HAUTE ROUTE PYRENEENNE A VELO 

Pourquoi les PYRENEES A VELO?

Encore une fois le choix du voyage ne fut pas arrêté dans une grande sérénité. Comme beaucoup je me suis retrouvé à fond dans mon travail ( en l'occurrence surveillance et correction du baccalauréat)  et lorsque le premier jour de vacances arriva je me retrouvai alors sans aucun plan précis . Encore une fois mon problème est assez honteux à expliquer. J'ai le temps , l'argent, le choix et donc je m'égare. C'est donc face à un atlas, tournant les pages que je vais passer encore beaucoup trop de temps pour me décider. Japon, Cambodge, Etats-Unis...aucun projet ne semble me convenir en urgence. Alors je me suis souvenu d'une première proposition de Thierry qui voulait partir en France , sur son vélo, environ 3 semaines. Je l'ai rappelé à la dernière minute en lui proposant " Cela te dit la traversée des Pyrénées à vélo par les cols?" .Il a dit oui . Et puis l'autre Thierry  s'est aussi greffé au projet (pour la première partie). D'un coup tout est devenu bien plus excitant pour moi. C'est une option moins exotique , confortable mais que je ne vais pas du tout regretter. Je n'avais pas forcément la force ou l'envie de me lancer dans un grand voyage au bout du monde. Freiné par le temps d'organisation ( le Couchsurfing, la recherche d'itinéraire) et attiré par le fait de pouvoir partager ce petit défi physique avec mes amis, en quelques jours le vélo était prêt et le s bagages faits. De plus la famille nous suivra les premiers jours...Un voyage donc marqué par la proximité, le partage et  l'effort physique. 

​PLAN DU VOYAGE

Voyage, du 13 au 29 juillet 2014, commençant à Bidart , traversant les Pyrénées par les grands cols , puis remontant par l'Aude, le Haut Langudoc et Midi-Pyrénées vers Dausse. 

Quelques chiffres:

- 1155 km de vélo
- 78h 17 (hors pauses) sur les vélos
- 14,8 km/h de moyenne ( hors pauses)
-Environ 21 500 m  de dénivelé positif
-33 cols
 

 PERIODE :
Juillet est bien sûr la haute saison pour partir en vacances en France. J'avais  un peu peur à cause de 2 choses: les hautes températures et les orages et le monde.
Concernant la chaleur...oui, on a été bien servis. Quelques jours de canicule et des départs et des montées de col aux pires heures auront beaucoup affaibli nos organismes. Mais bon,en s'arrosant dans les fontaines, cela passe finalement. Je pense qu'un temps normal des vacances de Toussaint auraient été un peu plus agréables . Niveau orages: un peu dans le Haut-Languedoc , un peu de pluie en Ariège  mais finalement rien de bien méchant. Nous n'avions pas d' équipement chaud  et hormis dans la descente du Col de la Core en Ariège , nous n'en avons jamais souffert.
Au niveau du monde, hormis entre Arrens et Barèges je dirais que la région est assez vide. Bien sûr il fallait parfois appeler à plusieurs endroits pour trouver un hébergment mais finalement, hormis à Argelès-Gazost , tout fut assez simple.
Sur les routes, hormis dans la zone sus citée, ce fut aussi plutôt tranquille, en particulier dans le Pays Basque, en Ariège, dans l'Aude et pour le retour les 3 derniers jours.  

Au final l'été n'est pas un si mauvais choix mais je persiste sur ma première idée: Toussaint semble la meilleure période, pour les forêts rougeoyantes, pour les frimas du matin, pour le calme dans les cols, pour un hébergement douillet à prix réduit. 


NIVEAU :

Très difficile.
Je n'écris rarement cela dans mes carnets mais là je ne peux pas conseiller ce périple à des gens peu sportifs.
C'est un effort particulier que de monter un col avec un vélo relativement chargé.  Nous nous arrêtions souvent, parfois tous les 1 à 2 km ,  nous avancions parfois à 6 km/h mais quand même...c'est très dur et il faut beaucoup de volonté et surtout de la patience et de l'endurance.

Nous étions peu entraînés à de tels efforts mais quand même adeptes du sport de manière régulière.

Nous avons aussi croisé des gens bien plus chargés que nous et parfois plus rapides! De vrais sportifs se rencontrent parfois et roulent dans un autre monde.
 
Ce fut dur mais sans souffrance pour ma part. 3 kg de perdu mais aucune baisse de moral et pas de courbatures le soir. Juste un effort continu mais c'est aussi le but de ce genre de voyage.

Ce fut un peu plus dur pour Thierry et ses 92 kg et pour Titi avec son gros braquet. Une raison pour laquelle nous avons éliminé l'option tente dès le 2 ème jour pour alléger les sacoches. Nous étions vraiment en mode minimaliste , avec le strict nécessaire et nous n'avons pas croisé de cyclotouristes moins chargés que nous!


HEBERGEMENT ET BUDGET (2014) :

Le voyage m'est revenu à 360 euros pour 17 jours . Pour celui qui a le matériel prêt, c'est  très bon marché je trouve.
Un super voyage à ce prix, il n'y en a pas tant que ça!
Nous dormions entre hôtels, gîte d'étapes, chambres d'hôtes , appartement (1 fois) et camping ( 1 fois). Soir de 5 à 25  euros la nuit/personne au maximum . Parfois nous avions aussi le petit déjeuner d'inclus.
Nous n'avons jamais payé pour une visite, avons mangé 2 fois un dîner  payant ( très bon à chaque fois).

Pour se nourrir, nous nous servions des épiceries des villages et parfois des supermarchés. Boucheries, boulangeries...Beaucoup de pain , de maquereaux en boite et de lentilles en conserve! Le régime alimentaire commençait à ma lasser sur la fin quand même.

Pour une fois pas  de couchsurfing . Nous avons essayé une requête d'une mairie mais voyageant sans ordinateur  ce n'était pas dans l'esprit . Je pense que tout seul je l'aurais tenté car nous perdions aussi un peu de temps à chercher nos logements et surtout beaucoup d'argent et de confort. Dans ce dernier cas, le budget aurait pu fondre comme les glaciers de nos montagnes. 

Pour préparer ce voyage j'ai utilisé :

SITES GENERALISTES

  • le site et les  cartes Michelin .  Nous avions les cartes jaunes au 1/200 000 ème ce qui est parfait pour ce genre de voyage. 
  • le site de Google Map , très utile pour trouver les itinéraires à vélo ( marche mieux que Michelin) et pour avoir les dénivelés, très important!
  • un site très bien fait pour  tracer son périple sur une carte.


Jour 1 : BIDART-ST-JEAN-LE-VIEUX

Eglise d'Hasparren

73.8 km- 4h43 - 15.18 km/h 

Le périple commencera de Bidart, depuis la maison de la famille Daurios, nos amis, qui nous accueillent depuis hier. Soirée devant Pays-Bas-Brésil (3-0). Petit déjeuner avec 3 des 4 générations de la famille puis il est temps de partir. Un peu la flemme je l’avoue et je n’ai pas très bien dormi alors on traine pas mal. Pas facile de se mettre dans la peau du cycliste mais le rythme sera très vite pris par la suite. Nous allons, ces premiers jours être suivis par une partie de notre famille, qui fera à peu près le même parcours, en voiture. C’est donc très léger pour moi (et normal pour Thierry) que nous partons en fin de matinée. Le début n’est pas très simple et sans mes impressions d’itinéraires sur Google Map nous aurions eu du mal à trouver notre route dans le dédale des rues basques de la côte. Cela monte et descend en permanence, les noms de rues sont exotiques et l’ambiance devient très vite champêtre. C’est un grand soulagement pour moi tant la côte basque l’été m’étouffe avec son bruit et sa circulation . Les maisons sont en général très  typées et souvent magnifiques. Dans le beau village d’Ustaritz il n’y a quasiment personne dehors sauf devant l’unique boulangerie où les gens font la queue jusque dans la rue. Le pain au pain sera notre repas de midi...que nous dégusterons sur un banc dans la ville d’Hasparren. Titi commence à s’inquiéter à propos de son braquet de VTC, qui semble bien trop gros pour espérer gravir les cols chargés. Le moral est très bon et nous retrouvons Thierry, mon beau-frère,  et la famille à 8 km de l’arrivée. Il pourra faire la fin avec nous, sous le cagnard.  Nous trouvons une aire de camping naturelle à St-Jean-le-Vieux, en bordure de route mais sympa par sa simplicité et son prix (15€ pour 3 !).  Nous monterons le camp et prendrons le repas en famille dans le camping assez vide.  En soirée : finale de la coupe du monde de football  Allemagne-Argentine (1-0, prolongations)  à St-Jean-Pied-de-Port ; en famille. La Transpyrénéenne est lancée.



Jour 2 : ST-JEAN-LE-VIEUX-ST-ENGRACE

Cols d'Iraty

62.7 km - 4h35 -13.66 km/h

La première nuit ne fut pas terrible. La tente, déjà, un peu exigüe, puis mon duvet 0°C, pas du tout adapté à ces températures douces. Je passe donc mon temps à tourner sur place, encombré par ce gros duvet dont le gonflant ici me gêne ! Le réveil se fera sous la pluie et le matériel sera plié mouillé. Petit déjeuner sous la bruine en famille puis nous partons vers 11 h pour notre premier col, vers Iraty.  Le ciel bouché n’entame en rien notre moral, nous sommes prêts à se mesurer aux pentes basques.  La route commence par 14 km assez tranquilles jusqu’au début du col Bagargui : 17 km à plus de 5 % mais 6 fois deux chevrons sur la carte Michelin ! Alors la route s’élève : 10 puis 11 %. Dur, dur....pour nos organismes peu habitués. Thierry, condamné à monter sur le gros braquet de son VTC, nous impressionne avant le col d’Haltza 782 m. C’est vite très beau, les montagnes bien vertes nous ravissent l’œil. Un peu avant le col de Burdincurutcheta 1135 m, Thierry casse sa chaîne par son style puissant ! Il doit alors pousser et finira par se faire tracter par une voiture (un espagnol et son pote en expédition de marche forcée semble-t-il). La descente de ce col est très belle avec de nombreux vautours autour de nous. On s’arrête au chalet d’Iraty Cize où les jeunes propriétaires très sympas nous aideront à réparer la chaîne....chose non aisée. L’endroit est superbe : un sentier d’interprétation, un petit lac, des sentiers partout et un environnement très calme et sauvage.  Dans le chalet une petite salle informe et vend du fromage local (que l’on dégustera à Dausse !) 

Au fond une cheminée fumante aide à sécher quelques affaires.  Les jeunes, connaisseurs du vélo, nous commentent les futures épreuves qui nous attendent. Le Marie-Blanque sera dur ! De là nous poursuivons vers les chalets d’Iraty par une très belle route entre forêt et clairière qui me dépayse beaucoup et me comble. Vers le sommet, un grand bâtiment très moderne informe et loge les touristes. L’endroit donnerait envie d’y rester. Il y a ici un fort potentiel de balades en tout genre et nous sommes tous d’accord pour dire que nous y reviendrons dans d’autres conditions, à toussaint ou en hiver par exemple.  

Chalet d'Iraty


Au fond une cheminée fumante aide à sécher quelques affaires.  Les jeunes, connaisseurs du vélo, nous commentent les futures épreuves qui nous attendent. Le Marie-Blanque sera dur ! De là nous poursuivons vers les chalets d’Iraty par une très belle route entre forêt et clairière qui me dépayse beaucoup et me comble. Vers le sommet, un grand bâtiment très moderne informe et loge les touristes. L’endroit donnerait envie d’y rester. Il y a ici un fort potentiel de balades en tout genre et nous sommes tous d’accord pour dire que nous y reviendrons dans d’autres conditions, à toussaint ou en hiver par exemple. Un peu plus loin nous atteignons le véritable col, le col Bagargui et la petite station de ski de fond d’Iraty. La descente vers Larrau, petit village au pied des montagnes,  sera dure pour nos freins (13 % parfois) mais très agréable sous le soleil. La route continue à descendre le long du gave de Larrau. A Laugibar nous croisons le GR 10 , une auberge, un gave limpide et ses Gristes qui se reposent, savourant le bonheur à la Pyrénéenne . De là part aussi un sentier populaire vers les gorges d’Holzarté. Un peu plus loin commence la remontée vers Ste-Engrâce, assez facile, entre 1 et 5% mais un peu plus dure sur la fin à cause de la fatigue du jour.  Le coin est très paumé et se remarque surtout par sa richesse géologique avec les célèbres gorges de Kakuetta, l’Amazonie Basque. Pas beaucoup de touristes dans la région, la propriétaire du gîte de ce soir s’en plaindra. 

 

Ste-Engrâce
​Nous pouvons ainsi négocier à prix gîte un grand appartement face à l’église, surplombant le petit village, face aux montagnes. L’ambiance est exactement ce que je recherchais et l’étape est un véritable coup de cœur pour nous tous. 

​Jour 3 : STE-ENGRACE – COL DE MARIE BLANQUE

Ste-Engrâce


52.4 km-   4h 18 -  12.22 km/h

Quel plaisir de se réveiller dans ce beau village isolé et calme ! Le soleil tape déjà fort dehors et nous sommes loin d’être prêts à partir. Nous prendrons le petit déjeuner à l’heure où les derniers randonneurs finissent de ranger leurs sacs. Après une petite visite de la belle église du XIème siècle, massive avec ses vieilles croix et sa superbe vue sur l’entrée des gorges en face, nous partons vers le col de Suscousse, un peu avant le col de Soudet.  Il fait très chaud, il est tard (11h30)  et la route est loin d’être simple. Nous attaquons directement, sans échauffement, les pentes du premier col ( qui n’en est pas vraiment un) pour poursuivre vers la route du Soudet, qui n’est pas sur mes vieilles cartes. C’est assez raide avec de belles rampes. Mon moral est toujours très bon car c’est un véritable plaisir de faire du sport dans de tels endroits. Le dernier kilomètre est bien dégagé avec des vues du le pic d’Arlas  et sur la station de la Pierre St-Martin et sur le pic d’Anie qui pointe derrière. L’atmosphère du col n’est autrement pas très sauvage avec beaucoup d’engins de chantier un peu partout et même un hélicoptère.  Annie, Cléa et Alice sont déjà là et commencent leur déjeuner, Thierry arrive un peu plus tard.  On descend alors par une belle route bien roulante vers le col de Labays où l’on mange au milieu des chevaux. Ce col n’en est un que si l’on vient d’une petite route vers l’est, route par où on s’en ira d’ailleurs. Bon moment au milieu des chevaux curieux ou gourmands qui nous collent et lèchent nos vélos ! La route vers la forêt d’Issaux sera très isolée et sauvage, étroite, au milieu des arbres, souvent sans vue. Parfois une petite gorge secrète s’ouvre au bord d’un virage. Le genre de route bien plus agréable à vélo car nous avons le vent, les odeurs, le silence...alors que l’automobiliste n’a que la vue....réduite ici.  

Col de Soudet








Col de Bouezou puis Col de Houratate....faciles depuis notre versant. La route est superbe sur la fin, verte, avec des portions assez plates et panoramique un peu avant le dernier col.  La descente vers Osse-en-Aspe sera longue et rapide. On profitera de sa fontaine et d’un coin d’ombre pour apprécier l’ambiance.  De là nous rejoignons Bedous, sa halle de la mairie, son office du tourisme (indispensable pour nous), son petit magasin de vélo qui malheureusement ne pourra pas dépanner Thierry pour sa chaîne et son église, promesse de fraicheur divine.  Très bon moral, très bonnes jambes. Les deux Thierry s’inquiètent un peu plus, l’un à cause de son braquet, l’autre sur sa capacité à encaisser les cols. En tout cas les deux ont bien du mérite. Un peu de route nationale roulante et peu flippante et nous rejoignons Escot, petit village au pied du col de Marie-Blanque,  réputé très difficile dans ce sens. De là 5 km d’ascension graduelle nous mènent à notre petit camping, situé juste avant la partie difficile du col, 4 km avant le sommet. Le camping est assez désert, au confort minimaliste, isolé et tenu par un couple local. Nous avons un mobile-home pour 37 euros ! J’ai du me faire répéter plusieurs fois le prix. Tout me convient, j’adore cette ambiance de camping qui en est vraiment un et non ces résidences de vacances que sont devenus ceux du front de mer.  Très bonne journée avec beaucoup de caractère dans les paysages et dans nos lieux d’hébergement.  La route est dure mais c’est aussi très motivant. Ma route est lancée et j’irai jusqu’au bout.  

​Jour 4 : COL DE MARIE BLANQUE-ARGELES GAZOST

Col de Marie-Blanque


72.1km-  5 h27  -  13.2  km/h

Nuit moyenne dans mon duvet bien trop chaud. Nous passons beaucoup de temps ce matin au petit déjeuner, ce qui est le prix à payer pour des vacances en famille où chacun vogue à un rythme différent de son voisin. Le camping est bien vide, ce qui est triste tant les propriétaires sont bien sympathiques. Le patron nous parle de sa jeunesse dans le coin, des champignons, des chevreuils et nous donne quelques conseils pour gravir Marie-Blanque «  redescendre un peu pour s’échauffer avant le raidard ». Nous commençons la montée (4 km à 12 puis 13%) sous le cagnard vers 11h. Frais et tranquillement cela passe finalement assez bien. Au col quelques voitures attendent les randonneurs partis sur les sommets proches. La vue n’est pas très dégagée mais la descente sera plus intéressante en particulier vers le plateau de Bénou. Très beau, riant, avec des chevaux, du calme et encore beaucoup de camping-cars. Après Bielle, la route  secondaire longe le gave d’Ossau, évite Larruns, mais ne nous fournit pas un très bon revêtement et quelques montées sont bien là. Nous arrivons directement aux Eaux-Bonnes, endroit hors du temps, qui a tout de l’ancienne station thermale (immense hôtel des Princes délabré, place en gravier bordée de platane où une famille joue à la pétanque).  Le temps s’est arrêté ici mais peut-être plus trop les touristes. La pause sera longue et c’est déjà bien dur pour Thierry. A 15 h nous redémarrons, pas si simple sur la digestion et dans la chaleur ambiante. A 8 km du sommet,  Thierry n’en peut plus et nous restons un moment au bord de la route accompagnés de taons voraces. On poursuit sans lui à bon rythme, espérant pour lui la voiture balai familiale.  Passage à Gourette avec son immense parking de skieur vide. Nous nous y arrêtons un peu à la recherche de Powerade....nous n’en trouverons pas....

La vidéo de la première partie du voyage:

Thierry à l'Aubisque
Thierry  oui ! Arrêt dans une cascade pour enlever la sueur et faire baisser le thermostat des deux moteurs en bon état de marche pourtant. La suite est assez dure en particulier avant l’hôtel des cimes, planté la–haut sur une épaule de la montagne. Pas le grand luxe je pense mais une sacré vue.  Le final est très beau malgré les brumes de chaleur, dur mais loin de la souffrance  et la vue vaste et alpine sur le massif du pic de Ger. Au col d’Aubisque, pas mal de monde autour des deux buvettes-souvenirs. Les chevaux errent entrent les nombreuses voitures et les touristes défilent.  


Col du Soulor
 Nous croisons deux gars qui nous préviennent que Thierry est en partance pour le sommet. Bravo à lui, nous ne pensions pas qu’il se rétablirait. Toute la famille sera là pour l’encourager dans le final. Après une longue pause nous fonçons vers le col du Soulor. La route prend alors un autre aspect, bien plus sauvage et original. Dans le cirque du Litor, la route en corniche, est magnifique. Parfois, comme souvent dans le coin, on rencontre de petits vendeurs de fromage, ce qui fait plaisir à voir. Au col du Soulor, la vieille buvette de Poulou, bric à brac de mon enfance, n’est plus.  Il reste de la vente de fromage et deux buvettes. L’endroit est agréable et la vue superbe. La bière sera savourée comme il se doit.  La descente vers Arrens sera longue et agréable puis commenceront les galères pour trouver un logement. Nous téléphonons et cherchons partout sans succès.  Tout semble complet et nous rentrons dans la haute région touristique des Pyrénées. A Argelès-Gazost, devant la borne internet de l’office du tourisme, nous appelons puis finissons par remonter vers Lourdes pour trouver un très bel appartement dans une super résidence. Nous prendrons, crevés, le repas dans une pizzéria à l’accueil très sympathique pour finir dans un des parcs tranquilles de la ville.  Grosse journée, fatigante sur la fin. Super forme. Dur certes mais les avantages de ce voyages à vélo sont réels et je suis exalté par ce choix de voyage. 


​Jour 5 : ARGELES GAZOST-STE-MARIE-DE-CAMPAN

Pont de la Gaubie


57.4km- 4 h33  -  12.6 km/h

Nous quittons Lourdes pour revenir à Argelès Gazost afin de redémarrer le périple à vélo. Je passe un peu de temps à réparer ma monture (5 €) suite à un problème de remontée de cadre et au jeu qui en résulte. On commence par une route fréquentée qui remonte vers Luz-St-Sauveur. La vallée des gaves est vraiment l’endroit le plus touristique et encombré des Pyrénées en été. On y trouve à mon goût un peu trop de monde et de moins en moins d’authenticité dans les activités proposés. Mais il faut avouer que les sites sont remarquables : Gavarnie, Pic du Midi, Troumouse....La route n’est pas très agréable pour nous. En légère montée, étroite dans les gorges, sous les tunnels....pas vraiment un coin pour lézarder. L’arrivée à Luz est vraiment interminable avec une longue ligne droite, le vent de face et goudron brûlant (36°C) . Nous avançons en mode automatique, sans plaisir.  Le repas se prendra au bord du gave. Les discussions du jour : des critiques sur ma gestion de vie, sur l’organisation, le manque d’aléas. C’est avec un peu de flemme que nous commençons la plus longue montée de notre périple, non sans s’être copieusement arrosé à la fontaine de la place. La montée vers Barèges n’est pas très intéressante : beaucoup de monde et une route qui s’apparente à une nationale parfois ! Des cyclistes performers nous doublent et jettent leur dose d’Isostar le long du bitume. Les voitures nous frôlent et le silence se perd....pas le meilleur endroit pour nous. Les arrêts sont réguliers (tous les 1.5 à 2 km). On remarque les dégâts dus aux crues historiques de l’an dernier et tout est en chantier pour réhabiliter les berges. On s’arrêtera à Barèges, devant l’ancienne gare du funiculaire de l’Ayré. La ville, l’été, manque de charme. 

Ce n’est qu’une rue principale, pentue. Du Powerade, une douche à la fontaine et on repart vers Super Barèges. Un petit peu avant le grand parking, nous tournons à droite en direction du Pont de la Gaubie, sur la Voie Laurent Fignon, interdite aux voitures un peu après le pont. Thierry commence à lâcher prise. Le pont est un bel endroit, départ de randonnée vers le massif du Néouvielle (que l’on verra bientôt au détour d’un lacet). La voie Fignon depuis le pont est vraiment sympa. Nous sommes seuls, sur une route silencieuse, commençant à se dégrader, sans les cyclistes pressés qui passe par la route normale, détournée. 

Superbe ambiance donc mais calvaire pour Thierry qui stoppe puis marche, repart et finira sa montée à la jonction avec la grande route, à 4 km du sommet. La famille suiveuse le récupérera plus tard. Nous filons bon train avec Titi  : arrêt à 2 km puis final au sprint, 8 puis 10 km/h. Je finis seul, au taquet, souffrant sur les dernières pentes bien raides. Sensation de vivre une arrivée du Tour avec l’adrénaline de finir seul en se retournant pour savoir si le suivant se rapproche ou non. Un beau moment de sport pour moi et le sprint du séjour pour sûr. Il doit être près de 20 h, le col du Tourmalet se vide. Je vois l’ancienne route du Pic du Midi que j’avais prise dans mon enfance. Elle est aujourd’hui fermée à la circulation. La descente sera très longue et il commence à être tard. Des camping-cars sont déjà placés pour le Tour. La Mongie (sans intérêt, gros buildings et un peu désert) puis une route plus sympa jusqu’à Ste-Marie-de-Campan par un versant plus sauvage et intéressant que le versant ouest. Odeurs de foin. Le village est assez désert ce soir et notre gîte « L’ardoisière » aussi. Endroit et personnel très sympathiques. Halles, vieux cimetière, petit musée, vieux corbillard ....j’adore l’ambiance, si loin de la vallée des gaves. On se sent ici à la montagne.  Je passe beaucoup de temps ce soir à éradiquer le superflu  dans mon sac puis nous prenons notre repas dans la salle commune avec la famille qui va nous quitter ce soir, très tard.  Journée marquante : point culminant de notre périple  atteint, effort et fierté d’avoir vaincu le Tourmalet ....l’emportent sur l’ambiance, le goudron, le monde de certaines parties de la route. Il va maintenant falloir poursuivre seul....un peu plus chargés. 

Plus de photos de Bidart à Ste-Marie-de-Campan

​Jour 6 : STE-MARIE-DE-CAMPAN-PORTET-DE-LUCHON

49.9km- 4 h 14 -   11.73 km/h

Je dors mieux dans les vieux endroits et cette auberge  daterait des années 40 dans un bâtiment de 1870 : le passé  compense le manque de draps ( nous n’avons rien et ne louons pas les draps , souvent trop chers à notre avis). L’endroit, au carrefour de deux cols mythiques (Tourmalet et Aspin) est dédié au cyclisme et à la montagne. Le petit déjeuner d’ailleurs sera servi dans une salle recouverte d’images du Tour. On s’extasie devant les routes de 1913, les gars portant les vélos dans les cols en gravier. Dehors sur la place, un petit musée rend hommage à Eugène Christophe, célèbre coureur ayant forgé une partie cassée de son vélo dans le village. Là-encore les images imposent le respect. Les premiers Tours faisaient vraiment le tour de la France par des étapes dantesque ( Bayonne-Luchon !). Il y a 101 ans cette génération robuste et courageuse allait affronter la guerre. Ces gars –là étaient à l’évidence bien plus durs au mal que nos générations . Comment aurions-nous pu supporter la dureté des tranchées ? Nous partons vers 11 h en direction du col d’Aspin, pour la première fois chargé. J’ai un peu de mal. A Payolle, au pied de l’Arbizon, nous nous reposons un peu dans ce joli coin que je connais très bien. Après quelques hésitations nous ne prendrons pas la Hourquette d’Ancizan , cela semble plus prudent d’assurer par le plus simple. Il y a un peu de monde, l’ambiance est un peu plus festive qu’en automne mais cela reste très raisonnable.  

Payolle e tle Pic du Midi
Col d'Aspin

A la carrière de marbre du Roy des animations sont organisées pour valoriser le site. Une route poursuite à gauche vers le col de Beyrède que je ne connais pas et qu’il faudra bien visiter un jour. La montée de l’Aspin est assez agréable, sans trop de monde, au milieu des fraises des bois et des champignons. Au col, de nombreux camping-cars sont stationnés, des vaches paissent (et lèchent les poignées de nos vélos) et une petite buvette mobile alimente les passants. Ce coin est pour moi assez nostalgique car je m’y vois à tous les âges de mon existence. La nostalgie n’est peut-être que ce défilement de la vie devant un support fixe qui se moque bien de l’irréversibilité des choses. La descente se fera dans les bourrasques de vent et sera assez longue jusqu’à Arreau, par un versant bien plus dur que le nôtre.  Arreau est un sympathique village, à toute saison, qui garde son authenticité tout en offrant les services attendus aux touristes.

Descente du col de Peyresourde

La route remonte alors tranquillement vers Bordères-Louron (où nous passons un bon moment à l’office de tourisme pour trouver un hébergement après le col de Peyresourde), petit village tranquille sur la route des skieurs. La montée vers Peyresourde est roulante mais pentue. Je retrouve les paysages si connus à l’automne : lac de Génos, Val Louron en face avec les camping-cars , les hauts pics de la vallée du Louron. Le temps est au chaud ( 35°C à Arreau) et nous gérons bien la montée en se trempant plusieurs fois dans l’eau. Vers les derniers kilomètres, la forêt laisse la place à des pentes herbeuses. Le col est assez encaissé, en contrebas de la route un camp de chien de traineau nous attire par les bruits de ses pensionnaires. La fin sera difficile, le vent de face, et je règle Titi au sprint, suite à un démarrage trop anticipé. Les crêpes ( 0.5 €) et le panaché pour Thierry seront bien mérités au sommet alors que des bourrasques de vent font tomber un de nos vélos. La descente est agréable jusqu’à Portet-de-Luchon où nous trouvons le petit gîte d’étape tenu par un papi de 83 ans, né ici. C’est la dernière génération à pouvoir naitre, vivre et mourir au même endroit. Les maisons secondaires se multiplient et de quand date la dernière naissance dans ce village ? Il nous range les vélos dans la pittoresque grange de cinéma. Nous sommes seuls dans ce gîte assez rustique, le village est très calme et typé montagne, très peu touristique, à 1100 m d’altitude. Autour de nous, des ânes, une vieille machine à ferrer, une église. Après la rapide visite des lieux nous serons au lit à 22 h. Très belle journée avec ses 2 grands cols et tous les souvenirs qui défilent.

Jour 7 : PORTET-DE-LUCHON –PORTET-D'ASPET

Marché de Bagnères -de-Luchon


62 km- 4  h40  - 13.3  km/h


Hormis les bruits des ânes voisins, on peut dire que c’est dans un calme total que nous avons passé la nuit. J’avale avec peu d’envie les restes de pâtes de hier soir au petit déjeuner, je récupère mon vélo dans la vieille grange attenante (son odeur de foin, ses vieux outils , ses planches un peu partout) , et quitte le village désert en direction de Garin ( lieu de villégiature  du temps de mon service militaire). L’épicerie, un peu trop chère, nous poussera à attendre Bagnères –de-Luchon pour faire de vraies courses. Le marché est là pour ça et il sera nous combler. Devant de vieilles et belles halles,  je choisis parmi les bons produits proposés, au milieu de producteur de montagne (si l’on en croit leurs affiches....) une bonne croustade aux poires. Suffisant pour reprendre la route (sans intérêt) jusqu’à Cierp-Gaud où l’on tourne vers St-Béat, la capitale du marbre. La ville très atteinte par les crues l’an dernier semble un peu se remettre et ne laisse plus l’impression de village détruit même si les stigmates sont bien visibles et quelques commerces bien fermés. Nous déjeunerons dans le village désert de Lez, au pied du col de Menté.  

Chez Jo, Aspet

La route sera ardue (9 % en moyenne), sans grand intérêt mais tranquille sans le monde. Le sommet est bien plus sympa, non pas par la vue, assez limité mais parce que je l’ai connu l’hiver ; où il faisait vraiment penser à une base québécoise, avec ses chiens de traineaux. La descente est sauvage et on change tout de suite d’ambiance. Les vieux villages rencontrés sont très reculés et isolés. Au pied du col de Portet d’Aspet, un lien vers un centre monastique ou quelques panneaux de vente de fromage de brebis nous rappelle qu’on est au plus calme des Pyrénées en ces lieux. Le col sera très dur environ 10%) mais court (4.4 km). On y croise le mémorial Casartelli (cycliste mort dans la descente du col) , une entrée de grotte au nom de James Brace et beaucoup de fraises des bois. Le col est assez joli, paisible, encaissé, sûrement un coin à champignons. Une petite buvette et des camping-cars qui se placent pour le tour décorent l’ensemble. Nous continuerons un peu pour atteindre le village d’Aspet, proche, où nous passerons la soirée chez Jo. Super endroit attachant. Un dortoir très basique sur des gros canapés, sans intimité....mais il n’y a que nous 3 et une jeune femme qui marche en Jacquette.
Pour 30 euros on a aussi droit au petit déjeuner et surtout au dîner ! On va se régaler de la cuisine de Michèle (omelette aux girolles, jambon et melon, mousse au chocolat et bon pichet de vin qu’on sifflera gaiement sur la fin). La décoration est rustique et l’ambiance très peu guindée, on s’y sent très bien et un vrai repas est grandement apprécié. Douche sans porte avec vues sur les champs....un peu de pluie aussi sur le balcon en fin de soirée. C’est la der pour Thierry qui nous quitte demain. Le moral est toujours aussi bon que les jambes. Très bonne étape.

​Jour 8 : PORTET-D’ASPET-AULUS-LES-BAINS

Titi chez Jo


67.9km-  4 h38  - 14.7  km/h

Le réveil sera un peu matinal et le petit déjeuner partagé avec Céline, la marcheuse en pèlerinage. Avec Michèle la patronne,  tout est ici à la bonne franquette (confiture dans le pot, yaourts locaux, jus d’orange dans la bouteille....) , on se sert comme à la maison même si il y chez nous moins de vieux ustensiles et peu d’empreintes d’ours . Le tutoiement est de rigueur, et c’est avec plaisir qu’on se laisse appeler « les jeunes » ou conter les histoires de l’ours.  Il y en a 2 ici qui l’ont vu dont un à  2 m lors d’une chasse au cerf.  Au sujet de la réintroduction des ursidés il y deux camps bien opposés et on peut lire sur les routes autant de oui que de non à l’ours.  L’endroit est en tout cas bien vivant, il est labellisé « bistrot de pays », s’engageant à animer des soirées, à vendre ou acheter  des produits locaux....comme les girolles de hier soir. Tout commence à s’organiser pour le passage du Tour dans 2 jours. Un couple de retraités est déjà en train de garer son camping-car  et Michèle commande devant nous 10 kg de saucisses. L’avant tour est bien excitant et nous commençons même à regretter de ne pas être là pour la fête. Un petit délire déguisement dans le dortoir puis nous repartons. Thierry nous quitte pour St-Gaudens où il prendra le train pour rentrer, nous continuons par la descente vers Castillon-en-Couserans. Au marché local, ce dimanche, on croise des barbus, des chevelus, des vieux tout secs, des alters, des babs, une spirituelle...L’Ariège est l’endroit pour se retirer....et pour conduire des fiat Pandas 4x4 , peu à la mode ailleurs.  Nous croisons un jeune qui traverse les Pyrénées comme nous mais par les sentiers en mode VTT ! 

La vidéo de la deuxième partie du séjour avec Thierry en Obelix, La compagnie Créole chez Jo et bien sûr des cols et des cols! 

Lac de Bethmale

Cela nous parait incroyable. Plus tard en remontant la vallée de Bethmale, un autre jeune, coureur de trail, chargé comme une mule, montant à bon rythme. Nous sommes les moins chargés....mais pas toujours les plus rapides. Quelques rappels pour nous signaler qu’il y a de vraies brutes du pédalier en partance. La vallée est verdoyante, assez facile, jusqu’au lac de Bethmale où l’on s’abrite alors que la pluie redouble d’intensité. Le lac est très joli et le coin dépaysant. Les gardes- pêche peu aimables nous virent nos vélos de l’abri (« c’est notre lieu de travail ! ». Il reste à se décider à gravir le col de la Core sous la pluie. L’ambiance est ma foi assez originale, avec cette brume et ces nuages accrochés aux montagnes. La vue est très réduite mais le calme des lieux laisse imaginer un endroit vraiment très sauvage, avec de grandes sections boisées à perte de vue. Un des intérêts de ce voyage à vélo réside en la source d’idée de randonnées qu’il offre pour le futur. Revenir pour marcher. 

Aulus-les-Bains



La descente du col est assez ardue, en gravier non stabilisé, humide, à 20km/h pas plus. Après la longue descente, voilà Seix, joli petit village touristique mais sans être étouffé par le monde pour autant. Il nous reste 18 km de légère montée pour atteindre Aulus-les-Bains, terme de notre journée. Peu de monde, arrêt pour manger des prunes le long de la route, le coin est assez agréable. Aulus-les –Bains a beaucoup de charme si l’on a de l’imagination. Il faut trouver dans ce petit village endormi le temps de se transporter à l’époque où les quelques vieux hôtels du centre, aujourd’hui fermés, recevaient les curistes il y a quelques décennies. Les nombreuses cartes postales anciennes dans les rues nous aident à nous transporter. Quelques scènes de vie bien misérable enlèvent tout glamour au bon vieux temps. Il y a encore des thermes ​ressemblant plus à une simple piscine de l’extérieur (9 euros et une eau à 32 °C). Pour dormir nous trouvons vite un gîte dans un ancien presbytère (18 euros). Un endroit rustique, authentique, non aseptisé, comme j’aime.
Journée pluvieuse mais le moral n’est pas atteint. L’Ariège, bien plus authentique que la vallée des gaves par exemples, nous convient bien.
Ce soir autour de nous, quelques retraités prenant la demi-pension partageront un peu de tarte avec nous...sans refus vu le piètre repas qui nous attend. Quelques lectures de revues de montagnards et nous voilà à 22h30 dans les duvets du gîte.

​Jour 9 : AULUS-LES-BAINS-LES CABANNES

Etang de Lers


62 km-   4h12  -  14.7 km/h


Comme dans tous les dortoirs de montagne le lever est assez matinal et il faut se faire aux bruits de pliages et de remplissages de sac qui ne manquent pas de survenir tard ou tôt. Nous ne sommes pas aussi pressés, la brume et la pluie dehors ne nous motivent pas trop non plus. Alors c’est l’attente dans la salle commune, à partager un peu de brioche avec les demi-pensionnaires qui ont pitié de notre frugal petit déjeuner. Puis, voyant que rien ne semble s’améliorer, nous quittons le sympathique endroit aidé par le propriétaire vers 10 h en direction du col d’Agnes 1570 m. Quelques courses en ville puis nous partons.  La montée est assez rude et le rythme soutenu à notre niveau ( 7.5 km/h de moyenne). Le sommet est totalement dans les nuages, la visibilité très réduite et on s’apprête à bien se geler pour la descente. Trempés, le gore-tex collant à la peau,  nous sommes vite transis à l’approche de l’étang de Lers et de son snack salvateur. Le chocolat chaud ne servira pas à grand-chose : nous ne séchons pas et il va falloir remettre le nez dehors ! Autour de nous, deux allemands  cyclistes qui patientent comme nous, un papi et un couple qui mangent sans rien se dire. La version light (sans polaire, ni collant atteint ses limites aujourd’hui). Du snack,  la route s’élève pour une courte montée assez facile vers le Port de Lers, joli et paisible. Le temps se calme un peu mais nous sommes un peu frustrés de ne pas en voir plus de ces coins très prometteurs. La descente sera ensuite longue et délicate avec la route et les freins humides vers Vicdessos.


Port de Lers

Le soleil réapparait enfin et nous ravive et nous sèche bien alors que nous prenons notre déjeuner. Nous poursuivons la descente vers Tarascon-sur-Ariège à la recherche de l’office du tourisme. Beaucoup de monde dans ce grand carrefour. Après quelques appels nous trouvons finalement un hébergement aux Cabannes, à 10 km de là. Nous allons essayer d’éviter le plus possible la RN 20 en commençant par rejoindre la vieille ville de Tarascon, étonnamment calme , vide, à deux pas de l’agitation. La route « en corniche » nous mène à Ussat-les-Bains où l’on découvre dans des proportions moindres une ambiance désuète de station thermale : parc, platane, esplanade sur des anciens thermes (fermés) et un petit centre thermal moderne peu engageant. Un petit tour sur le bord de la 4 voies sur 3 km et nous voilà à Sinsat puis aux Cabannes par de petites routes. Le village est finalement assez paisible en bordure de la grande route, de même que notre logement au centre de montagne Les Oustalous ( 26.6 € pour 2) . Pas grand chose à faire le soir à part écouter les délires de quelques jeunes derrière leur portable, Facebookant et proposant des business plan. Peu intéressant.
Une étape contrastée entre froid et soleil. Jambes et moral au top.

​Plus de photos de Ste-Marie-de-Campan aux Cabannes

​Jour 10 : LES CABANNES-AXAT

Château de Lordat

​80.3km-  4 h59  - 16.08  km/h

Après une bonne nuit, nous partageons la salle commune avec les jeunes gardiens de grotte en présence dans une ambiance un peu auberge de jeunesse qui ne me convient guère. Je préfère les retraités marcheurs des refuges de montagne ! 

Decente du col de Marmare

Quelques courses dans le centre-ville assez bien fourni et nous montons sur la corniche, une route panoramique à flanc du versant sud de la Montagne de Tabe. Le temps est superbe et nous sommes en jambes pour la première grimpette d’environ 5 km, relativement raide mais montée à très bon rythme, sans arrêt. A chaque lacet, les vues sur Les Cabannes se dégagent et nous sommes seuls là-haut. 

Route des Sapins


La route rencontre ensuite quelques villages dont un remarquable, Lordat, avec son imposant château. On s’y arrête un moment discutant sur l’irrationnel, l’ésotérisme, la rencontre...A Caussou, un carillon original sonne midi, puis démarre la montée du col de Marmare, douce à environ 4.5%. Très paisible avec de belles vues sur le Pic de St-Barthélemy, sur le bas de la carrière de talc, sur l’usine de Luzenac. Dans un grand virage des panneaux expliquent qu’1/10 ème de la production mondiale provient de Luzenac ! 
La corniche se poursuit, à l’ombre dans les bois (nombreuses fraises sur le bas-côté). A 1361 m le col arrive et nous embarque dans un autre monde, bien plus méridional avec une couleur de pierre différente, une végétation plus sèche. La descente est douce vers Prades et Camurac. Les paysages sont très doux, des agriculteurs récoltent le foin dans les champs, sur ce qui ressemble à un plateau d’altitude. Camurac ne ressemble pas vraiment à une station de ski, mais on aperçoit une remontée au loin. Au col des Sept Frères nous prenons la route des sapins, très sauvage et isolée qui traverse la forêt de Niave. Un coin qui doit être encore plus mystérieux à l’automne ou en hiver. 
Arrivés à Niort-de-Sault nous trouvons d’abord le village charmant avec ses fontaines, ses maisons méridionales avant d’être dérangés par une vieille voiture break qui klaxonne à tout va.

Défilé de Joucou

  La voiture se gare, un homme en sort , ouvre son coffre et hurle « Ail, échalotes ! ». Un peu plus loin un épicier ambulant est garé sur une petite place. Ces petites scènes de l’ancien temps me plaisent et soulignent l’isolement des lieux. La route se fraye ensuite un chemin dans les gorges dont le défilé de Joucou (route en corniche) ce qui est très plaisant à vélo. Puis c’est pas une longue descente que nous arrivons à Axat où nous séjournerons à l’hôtel de la ville (pas d’autre choix, 47 euros) ma foi bien confortable avec sa grande salle commune donnant sur la rue. Axat est la ville carrefour entre le Pays Cathare et les Pyrénées, plus trop d’atmosphère montagne mais je me sens bien. L’étape fut vraiment superbe, très variée avec sa corniche, le plateau vers Camurac et les gorges pour finir. Nous quittons aussi aujourd’hui l’atmosphère des grands cols pour commencer la deuxième partie de notre séjour. Le moral est toujours très bon et les jambes au top.
Nous passerons la soirée à discuter sur le balcon .

​Jour 11 : AXAT-LA ROQUE- DE- FA

Château de Puilaurens


74.3km-  4 h55  - 15.1  km/h

Nous déjeunons ce matin au bord de l’Aude avant de laisser quelques requêtes de Couchsurfing, vraiment à la dernière minute, sans grand espoir. Vers 10 h, alors qu’il fait déjà bien chaud , nous quittons la ville pour monter au col de Camperié ( 1er col du jour) par la grande route, sans lacet, sans trop de monde. Juste une côte sans rien de spécial. A Lapradelle nous profitons d’une belle vue sur le château de Puilaurens, imposant édifice qui inspire le respect et nous pousse à nous interroger sur la dureté de la vie à cette époque du Catharisme.




Pic de Bugarach

Caudiès-de- Fenouillèdes débute le Col de St-Louis (2 ème du jour), pas si simple mais qui me rappelle vraiment les routes du Var, du côté de Plan de la Tour... tout ici est méditerranéen (odeurs, végétation de lavande sauvage et de thym, la lumière....Incroyable comme les Pyrénées semblent lointaines maintenant.




La route n’est pas simple, mais paisible et au calme, au milieu d’un paysage bien sec, risquant d’après les panneaux de s’enflammer à la moindre étincelle. 

Mouthoumet

La descente se fait vers le village de Bugarach et son pech imposant. Les routes sont paisibles, l’endroit isolé et on a du mal à s’imaginer la cohue qu’il devait y avoir le jour de la supposée fin du monde. Dans le village, nous déjeunons totalement seuls sur la petite place en face de l’église (à l’intérieur humide et sentant le déclin). Sinon...quelques rues étroites, un petit bar, un boulanger BIO, une ruine d’un vieux château et quelques signes spirituels comme attendus : école de médecine chinoise dans les parages, conteuse illustratrice bio poétique à la maison forcément bien décorée... Je ne sais pas si c’est le champ magnétique mais je me plais beaucoup en ces lieux. Il faut s’imaginer le village bloqué par des hordes de journalistes brodant sur du rien. Une grande mascarade (voir à ce propos le reportage Mediapocalypse) . Nous quittons le village par le col du Linas ( 3ème du jour), facile et dont le sommet correspond à un bon point de départ vers le pic ou autre source salée reliée à la contrebande ancienne du sel en ces lieux. Des voitures, des randonneurs et la chaleur accablante. Un peu plus loin le col de Bancarel( 4 ème du jour) , pas sur la carte, le col d’en Guilhem ( 5 ème du jour, idem) et enfin l’arrivée à Soulatgé ( lieu de naissance de Bernard de Montfaucon, savant du XVIIème , fondateur de l’archéologie en tant que sciences). Nous nous reposons sur la place en son nom, assommés par le soleil, dormant sur les bancs. Belle église, artisans potiers de qualité et dessins d’enfant à la craie sur le sol. Après une longue pause nous repartons un peu las pour le col de Redoulade (6ème du jour), boisé ; tranquille mais à petit rythme à cause du manque d’énergie. Nous l’avons laissée dans le pic de Bugarach sûrement ! Belle descente puis remontée vers Auriac, sa petite mairie ouverte 2h/semaine, sa petite boutique café, son monument aux morts, ses 2 maisons et son château cathare. La vue des ruines est impressionnante sur la plaine et les collines boisées à perte de vue. Il est temps de descendre, à fond, pour arriver à Mouthoumet avant la fermeture des épiceries. 

La vidéo de l'Ariège et du début de l'Aude. Au programme: de la pluie dans les col , la corniche ensoleillée au dessus de la vallée d'Ax, le sdoux pasages de Camurac et le magnétique village de Bugarach.





Passage au Pont d’Orbieu ( B n B) puis remontée en sprint en solitaire pour moi vers le col des Fourches ( le 7 ème du jour, non marqué sur la carte) qui m’épuise bien en cette fin de journée. Arrivé le premier à Mouthoumet je ne peux que constater la fermeture de la boulangerie et le manque de logement dans le coin. Sur la place de ce paisible village (joueurs de pétanque, fontaine, petit café de pays) un local nous aide : il y a un gîte à3 km. Le temps de prendre un sandwich et nous y sommes. La Roque de Fa, son ancien château sert de gîte et est tenu par un couple franco-anglo-iranien sympathique et affable. Très confortable pour 20 euros...nous avons une belle chambre, nous sommes les seuls clients et l’ensemble est impeccable. L’accueil est chaleureux, le patron nous offrant une bière en nous racontant l’histoire du coin, la vie locale, le sort des jeunes de l’Aude, l’ancienne fabrique de pipe, l’époque des mines...La journée fut assez dure, plus par la chaleur peut-être mais quand même...7 cols ! Très bonne journée quand même, l’ambiance méditerranéenne me réjouit, il n’y a personne sur les routes et cet ensemble isolé me convient parfaitement.

​Jour 12 : LA ROQUE- DE- FA-MAILHAC

Château de Termes


70.8km-  3 h58  -17.8  km/h

La nuit fut bonne, pas loin du vieil aqueduc, dans ce vieux village encastré sur le rocher. Nous démarrons la journée par la montée au col de Bedos (pas trop dur) avant de suivre la sauvage route vers Termes. Le village est charmant avec ses vieilles maisons, ses rigoles d’eau dans les rues pentues, et son château assez imposant. La route serpente ensuite dans des gorges, plongeant dans des tunnels et offrant des vues sur la rivière en –bas où des adeptes du canyoning s’adonne à leur passion avec bruit. Un peu plus loin apparaît le château de Durfort, moins vertigineux que ses illustres voisins mais avec quelques pans de murs très bien conservés. Arrivés à Lagrasse, élu plus beau village de France, nous sommes d’abord surpris par l’omniprésence des étrangers : cela parle anglais, danois. On comprend vite l’attrait de ce lieu : baignade dans de l’eau claire au beau milieu de la ville et sans trop de monde, vues sur l’immense ancienne abbaye  et une vieille ville de toute beauté. Sur une des places du village un concert de musique classique  a lieu, un peu plus loin des boutiques de créateurs, des vieux commerces apportent charme et cachet au lieu. Un très bel endroit. Depuis Lagrasse nous allons maintenant descendre rapidement vers Lézignan-Corbières. La végétation change très vite, nous nous retrouvons au milieu des vignes, sur un terrain plat, typiquement méditerranéen.  

 

Lagrasse

 A Lézignan, au milieu des locaux torses-nus, dans une ambiance très sudiste, nous suivrons l’étape d’Hautacam du Tour de France, retrouvant sur l’écran les routes du Tourmalet avec un autre regard.  Nous ne visitons pas la ville et rejoignons Roubia, au nord, où coule le canal du Midi, montons une petite montagne  où des pompiers sont en poste de garde au sommet pour arriver à Mailhac chez mon vieil ami Jean-Charles. La végétation est ici tellement différente de celle de ce matin  tout est jaune, sec , quasiment semi-désertique après tous ces jours de vert dans les montagnes. Au fond se dessinent déjà les silhouettes de la Montagne Noire et des montagnes du Haut-Languedoc.
Nous passerons une très bonne soirée auprès de Jean-Charles et de sa famille, discutant longuement des travaux de sa belle maison, du Portugal que nous semblons tous adorer ici.
L’étape du jour était assez contrastée, entre les routes tortueuses des châteaux cathares et l’arrivée dans le plat pays couvert de vignes. Beaucoup de chaleur aussi mais finalement assez roulant .

 

​Jour 13 : MAILHAC-OLARGUES

Vignobles de St-Chinian

60.2km-  3 h34  - 16.9  km/h

Pas facile de quitter Jean-Charles et son accueillante famille. Nous passons la matinée à discuter, à observer les vieilles photos de bodyboarders que nous étions avec pour ma part une bonne dose de nostalgie. Surtout quand je me rends compte que son fils ne nous reconnait pas vraiment sur les images. Jean-Charles sera toujours associé à ce bon vieux temps dont parlaient les anciens de notre jeunesse et dont nous comprenons maintenant le sens.  Je suis bien chez eux mais je sais qu’il y a la route à faire et alors je me force un peu à activer le rythme pour éviter les au-revoir un peu tristes. Thierry est aussi un peu hésitant suite à l’annonce du décès d’une de ses grande tante. Nous partirons vers midi, un petit panier repas gentiment confectionnée par Sophie, sous un temps un peu menaçant. Les premiers kilomètres seront portés sur la réflexion. La jeunesse s’éloigne et c’est l’irréversible qui nous saute à la figure. Je repars un peu triste, piqué par le retour du passé, par cette vision d’une famille harmonieuse, d’une maison coquette que je n’ai pas.  


Boissezon

Sur la route de Mailhac, une inscription marrante «  Schivardi Président » en l’honneur du célèbre maire local. Bize-Minervois, Villespassans....la route se balade entre les vignes ; c’est tranquille sans être spectaculaire. A St-Chinian, nous rentrons vraiment dans le domaine du vin, dont la ville détient une AOC. L’accueil des locaux est assez remarquable, assis sur un des bancs du parc du centre-ville la plupart des gens nous saluent gaiement en nous souhaitant bon appétit ! Plein nord, vers Berlou, le terrain change et devient plus vallonné. L’orage proche et les premières gouttes de pluie nous forcent à un arrêt dans un abri bus. 

Olargues


Dehors deux jeunes jouent au football et lisent leur portable. Un vieux marche en direction du musée des fossiles. Partout des coopératives de vin, parfois plus ou moins abandonnées, l’architecture et la vie des habitants tournent  ici autour de la vigne c’est un fait visible. La route devient plus escarpée vers Escagnès et Mézeilles, deux villages bien isolés non loin des gorges de l’Orb. La montagne se rapproche et les villages se perchent comme celui de Boissezon, dans un très beau site. Des panneaux annoncent les spectacles locaux....nous seront toujours en décalage, comme depuis le début du voyage. Ici c’est l’orchestre de Cotonou (Bénin) qui se produit à Vieussan ! La route longe ensuite l’Orb et rejoint au pied du Mt Caroux (impressionnant pour une altitude de 1040 m) la route qui longe les Monts de l’Espinouse. Une voie verte (non lisse) suit l’ancienne voie ferrée entre Bédarieux et Mazamet et nous la suivons jusqu’à Olargues. Notre hôtel, un brin désuet, se pose en face de la gare. Les couloirs sentent bon la cire, il y a des poignées et des plaques de chambres en céramique...Exactement comme j’aime. Se poser, ouvrir les volets en bois, déranger le gecko local (Tarente) et observer les joueurs de boules depuis le balcon me ravit. L’étape du jour  fut assez particulière, un peu transitoire, un peu nostalgique....pas la grande extase mais pas de grande fatigue non plus.
D’ailleurs la soirée sera plus gaie avec une visite de la vieille ville médiévale. Un vrai régal et très ludique avec ces entrelacs de ruelles (certaines vraiment sombres et étroites) odorantes, ces passages couverts entres les divers étages du village, son château ( 12ème-17ème) détruit par Louis XIII sous conseil de Richelieu , son vieux pont du diable ( 2 m 40 de large , XIIème siècle) ou  sa vue sur les montagnes à 360 ° . Un très bel endroit donc très préservé et avec beaucoup d’âme, prisé par les étrangers, regroupés dans le restaurant le plus chic de la ville, tenu par des danois. 


Plus de photos des Cabannes à Olargues

​Jour 14 : OLARGUES-MONTLAUR

Montée du col de Fontfroide

66.9km-  4 h29  -  14.9 km/h

La journée commence par un beau col, en fait deux mais le premier(le col du poirier 602 m) n’en est un que pour ceux qui viennent d’un petit village voisin, pour nous ce ne sera qu’un panneau sur une montée régulière.  Le col de Fontfroide nous offre une belle route de 12 km que le vent de face rend assez difficile. On comprend pourquoi de nombreuses éoliennes sont disposées au sommet malgré les contestations de nombreux écologistes visibles sur la route. Le coin est aussi souvent sujet aux orages, il y a d’ailleurs 2 refuges le long du parcours. Au sommet un mémorial de la guerre 39-45 rappelle que les  lieux furent le siège de nombreuses batailles. 

 
Quelques cendres d’Auschwitz sont là dans une urne. L’endroit est sinon agréable mais sans vraiment de vue remarquable. Dès le col passé tout change, on quitte le midi pour se retrouver dans un milieu forestier de montagne. Incroyable comme les deux versants des monts de l’Espinousse sont différents. Je reconnais au fond les monts de Lacaune, le Montalet et le Montgrand. La route continue alors, passant par de petits villages-hameaux isolés comme Salvergues , au milieu d’une forêt de plus en plus exploitées et clairsemée.  C’est sauvage et isolé mais un poil monotone car sans véritable vue....ou alors est-ce mon sentiment de tristesse à l’idée de quitter la partie méridionale du séjour ? Un peu de repos et nous attaquons le col de Coustel 880 m, rapide et simple, avant de faire le toboggan entre les fermes pour enfin descendre de la montagne vers Brusque, profitant de ces paysages de collines boisées recouvertes d’éoliennes. L’endroit mériterait une visite l’hiver, sous la neige. Brusque est un joli petit village  où coule le Dourdou. Il y a une fête aujourd’hui et les enfants courent partout pour une sort de course au trésor pendant que des jeunes filles bronzent au bord de l’eau et que les papis s’attablent au café du pont, typique et sûrement très ancien. Un peu plus loin et nous atteignons Camarès, son plan d’eau et son vieux pont. Pas vilain mais sans le charme d’Olargues quand même. Un long passage à l’office du tourisme nous permet de trouver une chambre d’hôte non loin de là alors que mes freins commencent à attaquer le métal. Il est temps d’arriver dans cette ferme typique aveyronnaise, grosse exploitation d’élevage de brebis, vers Montlaur. Au final journée moyenne, avec moins d’enthousiasme que d’habitude, sûrement du au sentiment de revenir vers des coins assez connus.
La soirée sera très agréable et confortable, dans le canapé du salon ; à lire Tintin au Congo ( que de meurtres d’animaux !) ou le Journal de Mickey de 1985 ( que de souvenirs avec les vieilles pubs du Commodore 64, les feuilles à découper, le programme télé avec Patrice Drevet , le présentateur rocker, les Lego etc....). Un vrai retour dans le temps d’ailleurs la critique ciné traite de Retour vers le Futur, Les Goonies....sans savoir à l’époque que ces films deviendraient cultes pour toute une génération. 

Dans les Monts de L'Espinouse

​Jour 15 : MONTLAUR-PAMPELONNE

Chambres d'hôtes de Montlaur

79.9km-  5 h17  - 15.1  km/h

Le petit déjeuner sera pris sur la terrasse de la grande propriété avec la patronne aux petits soins (roquefort local, cake maison....). Nous apprécions d’êtres les hôtes d’un jour et nous faisons le plein d’énergie  sans retenue. La journée commence par une gentille montée vers Rebourguil au milieu de paysages champêtres assez originaux : la terre, bien rouge, contraste avec le jaune des foins que les paysans s’appliquent à récolter tandis que les milans noirs surveillent en volant au-dessus des champs fraichement nettoyés en poussant quelques cris. La suite sera  assez banale jusqu’à Brousse-le-Château (brocante en bord de route, petits papis en Saxo....l’ensemble est bien rural) que nous rejoignons en longeant le Tarn par une belle route. On y croise les vestiges de l’ancienne ligne de chemin de fer, un petit camping à l’ancienne au bord de l’eau puis enfin apparaît le château et le village. Le site est remarquable avec ce grand château au sommet d’un village aux rues pavées, avec son petit pont roman, ses toits en lauzes. Nous passerons au milieu du vide grenier qui s’étale dans la partie basse de la ville pour ensuite remonter jusqu’au château que nous ne visiterons pas. Sur quelques pas je me figure parfois à Rocamadour, le monde en moins. Le village est loin d’être défiguré par le tourisme ici. Nous prendrons notre repas au bord de l’eau avant de prolonger quelques kilomètres encore le long du Tarn avant une pénible montée sur une route recouverte de gravier et pentue vers Requista. La ville fait figure pour nous de vrai col (alt : 562 m) et semble bien déserte en ce dimanche. Tout semble mort et rien ne nous pousse à y rester plus longtemps. Nous empruntons alors des routes très rurales vers Falguières , Le Fourcatel, au milieu des grosses exploitations, des odeurs de fumiers, s’arrêtant régulièrement pour récolter quelques prunes sur les arbres. 

Brousse-le-Château

 Arrivés à Pampelonne, but de notre journée et chef lieu de canton, nous perdons un peu de temps à trouver un logement : 1 puis 2 B n’B complets mais on apprend que le restaurant a ouvert depuis peu quelques chambres. L’endroit, sur la place, est célèbre pour sa photo du banquet organisé pour Jean Jaurès en son temps. Aujourd’hui un couple d’anglais le tient. D’ailleurs les anglais sont encore majoritaires dans ce coin reculé du Tarn. La journée ne fut pas finalement si simple que ça avec le vent de face et mon vélo qui ne freine plus que de l’avant. Hormis Brousse-le-Château, le reste n’a pas non plus un cachet extraordinaire. Nous errons dans le village à la recherche de nourriture mais il n’y a rien en ce dimanche soir, nous finirons par goûter le menu à 16 euros proposé par notre restaurant et en serons  finalement ravis. Dans une petite salle décorée avec des tapisseries médiévales, avec de la musique jazz ancienne en fond sonore, et des anglais  au fond de la pièce, nous dégusterons un copieux repas ( jambon rémoulade, hamburger de Charolais –frites maison- fromages-glace vanille et fraises confites). A la question «  Petit déjeuner demain à 7 h30 ? » nous ne savons trop que dire. Voyant notre hésitation le restaurateur nous rassure «  C’est compris dans le prix de la chambre ».  «  Alors là oui, oui, oui ! ». Il faut dire que autant dans les chambres d’hôtes que dans les hôtels nous ne savons jamais trop ce qui est compris ou pas. Vu que le budget de Thierry est assez serré...cela crée quelques moments de silence circonspects.  

Jour 16 : PAMPELONNE-MOLIERES

St-Martin-Laguépie

103km-  6 h03  - 17.02  km/h

Après un matinal et copieux petit déjeuner (5 viennoiseries pour 2, parts de tartes, etc....) nous quittons les terres de Jaurès plein ouest par des routes faciles, tranquilles, à bon rythme vers Mirandol-Bourgnounac, Montirat, St-Christophe pour rejoindre les rives du Viaur. La voie devient alors plus intéressante. C’est très calme, il n’y pas grand monde autour, ni sur terre, ni sur l’eau et nous arrivons vite à St-Martin-Laguépie au pied de son beau château, les pieds dans le Viaur qui se jette ici dans l’Aveyron. Nous poursuivons alors le long de l’Aveyron, Le Riols, Lexos (village assoupi dont je ne retiens que la gare et les restes d’un passé sûrement plus actif . Wikipedia me confirme cette impression : «  La gare de Lexos aux dimensions colossales s'ouvrait sur 3 directions : Paris via Capdenac, Toulouse et Montauban pour qui elle était le passage obligé avant la construction de la ligne Brive Cahors Montauban Toulouse. La présence de la ligne allait permettre la transformation de l'usine à chaux en une cimenterie particulièrement florissante et sans cesse modernisée jusqu'à la fermeture brutale en 1994. ». 

St-Antonin-Noble-Val


 La voie est alors balisée par quelques panneaux verts, permettant aux cyclistes de longer l’Aveyron. Pas de piste cyclable mais des routes sans trop de passage, parfaites pour nous. Nous les suivons jusqu’à  la vieille cité médiévale de St-Antonin-Noble-Val. Il a tout ici pour satisfaire le voyageur...et ils sont nombreux,  souvent parlant anglais (peut être rappeler que les Anglais envahirent la ville en 1351....l’histoire n’est qu’un recommencement). On trouve ici des boutiques de créateurs (peintures, vêtements...), une place des restaurants ; des venelles sombres, des passages couverts, des maisons à colombages. Nous parcourons les rues dans tous les sens accrochés à nos vélos avec plaisir ; repassant parfois plusieurs fois au même endroit, le propre des parcours erratiques dans un plan de ville aussi tortueux que jouissif. La route s’élève ensuite et quitte les rives pour rejoindre des paysages que je nommerais typiquement lotois avec ces nombreux murets de pierre, ces belles maisons isolées  et ces plateaux à chèvres. Lavardette, St-Georges ( où nous faisons une sieste dans le pré devant l’église), Cayriech ( bel endroit bucolique et très fleuri participant à un concours sur ce  thème  d’ailleurs). La route oscille ensuite vers Labenche et Montpezat-de-Quercy. Avec le vent de face et l’envie d’arriver ce n’est pas si simple de terminer l’étape. Un petit sprint pour monter au village et nous nous croyons arrivés quand l’office du tourisme enfin apparaît. Pourtant nous ne trouverons rien dans le village (pas d’hôtel et le reste complet) alors nous rajouterons quelques kilomètres ( 12) pour rejoindre Molières où un hôtel nous attend. Montpezat semble être un joli coin mais l’envie de se reposer et le temps menaçant nous poussent à quitter les lieux assez rapidement. 


St-Antonin-Noble-Val


 




Au bout de 6 km  une énorme averse s’abat sur nous et nous ne pouvons que nous abriter contre des arbres, accroupis dans les ronces ! Une pluie tropicale, l’orage...on en rigole, trempés. Alors on décide de partir, à fond, pour 6 km assez épiques, au maximum  de notre puissance. On s’égouttera bientôt à l’hôtel. L’étape fut assez longue, agréable et pas trop dure finalement. Le moral est toujours très bon, les jambes aussi et les paysages du jour  ma foi assez intéressants. Nous finirons la soirée par manger des lentilles froides, du couscous cuit à l’eau chaude, dans notre chambre confortable de l’Auberge du Quercy Blanc. Vite, à la télé  ce soir «  Mon curé chez les nudistes »....mais on s’endormira presque avant la fin.  


​Jour 17 : MOLIERES-DAUSSE

Village du Tarn et Garonne


57.3 km-   3h32  - 16.23  km/h

En route pour la dernière journée ! Elle ne devait être qu’une formalité, elle sera l’une des plus dures et ennuyeuses. Est-ce le manque de motivation dans des paysages qui me sont familiers ? Est-ce la fausse impression de voyage terminé alors que les kilomètres sont encore bien là ? Est-ce le vent de face constant  et la succession de côtes et de descentes ? Est-ce le trajet sans carte sur des routes départementales ? Un peu de tout ça sûrement. Mais nous allons un peu souffrir et je remarque plus qu’à son habitude mon collègue Thierry pester sur son vélo. Sur les conseils de la vendeuse du Spar nous quittons Molières pour Lauzerte en passant par Vazerac. Les chevrons Michelin sont bien là mais nous n’en savons encore rien. Alors on patiente sur des côtes de 1 à 2km500 sans causer, sans exaltation. Le paysage est celui de la campagne du Tarn-et-Garonne. Pas de sites remarquables, rien de  plus que du goudron et du vent !  Lauzerte est un beau village que je connais bien mais nous ne ferons pas l’effort d’y monter et tournerons en son pied vers Montaigu-de-Quercy par une route étrangement qualifiée de pittoresque par la carte Michelin. Petit rythme, partage des relais  et discours peu festifs. Nous mangerons notre dernière boite de conserve au bord de la route, à l’entrée du village de Montaigu-de-Quercy. Base de randonnée en Pays de Serres, je n’en connais pas beaucoup plus que son rond-point. A Valeilles nous échangeons les vélos pour les derniers 3 km. Je vais pouvoir m’endurcir avec les gros braquets de Thierry, sur son vélo bien équilibré, aux freins klaxons un peu mous et aux grincements agaçants ! Il s’essaiera aux moulinages de jambes et à la selle haute. J’arrive quand même à monter fièrement la côte du lotissement, pente que je connais bien et que l’entrainement me fait monter à vive allure. Pas la même émotion que l’an dernier où je terminais un périple de 2 mois. Je suis sûrement plus usé et  fatigué aujourd’hui ( - 3 kg)  que je ne l’étais alors. L’accumulation de repas froids, la difficulté des journées ...le thème du séjour était bien plus sportif. 

Plus de photos d'Olargues à Dausse

La dernière vidéo, avec les villages de l'Aude , de l'Hérault , de l'Aveyron , du Tarn et du Tarn et Garonne. 

CONCLUSION

Près de Sinsat

Pour paraphraser les joueurs de football, et pour utiliser une expression que je n'ai jamais utilisée et qui ne se retrouvera plus sur ce site tant elle m'agace...je dirais..."Ce voyage...c'est que du bonheur!".
Pas totalement en fait...juste une ou deux petites journées sans grande exaltation..mais en majorité j'étais fondu dans ce bonheur en barre dont on parle parfois,  du matin au soir et parfaitement en phase avec la manière dont se déroulait le voyage.
Dérouler est un bon choix ce verbe  tant nous avons vécu en cinémascope, 4D , avec odeurs, sons et vibrations pendant ces 1155 km. Jamais revenir en arrière, des pauses,et de la marche avant: au ralenti dans les montées ou en accéléré dans les descentes. Il fallait enregistrer tout cela et ce ne fut pas si simple. Tant de paysages, tant de lacets, tant de villages...comment tout garder en mémoire? Il restera sûrement les moments clés: le sommet de la route au Tourmalet alors que le soir arrive, la sublime arrivée à l'Aubisque après une difficile montée dans le cagnard, la soirée cher Jo dans le petite village d'Aspet, les superbes villages d'Olargues ou de Lagrasse dans la partie méridionale du périple, l'étape nostalgique chez Jean-Charles à Mailhac...Un voyage finalement assez court mais tellement riche. A peine plus de 2 semaines et pourtant tant de choses à mettre dans la besace. Du ravitaillement en bonheur simple, calorique pour les vieux jours froids, une alimentation durable comme le développement de nos machines, si peu polluantes .  Un voyage qui désintoxique, loin du net, de la télé...et cela fait beaucoup de bien. Voyager non connecté est toujours possible...même si nous avons cédé parfois en joignant la famille pour trouver des idées d'hébergements pour le soir. Mais bon ...par rapport à d'habitude ( Couchsurfing oblige...)  c'est  un voyage Low-débit quand même. 

Ce voyage ferme la porte au dictat de l'aventure lointaine dans mes pensées et ouvre la porte de tant d'aventures de  proximité. Il reste tant à découvrir à vélo et c'est un moyen de tout revoir, de tout reprendre à zéro. Je connaissais bien, voire très bien, certains de ces endroits et pourtant aucune lassitude n'est apparue  et  la découverte fut bien réelle. Rien ne se compare entre une montée de l'Aspin à vélo ou la même en voiture.  Le film est tellement plus vivant .
Je note aussi le plaisir d'avoir partagé cette aventure avec 2 amis.  C'était aussi le but de  ce voyage. Profiter de l'occasion rare  de pouvoir se retrouver à 3 au même moment sur un projet fédérateur, il n'y en a pas tant que ça. Nous nous sommes je pense très bien entendus et tout fut bien simple, en roue libre du début à la fin. 
Ce voyage enfin confirme l'ouverture au monde aperçue l'an dernier lors de mon premier périple à vélo. C'est définitivement la meilleure façon , à mon sens, pour voyager, du moins dans des pays relativement sûrs et calmes.  De nouveaux projets de tarderons pas: l'Islande, les Etats-Unis,  le reste de la France...et tant de pays en Europe. Le  vélo se repose ...pour l'instant. 

 
LE POUR : la simplicité des déplacements, le côté tranquille, l'impact carbone, le coût du voyage, la liberté, l'odeur de foin, les paysages, l'effort physique, l'accueil des gens.

LE CONTRE : le manque de dépaysement, les logement complets parfois.