LE CHEMIN DE STEVENSON

On cherchait à l'époque(1998) pour notre randonnée estivale ,un voyage qui aurait un sens, pas trop loin, pas cher et facile à organiser. Suivre les traces d'un personnage illustre dans une région proche de la notre en serait un parfait exemple. J'avais repéré sur une revue un article sur le chemin de Stevenson. Un périple de plus de 200 km à travers le Massif Central, accompli avec un âne, Modestine.... On ne mit pas longtemps à se décider.

Remarque:
Le texte me paraît aujourd'hui (2009) assez brut voire militaire. Je le laisse tel quel ...même si j'aurais préféré plus de description de nos impressions qu'une simple énumération de notre itinéraire.

Quelle est l'histoire de ce sentier?

Robert Louis Stevenson est un écrivain poète, né le 13 novembre 1850 à Edimbourg en Ecosse ,au sein d'une famille bourgeoise. Voyageur émérite, il séjournera maintes fois en France ( Cévennes, Côte Méditerranéenne, Barbizon, Fontainebleau, dans le Nord sur l'Oise ...), en Europe, en Amérique du Nord. Il tirera de ses voyages son inspiration et fit même de sa traversée des Cévennes un livre entier" Voyage avec un âne à travers les Cévennes" , livre charmant qui nous guidera durant tout notre périple et à lire absolument!( on le trouve aussi sous le nom "Journal de Route en Cévennes").
Stevenson finit sa vie dans l'archipel des Samoa où il vécut au milieu de ses amis indigènes jusqu'à sa mort le 3 décembre 1894. On le surnomma là-bas Tusitala:"l'homme qui raconte de belles histoires". Et c'est vrai que sa traversée des Cévennes effectuée du 22 septembre au 3 octobre 1878 restera dans l'histoire.
On peut citer ses oeuvres les plus célèbres: L'île au Trésor, Docteur Jeckyll et Mr Hyde, Dans les mers du Sud, An Island Voyage, la Flèche Noire.
On peut trouver ces renseignements dans les livres de Michel Le Bris, biographe de Stevenson.

ITINERAIRE ET ORGANISATION

Notre itinéraire: Le sentier traverse 4 départements du Sud du Massif Central aux Cévennes:

  • la Haute-Loire ( ancienne province du Velay, pays du basalte et de la dentelle...)
  • la Lozère ( Gévaudan, Margeride)
  • l'Ardèche
  • le Gard ( Cévennes)

L'intérêt est multiple. Les panoramas sont pittoresques .C'est un région travaillée et bâtie par l'homme depuis des siècles qui apporte un patrimoine culturel et architectural contrasté et varié. Pour les amateurs, la flore est exceptionnelle. Les forêts traversées sentent bon le champignon et la gastronomie locale vaut le détour, enfin il parait, car pour nous ce fut pâté et ..pâté.
C'est une région de sources et d'eau ( sources du Tarn, du Lot, de l'Allier...).

Le sentier démarre du Monastier sur Gazeille et se termine à Saint Jean du Gard. La distance totale est d'environ 200 km. Nous l'avons fait en 10 jours.

Période Conseillée: Vous pouvez passer en toute saison sur le sentier. Il reste que l'altitude et le climat rigoureux de la région nécessiteront, en particulier vers le Mont Lozère, un équipement adapté. L'été n'est pas à mon avis la meilleure saison (cagnard!) ...comme souvent pour marcher en France...enfin selon moi. La fin du printemps ou le début de l'automne me semblent parfaits au niveau des couleurs et du temps.
Pour plus de renseignements voir le site de Météo France .

Niveau: Aucunes difficultés techniques. Quelques longues étapes. Tout dépend comment on voit le ravitaillement et l'autonomie. On marchait à un bon rythme et forcément les genoux ou les pieds en souffraient. Le sentier est bien balisé dans l'ensemble et on peut avec un budget un peu plus élevé que le notre faire le sentier assez confortablement.

Hébergement:Nous avons dormi sous tente ou à la belle étoile tout le long du trajet. Le camping sauvage est aisé dans ces régions. On peut trouver des gîtes et hôtels dans bon nombre de villages traversés.

Quelques liens utiles avec 2 sites très complets:

L'arrivée au Monastier et le départ...

Jour1: Tout d'abord il faut atteindre le début du sentier ce qui n'est pas évident sans voiture!
On se fait amener à Figeac pour prendre un train pour Aurillac. De là on prend un autre train pour Arvant, bled paumé d'où l'on reprend un train après 1h30 d'attente pour Brioude. Enfin un car nous amène au Puy en Velay. Ouf!!!Cette ville, préfecture de la Haute Loire, est surtout connue pour être un "départ" possible du Chemin de Saint Jacques de Compostelle. On ne s'y arrête pas et essayons le stop pour rejoindre le Monastier sur Gazeille. On se sépare en 2 groupes et arrivons finalement ,en galérant un peu , à se retrouver en fin de journée dans le village. On visite l'église abbatiale d'art roman, son Trésor puis on commence notre marche plein sud. On bivouaquera 4 km plus loin, à Courmacès ( alt 920 m) au milieu des chèvres .

Goudet, le Bouchet St-Nicolas, Landos...

Jour 2: Réveil matinal vers 8 h. La nuit fût bonne. Après un brin de toilette dans le lavoir de Courmacés , on décampe et se ravitaille à St Martin de Fougères .C'est donc bien chargés que l'on débute notre première journée de marche. On commence par se perdre pour atteindre Goudet au bord de la Loire. On mangera à Ussel pour se reperdre vers le Bouchet St-Nicolas, par un petit détour près d' une belle carrière de pouzzolane. Le village n'est pas terrible et l'épicerie chère ( pour nos bourses étudiantes...). On trouve un très beau bivouac vers 18 h , 2 km avant Landos ( altitude 1150 m) dans un bois sombre ...en évitant de penser au Projet Blair Witch ou à Délivrance. La journée( 22 km) fut agréable à part quelques passages monotones ( avant le Bouchet et avant Landos). Le terrain est composé de grands plateaux herbeux avec de superbes vues .

Pradelles et Langogne

Jour3:On lève le camp vers 9 h puis nous profitons d'un sale lavoir à Landos pour notre toilette. Nous nous ravitaillons et continuons vers Pradelles. Le chemin est superbe: jolis paysages de type Méditerranéen , grands bois. On visite Pradelles ( musée , vieux village ) puis c'est la descente vers Langogne. C'est une assez grosse ville avec quelques jolies pierres( église romane, vieux village, halle au grain...). On remonte ensuite pour trouver un bivouac dans un champ au bord du chemin. Étape sympathique ( 22 km) avec pas mal de rencontres avec les gens du coin et de belles vues notamment celle sur le Lac de Naussac.

Le Cheylard l'Evêque, Luc...

Jour4:On continue notre marche vers le Cheylard l'Evêque ( cueillette de myrtilles, framboises et fraises des bois) en traversant de superbes forêts par des pistes forestières. Le chemin vers le Luc est assez pénible. Mes genoux commencent à mal supporter le poids du sac. La baignade dans l' Allier sera un moment agréable. Après 23 km de marche on trouvera un super bivouac dans le château de Luc profitant d' un super panorama et d'une tranquillité absolue. .

Notre Dame des Neiges et Chasseradès

Jour 5: Toujours un départ matinal pour Notre Dame des Neiges, que l'on atteint, un peu par chance ,en se perdant .La visite est intéressante, en particulier les caves de l'abbaye. On descend ensuite vers la bastide ou l'on doit attendre un bon bout de temps l'ouverture de l'épicerie. Il s'ensuit une dure grimpette vers un plateau puis une descente vers Chasseradès , avec un mal de genoux persistant et un temps menaçant. Après 22 km on trouve un bon bivouac, un peu avant le village, dans un champs. La pluie fait son apparition mais la beauté des paysages efface ce désagrément.

Le Bleymard et le Chalet du Mont Lozère.

Jour6: On démarre la journée par une agréable ballade jusqu'à Chasseradès où l'on se rafraîchit dans le cimetière, discute avec le curé et visite l'église romane. On franchit ensuite le viaduc de Mirandol, l'Estampe puis on commence la montée vers la montagne du Goulet ( 1400m) dans une belle forêt où l'on ramasse d'énormes fraises et un gros cèpe que l'on ne pourra malheureusement pas manger. Nous descendons ensuite vers les Alpiers et le Bleymard en passant par les sources du Lot. Nous sommes maintenant dans le parc national des Cévennes. On se paume un peu au Bleymard puis c'est la montée raide ( mal aux genoux et aux pieds) vers le ​​ Chalet du Mont Lozère où l'on profite d'une halte autour d'un verre bien mérité. On bivouaque juste à côté , dans la station ,après 20 km de marche assez physique.

Mont Lozère et le Pont de Montvert

Jour7:La nuit fut très mauvaise à cause du vent. On poursuit par la montée du Mont Lozère en plein vent. Le panorama du pic de Finiels à 1699 m est très beau sur les Cévennes et parfois sur les Alpes par temps clair.On descend ensuite vers Finiels où l'on déjeune au bord d'un ruisseau, pour arriver enfin au Pont de Montvert où l'on fait une grosse pause agréable , se baignant sous le pont des Camisards. Après un ravitaillement nous remontons vers Champlong de Bougès. Après 19 km de marche, le bivouac sera ce soir près d'une cabane désaffectée, en pleine forêt. Du vent , presque l'orage, encore une soirée où l'on préfère ne pas être seul.

Col du Sapet, signal de Bougès et Florac

Jour 8: On rejoint le Col du Sapet par le signal de Bougès (1421m) . La vue est superbe sur les Cévennes et la Lozère. On descend ensuite vers Bédoues. Sur les crêtes on découvre un super refuge genre "Davy Crocket" avec vielle poêle en fonte et vieux matelas. Quel regret de n'avoir pu bivouaquer ici! Le village de Bédoues étant sans intérêt, nous continuerons jusqu'à Floirac où l'on mange et se baigne. Après la nature sauvage on retrouve avec peine le goudron des villes. Nous visiterons quand même la maison du Parc National des Cévennes , le village avec ses ruelles, la source du Pêcher... On cherchera un bivouac en sortie de ville , sans succès puisqu'on finira à St Julien d'Arpaon( ruines du Château) à 8 km de là!Crevés, après 29 km de marche , on s'endort vite à la belle étoile dans le village malgré les nuées d'insectes.

Cassagnas et St Germain de Calberte

Jour9: Après une nuit pas terrible à cause des insectes et après une brève toilette dans le ruisseau, on prend le chemin de Cassagnas par l'ancienne voie de chemin de fer , assez monotone.Repas et bain à la gare. On monte ensuite vers le col de la Pierre Plantée (891 m) dans le cagnard pour redescendre vers Saint Germain de Calberte. Nous y passerons la nuit sur la place du village après 20 km de marche. Le village est très agréable avec ses vielles ruelles et son Château Saint Pierre. Avant cela on a eu l'agréable surprise d'assister à une pièce en plein air sur la vie de Stevenson. Le comédien, en compagnie de l'âne Modestine ( qui fugua pendant le spectacle...) , retrace avec verve les étapes importantes de la traversée de Stevenson. Le spectacle se déplace dans les rues où de nombreux figurants animent la pièce. Vraiment très intéressant.

St Etienne Vallée Française et St Jean du Gard

Jour10:On quitte le village par une descente assez monotone de 9 km vers St Etienne Vallée Française. Comme souvent on se ravitaille, mange et se baigne au bord de la rivière et même plus tard dans de beaux canyons turquoises. On commence ensuite une dure montée dans le cagnard vers le Col St Pierre, s'arrêtant longtemps au sommet ( 597m), appréciant la vue sur l'Aigoual. On finira par la descente vers Saint Jean du Gard, ultime but de notre voyage, après 21 km de marche. On se baigne encore avant d'atteindre le gîte "Le Moulinet", sympa. On pourra enfin se faire cuire une bonne platée de carbonnara, déguster un bon melon, prendre une vraie douche. La soirée se passera en ville, animée par beaucoup d'artisans ...Fin du voyage et retour à la vie plus classique avec un verre au café ...on retrouve immédiatement ses habitudes...

Quelques photos scannées( cliquer pour agrandir) , de piètre qualité ,à rajouter...

PLUS DE PHOTOS

CONCLUSION

De très beaux paysages, de très beaux bivouacs, le calme des grands espaces...Une randonnée qui comblera les flâneurs avides de nature douce. Il est très agréable de suivre les pas de l'écrivain voyageur, de rechercher avec le roman les lieux traversés, de parcourir les forêts sombres du Gévaudan. Il faut s'imaginer il y a un siècle dans ces lieux toujours reculés ..et la magie opère. Et pour ceux qui prennent un âne ...quelle belle" aventure" les attend!

LE POUR : la simplicité, les paysages, l'histoire et le patrimoine , marcher sur des pas illustres, le budget
LE CONTRE: le cagnard parfois, certaines étapes sur pistes forestières monotones.