

L'esprit est celui d'une dernière étape: bon rythme et une plus ou moins consciente envie d'arriver au terme du chemin. Nick, un peu à la peine, avance sans se plaindre. Nous voyons en contrebas la route Ullapool-Inverness que nous allons avoir du mal à rejoindre. On tente un raccourci hasardeux le long d'une clôture mais vites bloqués on ralentit pas mal. Le fermier local fait un détour avec son pick-up et nous conseille d'escalader sa clôture et son mur de pierre pour rejoindre la route. Très sympa, nous nous retrouvons dans son champ au milieu de centaines de moutons puis dans sa grosse exploitation. D'ailleurs on verra aujourd'hui vraiment beaucoup de très belles voitures dans le coin. Coïncidence? Arrivés sur la route nous décidons de nous séparer en 3 groupes pour tenter le stop. Il serait l'heure de manger mais l'esprit est au retour.

Disons que l'arrêt de bus est à environ 6 ou 8 km et que le passe dans 5 heures environ. Je commence à marcher avec Stef. Thierry emboîte le pas et enfin Nick et Titi. Partir en premier n'est pas le bon choix, les gens susceptibles de prendre des vagabonds chevelus, chargés et plein de boue s'arrêteront pour les premiers groupes. Nous allons finir par marcher plus de 2 heures le long du bitume ​VIDEO, les autres étant déjà bien loin devant, peut-être déjà sous la douche. Nous rejoignons finalement la Braemore Junction, au sommet d'une belle côte. Le bus part dans 2 heures. Rien, un abri, un téléphone, et quelques camping-cars. Après une légère toilette de survie pour inciter l'automobiliste, nous allons encore tenter le stop pour être finalement pris par un gars qui nous emmène directement devant notre hôtel. La route est vraiment superbe. Pas mal de pics enneigés, de grands lacs, des forêts, puis le terrain change et devient moins wild .

Le bercement de la voiture m'endort. Je laisse Stef faire la conversation. Une brasserie locale et c'est l'arrivée en ville. Les autres sont déjà douchés et partis pour faire quelques achats de souvenirs. Le programme est évident: lavage général et rangement de sac pour demain. La douche sera agréable mais pas aussi jouissive que celle de notre précèdent voyage en Ecosse. Le froid et l'impossibilité de se laver l'avaient rendue plus magique. Nous attendons alors la troupe et Adrien, ami français expatrié en Ecosse , qui nous rejoint exprès d'Édimbourg. La soirée peut démarrer. Dehors l'ambiance change. Est-ce parce que nous sommes un samedi du We de Pâques? Est-ce notre séjour dans les bois? En tout cas c'est très surprenant de voir toutes ces jeunes femmes vêtues de tenues ultra -sexy voire vulgaires selon les cas.

Plus de photos de la sixième étape. Cliquer sur les photos pour agrandir et quelques indications.

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Talons aiguilles et jupes courtes. Avec nos vestes polaires et non chaussures de sport nous somme vite repérés. La soirée commencera dans un gastro pub conseillé par les locaux. Cuisine de pub mais raffinée. Quant à l'alimentation liquide ,elle sera consommée en grande quantité. Nous partons ensuite visiter le pub le plus typique , au fond d'une impasse. Et nous n'allons pas être déçus. Déjà les prix sont extrêmement bas selon Adrien. Et puis ici , pas de frime. Un barbu chevelu au comptoir , devant l'urne pour les sauveteurs en mer, qui aime mon tee-shirt " Sea sheperd " pour y avoir milité. Un serveur du 3ème âge. Des photos au mur d'une autre époque avec 3 ou 4 tronches de cinéma . Enfin un gars qui demande au patron un guitare et là tout commence. En quelques chansons il pose l'ambiance VIDEO . Et puis Nick s'y colle et fait chanter " Wonderwall " VIDEO . Stef joue un arpège métal. Titi saute partout et vibre sur un " flower of Scotland ". Le type nous captive avec son chant venant du coeur et son accent so scotish. Une leçon de musique sur "Greenfields of France" (a écouter avec le coeur) . Pendant ce temps son acolyte Irish joue le bout-en-train et se fait souvent remettre à sa place par le musicien " Let me do my job! ".Incroyable comme en peu de temps les liens se créent dans ces bars! Nous iront finir la soirée chez Ginette en écoutant un concert de rock par des musiciens confirmés par l'âge. Ambiance tranquille. Vers 1 h du matin , il ne reste que les boites où notre tenue n'est pas du tout de mise. Retour à l'auberge pour regarder du catch puis profiter des petites heures de sommeil avant le réveil matinal ( 5h!) .

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Dernier jour, dur réveil. Enfiler un pantalon, se laver les dents et se traîner jusqu'au bout de la rue pour attendre notre taxi. Ville déserte . Seuls quelques goélands très bruyants s'occupent de nettoyer les excès de la veille. Le taxi aura un peu de retard, on commençait à stresser un peu car notre timing était très juste. L'aéroport et notre avion seront logiquement vides ce dimanche matin. Nous quittons l'Ecosse avec le même temps superbe qu'au premier jour. L'escale à Gatwick sera longue, plusieurs heures. De quoi se prendre un breakfast géant . La fin du voyage sera marqué par ma grosse frayeur. Je suis persuadé d'avoir perdu mon appareil photo au restaurant. J'en parle au douanier qui vérifie, je téléphone aux objets trouvés , à un numéro pour une assurance ...Je suis surtout totalement déprimé par la perte de toutes ces merveilleuses photos. Le sentiment de ne plus pouvoir compter que sur mes souvenirs est insupportable. Je vais donc errer dans mes pensées jusqu'à Bordeaux où, par miracle , je vais retrouver dans mon sac de soute le dit appareil. Le voyage peut donc être à 100% réussi. Nous ramenons alors Titi et Nick aux Chartrons puis c'est le retour dans nos familles en fin de journée. Fin du périple...il va falloir maintenant tout raconter, et il y a de quoi dire.

CONCLUSION

Etait-ce vraiment l'Ecosse? Il est évident qu'on ne s'attendait pas du tout à un tel cadeau du ciel. Préparés depuis des mois pour choisir le matériel le plus adapté, programmés pour avoir froid, s'attendant à marcher sous des trombes d'eau et dans la boue , nous avons au final effectué un tout autre voyage. 1 averse sur toute la semaine, des coups de soleil et des pantalons remontés pour aérer les jambes. Et pourtant nous y étions bien...dans le "Great wilderness ". Et là pas d'horizons bouchés, pas de munro coiffés par les nuages: des paysages sublimes avec une luminosité exceptionnelle pour ces latitudes. Je crois que nous sommes tous ravis et marqués par ce périple. Hormis les paysages c'est aussi une célébration de l'amitié. Une amitié durable qui permet à des trentenaires de toujours trouver des passions et des buts communs pour partager quelques jours. Un petit séjour parenthèse,1/54ème d'année qui compte et une bonne pause pour beaucoup. Les parents qui ont pu se " reposer " de leurs vie de famille souvent épuisante et pour qui la marche semblait même trop facile comparés aux nuits d'un bon père de famille. Le patron a enfin pu se couper de son téléphone, de ses chiffres et de ses employés.

Une semaine loin de son business, une semaine enfin tranquille. Quant aux profs de campagne, l'un a pu penser à ses projets non cachés de reconversion et s'éloigner encore plus d'un emploi de plus en plus fictif. Pour ma part j'ai enfin mis en pratique un projet monté depuis des mois, étanchant ma soif d'immensité sauvage, tout heureux de pouvoir partager un voyage du début à la fin, ce qui devient rare . A peine rentrée, une seule envie, repartir. Plus loin, plus sauvage,différent ...on ne sait pas encore mais Rum III n'attendra pas 10 ans pour se reformer. Prêts pour l'an prochain?

Le Pour: les paysages, l'immensité, la météo très favorable, le silence, la variété du parcours, l'esprit de l'Ecosse, les pubs d'Inverness, la visite d'Adrien, l'humour potache du groupe, les mois de préparation, la réussite de l'organisation, l'ambiance générale des marcheurs, les bivouacs, le rapport distance-coût-dépaysement

Le Contre: vraiment peu de choses...le non-test de notre matériel en conditions plus sévères...je ne vois rien d'autre.