ÎLE DE MAN
Pourquoi l'Île de Man ?
Les voyages de dernière minute...un terme un peu exagéré. De la veille à la rigueur. Comme celui-là. Accroché à ma belle campagne sous le soleil de juillet, les journées rythmées par le Tour de France, par les sorties vélos ou piscine, par les randonnées avec mes nièces, difficile de se sortir de cette routine agréable mais peu gratifiante. Exaspéré par le prix des vols vers l’Asie où je rêve de repartir depuis bien longtemps, j’ai cherché, encore cherché, pour trouver une idée satisfaisante hors Europe, mais je n’ai pas trouvé. Et puis, un peu au hasard, avec les mots clés « festival folk England » je suis tombé sur un petit événement local de la côte ouest de l’île de Man. Petite vérification : oui, un ferry peut s’y rendre depuis Liverpool. Et je sais cette ville atteignable facilement depuis Bergerac. L’Angleterre fait partie des rares bons plans de l’été, avec Athènes, Porto ou l’Allemagne. Elle a l’avantage de proposer du frais alors que la Franc étouffe depuis quelques jours. J’écris alors directement sur Couchsurfing à quelques locaux pour trouver un hébergement, et surtout une motivation. Deux réponses positives arrivent vite. Je prends mes billets le jeudi dans la matinée pour un départ le samedi matin. De la pure improvisation. Ne plus réfléchir, le Tour s’arrête dimanche, il me faut bouger alors je bouge. Le vendredi pour faire mon sac, pour visiter Adrien à Massoulès, pour faire du vélo, pour me raser...Me voilà prêt.
PLAN DU VOYAGE
Voyage seul du 22 au 30 juillet 2022.
Arrivé en avion depuis l'aéroport près de Casteltown, je passe mes 3 premières nuits à Douglas, la capitale. De là je vais pouvoir explorer la partie nord de l'Île: Ramsey, station balnéaire endormie, Laxey et ses mines, le Snaefell et son tramway historique ou encore le Dhoon Glen, magnifique coin de nature en bord de mer. La capitale mérire aussi du temps pour sa promenade et ses musées. Je passerai ensuite 4 nuits à Ballasalla, dans le sud. De là je visiterai la ville de Peel, très riche en patrimoine et au site magnifique, ainsi que la partie la plus dramatique de la côte entre Casteltown et Port Erin, profitant de l'antique train à vapeur reliant de charmantes stations balnéaires très calmes.
PERIODE :
Partie avec la canicule, j'ai trouvé sur l'île un climat parfois frais et pluvieux mais aussi quelques coups de soleil quand les nuages disparurent. La température est agréable pour marcher, peut-être un peu fraîche pour les baigneurs.
Au niveau de la fréquentation on est en haute saison, mais cela reste très tranquille. Les hordes de touristes sont parties dans le sud. Il ne reste ici que les autres, les intimistes, les nostalgiques ou les fidèles. Hormis pour monter au Snaefell, je n'ai jamais vraiment rencontré beaucoup de touristes. Le sentier côtier était quasiment désert, les plages avec juste ce qu'il faut de familles pour simuler les vacances, les musées étaient au calme. Vraiment surprenant de ne rencontrer que si peu de monde en plein mois de juillet. D'autant que l'île ne manque pas d'attrait.
NIVEAU :
Très facile
Pour peu que vous parliez un peu anglais il est aisé de voyager dans ce pays. Le paiement est en LIVRES, mais attention, il y a une monnaie locale pas forcément acceptée hors de l'île. J'ai réussi à écouler de vieilles livres anglaises et écossaises mais l'inverse serait délicat.
Le système de transport est très bien fait et ponctuel, les gares modernes, les horaires affichés un peu partout, les cartes bancaires sont très utilisées.
Pour trouver un hébergement ce fut très simple avec Couchsurfing, j'ai eu de la chance car le niveau de la vie est assez élevé.
Niveau physique...rien à dire. La marche sur la côte n'est pas technique et tout est très bien balisé. Il faudra faire avec sa condition physique du moment.
Niveau hygiène, pas une seule alerte de santé. C'est l'Europe moderne, rien à ajouter.
Aucun sentiment d'insécurité . Je n'ai vu aucune bande de gars inquiétante, ni bagarres, ni scènes violentes. J'ai trouvé l'ambiance très relax, y compris dans les gares routières et ferroviaires. J'ai certes rencontré un type un peu louche dans le bus, du genre hooligan? Je m'en suis sorti avec quelques tapes sur l'épaule mais le type était inquiétant.
Un voyage confortable ,relaxant niveau moral et je rentre apaisé et en forme ...avec le Covid.
HEBERGEMENT ET BUDGET (2022) :
Le voyage m'est revenu à 515 euros pour 8 jours ( 385 euros d'avion , 0 euros de logements, 130 euros sur place en visites, nourriture et transports) . Ce qui est très peu cher je trouve car tout est très cher là-bas: le bus, les hôtels, les musées, les restaurants... Ce ne fut pas par contre un régal gastronomique. Pas un endroit pour visiter seul les salles à manger.
Sur les entrées de musées, elles sont assez chères pour le pays : de 3 à 12 livres.
Sur les transports, Les transports en bus coutent 2 livres et demi pour un ticket. Heureusement j'ai pris un pass, la Heritage Card, qui pour 65 livres m'a donné accès à tous les transports et à tous les musées nationaux pour 5 jours. Amortie au moins du double de sa valeur. Un très bon plan.
Pour me nourrir, je faisais quelques courses dans les supermarchés et les petites épiceries. Parfois un burger ou un Fish and Chips.
Pour préparer ce voyage je n'ai utilisé j'ai utilisé :
SITES GENERALISTES
- le site officiel de l'office du tourisme . Bien fait.
- un autre site sur le tourisme sur l'île .
- un site très bien fait pour les transports en bus . Indispensable.
DOUGLAS, la capitale
Sans stress, le départ se fait depuis la campagne bergeracoise. Vraiment une mise en route très agréable. Le reste le sera beaucoup moins. Quelques britanniques bien élevés me tiendront compagnie, je crois être le seul français dans l’avion. Dès la vérification des papiers, je n’entends que la langue de Shakespeare et cela durera toute la journée. Pas un français alors que je les remarque et les entends si souvent. Bizarre. Le froid anglais n’aurait-il pas la cote ? Je pars avec une compagnie que je ne connais pas : Jet2. Dans la salle d’embarquement, c’est assez drôle de voir les employés avec leurs talkies-walkies travailler. « Mireille pour Alexandre. On est un peu juste ce matin. Retarde le Manchester ». A coup de communications non secrètes, on suit le fil et la vie de l’aéroport, un peu débordé semble-t-il. 3 avions en même temps ou presque sur la petite piste de Bergerac, il faut le gérer. Le Birmingham, le Southampton puis enfin le nôtre. Pas un bruit dans la salle, les britanniques patientent et ne râlent pas. Ils consomment pas mal de Pringles et autres produits du terroir chimique par contre. J’aime bien cette ambiance, déjà un peu ailleurs. J’aime bien ces mamies aux robes vertes, un peu joufflues, le teint rose. Le vol sera très tranquille, je suis seul dans ma rangée. Peu à voir du ciel, bien loin de l’arrivée à Dubrovnik par exemple. Belles vues sur Londres, immense, puis sur le Peak District un peu avant Manchester. La ville est assez grande et son aéroport est digne d’une capitale. Je ne m’attendais pas à ça. Trois terminaux. J’arrive au T1. Il me reste plus de 6 heures à attendre...J’erre alors vers le T3, où je prendrai mon vol. Une fois dehors, je retrouve dans l’air un je-ne-sais-quoi de Birmingham. Le goudron anglais du centre de l’Angleterre aurait-il une odeur ? Léger frisson. Je me revois en 1996 arriver à la gare centrale de ma ville étudiante. Avec un bout de papier en poche : l’adresse de mon tuteur de l’université. Souvenirs émus. Mais que le monde a changé depuis ce temps. Aujourd’hui, j’erre encore mais ce n’est plus une aventure, c’est de l’errance pure, sans frisson. Je ne trouve rien pour m’asseoir, alors je file au T2, le plus international.
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Promenade matinale avec les chiens autour de deux réservoirs. Un classiqque. Très calme, tranquille, Pas de pécheurs. On me laisse au retour au musée du tramway électrique à Derby Castle. Crée en 1893, est le plus vieux réseau de ce genre des îles britanniques. Tenu par des passionnés, vieux je l’avoue, le musée n’est qu’une grosse pièce avec un fatras d’objets. Une dame tricote et mange ses sandwiches, son mari fait la visite. On dirait un groupe de bénévoles. J’achète d’antiques cartes postales. L’endroit est tout petit et pas de la dernière modernité niveau muséographie mais je m’intéresse beaucoup à ces vieilles affiches, à ces maquettes sur l’histoire de cette ligne si unique.
Je marche ensuite le long de la promenade devant les façades plus ou moins fraîches. Odeurs de varech, plage pas vraiment accueillante. Aucun baigneur d’ailleurs, ni personne allongée.
Passage près de la Villa Marina où je m’abrite de la pluie dans un passage couvert avec terrasse. Me rappelle Royan, hors saison.
Une galerie nickel, quelques magasins, fermés ce dimanche, un orgue historique à l’intérieur. Je passe devant le vieux théâtre de la ville, beau bâtiment que l’on peut visiter, fermé aujourd’hui.
Je visite ensuite une grosse église anglicane, Saint Georges. Connectée. Facebook et online ! Mais pas un chat. Drôle d’atmosphère avec du numérique partout. Jésus 3.0. Visite vers le quartier du port. Marina quelconque. Une belle sculpture montre les trois frères Gibbs des Bee Gees en train de marcher. Ils sont d’ici !
RAMSEY, ville côtière endormie
Magique Dhoon Glen
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Le soleil brille ce matin et le vent s’est un peu calmé. Alors comme la plupart des touristes frustrés de lumière je vais aujourd’hui essayer de marcher un peu et de profiter des paysages. Un bol de céréales vite envoyé et je fonce vers le GrandStand pour attraper un bus pour le Dhoon Glen. Finalement voyager ici en bus ne pose pas de problèmes, il faut juste être un peu patient ou alors bien organiser ses temps de voyage mais tout se fait sans problèmes. Je me fais déposer devant l’arrêt du petit tramway électrique. Un bar fermé, un parc et des tables de pique-nique, un parking et me voilà tout seul pour ma promenade. Les glens sont des endroits caractéristiques de l’île, celui-là est censé être le plus spectaculaire.
Le sentier ici descend vers la plage en suivant la rivière puis remonte. Basique. Environ 150 à 200 m de dénivelé, assez raide parfois mais très bien sécurisé. Rapidement on se retrouve dans une ambiance boisée avec d’énormes arbres longeant le ruisseau. Recouverts de mousse ils apportent beaucoup de cachet au lieu. Je cherche les maisons de lutins, il paraît qu’il y en a ici aussi, je ne les trouve pas. Bientôt une jolie cascade tombe le long de la pierre recouverte de mousse. Charmant. Enfin j’arrive sur une jolie plage très photogénique. Je suis tout seul. Non, un cormoran sèche ses plumes et plus original, 5 chèvres se reposent à l’ombre sur les rochers ! La lumière est très belle et le temps superbe. J’aurais du prendre mon maillot de bain, tant l’eau, très claire et calme, invite à la baignade. La remontée est évidente par un autre chemin plus simple, évitant la cascade.
Le Snaeffel et son tramway
Arrivé au point de départ je rate d’un rien le bus et le tramway. Râlant. Attendre trente minutes au soleil dans un virage sans visibilité. Moyen. J’attrape enfin un bus numéro 3 pour Laxey à une dizaine de minutes de là. Je compte y prendre le tramway électrique pour le sommet du Snaeffel, point culminant de l’île à 621 m d’altitude. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait tant de monde. Les deux premiers jours ici, les touristes étaient restés chez eux, là ils sortent et ont tous la même idée que moi.
Alors je fais la queue. 30 minutes. Le tramway historique paraît tout petit, et le monde autour ne me rends pas très confiant. En France, un truc comme ça serait un nid à embrouille. Mais ici tout se passe bien et personne n’essaye de couper la file. Tassés dans l’antique wagon, nous commençons la montée.
Cela grince, cela tremble, cela craque dans le dos. Je me demande si on ne va pas tout casser en morceaux! Le chemin de fer longe la vallée des mines et s’élève rapidement. Passage près de l’ancienne mine de Laxey, où se produisait l’essentiel du plomb des îles britanniques au XIXème siècle. Les collines se dégagent.
Bientôt nous passons près de l’antique station électrique qui au début du siècle précédent alimentait le tramway. Il ne reste aujourd’hui qu’une baraque, une piscine et quelques tuyaux rouillés.
Nous coupons ensuite la route de montagne du TT à un lieu nommé The Bungalow, où le tramway s’arrête. Un bar accueille un tas de motards et une arche façon moto GP recouvre même la route. Ici passe les bolides dans la montagne. Il reste à monter lentement vers le terminus. Les vues sont magnifiques. Arrivée au sommet, on s’arrête au pied d’un bâtiment appelé Hôtel, mais l’on n’y dort plus depuis bien longtemps. C’est par contre un bar snack sympathique pour prendre du bon temps avec vue. Autant je craignais le coup de soleil en bas, autant ici je mets direct ma polaire puis bien vite le Gore Tex tellement il fait frais, à cause du vent.
Je file alors par un chemin net vers les antennes du sommet et la table d’orientation, à 5 minutes à peine. De là je peux dessiner quasiment toute l’île, de Douglas à Ramsey, jusqu’à la pointe nord. Je vois très bien le Lake District en Angleterre, le Gale of Galloway en Ecosse, l’île d’Anglesey au pays de Galles et l’Irlande au sud de Belfast. Panorama incroyable donc. Je vais rester une trentaine de minutes au sommet avant de redescendre.
Disons que la queue pour le tramway est un peu stressante et je n’ai pas envie de rentrer à pied en ville. Je pense que tout le monde se demande « Vais-je avoir une place ? ». Sur les freins, on arrive à Laxey, 25 minutes plus tard. Une très belle excursion, genre Train de la Rhune ou du Puy de Dôme, accessible à tous. Ne pas s’en priver.
Le reste n’est plus que bus et transferts pour rejoindre Douglas, finir mon sac, faire peur à la mère de Laura qui en ouvrant la porte m’a pris pour un voleur, dire au revoir à Laura et la remercier pour son hospitalité, renfoncer vers le GrandStand pour rater le bus 3 qui me passe devant le nez et marcher 30 minutes pour rejoindre la gare centrale à Lord Street.
Vers 17h, c’est l’heure de pointe et l’ambiance est bien différente dans le quartier des banques qu’un dimanche. La ville sous le soleil et avec l’animation semble bien plus vivante ce jour, évidemment. Je trouve un bus pour le sud de l’île, pour Ballasala. Passage près du « Home of Rest for Old Horses », sanctuaire pur que les chevaux du tramway côtier de Douglas, puissent avoir une fin de vie heureuse. Une anecdote dans ce bus.
Au passage du Fairy Bridge, la voix annonçant les arrêts invite à saluer les fées, en précisant que c’est une tradition locale. Et au passage du pont la voix ajoute « Hello Fairy ». Charmant.
Je vais séjourner dans le centre de Ballasala, chez Martin, un retraité actif, amateur de rock dur, de van, de festival, de vin et de marijuana. Ambiance totalement différente, maison un peu destroy et pas très clean, tas de bouteilles partout, évier qui déborde, cuve à vin, mais hôte très sympa chez qui je vais passer le reste de mon séjour. Soirée devant Mission Impossible, les rideaux tirés....pour que les voisins ne voient pas ce qui se fume ici.
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Le lien vers les PHOTOS des 3 premiers jours.
Une petite vidéo sur la partie nord de l'île: Douglas, Dhoon Glen, sommet du Snaefell.
BALLASALLA et le vieux train à vapeur
Très bonne nuit. Je pars ce matin, Martin dort encore, trouver en ville de quoi manger. Il m’avait parlé d’un petit magasin, "ye olde bakery". Avec un nom pareil je m’attendais à une boutique bien traditionnelle et remplie de victuailles sucrées de grande qualité. Ce n’est qu’une petite supérette où je croise les locaux venant chercher leurs journaux. Je me crois un peu dans Wysteria Lane, dans mon lotissement, un peu dans le Truman Show aussi. Les gens se saluent, de banalités, de prédictions météorologiques. Tout est si propret et calme ici. Martin dénote, c’est sûr. Je quitte les lieux ce matin en train à vapeur, ce qui n’est pas courant. La gare est toute proche et c’est un plaisir de voir arriver ce petit train sorti tout droit d’Harry Potter. La gare est croquignolette, avec ses peintures fraiches, ses bacs à fleurs qu’un volontaire hors d’âge arrose. Je ne sais pas si on doit s’en réjouir, mais au Royaume-Uni, le troisième âge travaille. Ici ce sont des volontaires, comme souvent, mais parfois on les rencontre dans les supermarchés, ce qui est moins réjouissant pour eux. Les retraites ne doivent pas être magnifiques et quand je vois le prix des choses et des logements, je les plains un peu. Le train arrive en gare au son du sifflet. Je suis dans les dernières scènes de « Mon nom est personne ». Dépaysant et charmant. Le train est bondé, réservé pour des « Olympiad ». Je me retrouve au fond, debout avec le contrôleur dans le wagon de chargement. Il me conte en français ses exploits cyclistes sur les étapes du tour ouvertes au public. Marc Cavendish est né ici, me rappelle t’il.
Une petite vidéo sur le train à vapeur de l'Île de Man.
CASTELTOWN, l'ancienne capitale
Un arrêt plus loin, je descends à Castletown, ancienne capitale de l’île. Les arrêts durent, un employé vérifie les rouages et graisse. La fumée sort noire, l’eau est éjectée, bouillante, sur le quai. Drôle d’ambiance. La gare est tout aussi mignonne, avec ses affiches vintage et son petit musée dans la Waiting Room. Le centre de la petite ville n’est pas très loin à pied. Rapidement les vues se dégagent et tout s’annonce à mon goût. Ambiance de port, de lieu de villégiature et de site médiéval à la fois. Original. Par un petit pont à la peinture fraîche, près du musée nautique, fermé pour rénovation, je me retrouve au pied du château Rushen. Imposant et en plein centre-ville, il serait l’un des mieux préservés de cette époque, construit du Xème au XVIème siècle.
Dans un enceinte presque circulaire, s’élève le château, tout en hauteur. Il a de l’allure, très cinématographique. Un peu de monde détruit souvent l’atmosphère mais j’arrive à avoir les salles pour moi tout seul. Le circuit se fait dans un sens, l’étroitesse des escaliers ne permettrait aucun croisement. Dès l’entrée, un menaçant « Who’s goes there ? » lancé par les gardes met dans l’ambiance. J’apprécie les reconstitutions en mannequins : cuisine, banquet, trône du roi mais je ne comprends pas les quelques anachronismes. Du ketchup au milieu des paons rôtis et des porcelets, du jus de fuit Robinson...Quel est le but de ces blagues ? Beaucoup de panneaux, parfois un peu abîmés. On sent que l’humidité est ici un problème. Les 12 livres de l’entrée doivent à peine suffire à l’entretien. Moi je ne paye pas avec ma Go Explore Heritage card, qui se révèlera très rentable (120 pounds dépensés pour une carte à 65 pounds).
Il y aurait beaucoup à faire ici niveau promenade mais je continue ma route vers Port St Mary, à quelques minutes en bus. Très belle promenade parfois escarpée. L’eau est très claire, pas une ride. Des personnes nagent, font du paddle, l’océan invite à la baignade, avec masque et tuba. Je profite des pontons et sur le plus grand d’entre eux, j’observe le travail des pécheurs.
Nasses, filets, casiers. On sent le poisson, j’aperçois même des caisses de coquilles St Jacques. Très belle ambiance. Au bout du quai Alfred des plongeurs rentrent de leur sortie, d’autres pêchent à la ligne. Tout est très calme pourtant.
Je continue sur le sentier côtier, passe près d’une ancienne piscine d’eau de mer, près d’un repère pour les aviateurs, sur un promontoire, où plusieurs personnes, assises dans de confortables sièges ou dans leurs voitures scrutent l’horizon à la recherche d’espèces marines : baleines, dauphins, requin pèlerin, marsouins. Il faut dire que le jour est parfait, la mer incroyablement plate.
Enfin sur un coup de tête, alors que Martin m’apprend par texto qu’il a le Covid et qu’il ne me guidera pas cette après-midi, je me décide à rejoindre ma prochaine étape à pied et non en bus. 11 km, j’ai le temps. Sentier très bien balisé qui passe au milieu des champs de moutons, monte vers The Chams et le Sugarloaf, un rocher où nichent un tas d’oiseaux marins très bruyants.
Très beau, je me crois au Cap de la Hague.
Sentier où je ne croise quasiment personne. Silence, bruyères, oiseaux, vues sur l’océan. Très beau.
J’arrive à Sounds, bout de route avec café à la pointe sud de l’île, faisant face au Calf of Man, île et réserve ornithologique.
Quelques voitures, mais 50 mètres plus loin, je me retrouve de nouveau seul J’apprécie vraiment même si je me dis que c’est du déjà-vu. Je pense à mes prochains voyages, il va falloir que je change un peu d’écosystème !
Je remonte ensuite plein nord vers Port Erin, station balnéaire dans un joli site, avec enfin une vrai plage pour les baigneurs. Il en reste quelques uns vers 18h mais la plupart sont au fish and chips ou à l’apéro. Station un peu plus branchée, avec un bar visible et sa musique, des jeunes, des loueurs de kayaks, un ou deux terrains de volley.
Bien sûr on est très loin de nos stations balnéaires du sud ouest par exemple. Cela paraît tellement calme, endormi. L’anti Ibiza. Je trouve quand même un peu triste que la population anglaise déserte ses plages pour l’étranger. Ma journée s’arrête là, elle fut riche et très agréable. Un trajet en bus et je retrouve Martin, bien diminué. Quelques courses au Spar de la station essence, autant dire, pas terrible. Je ferai le repas ce soir, il ne tiendra que jusqu’à la première publicité du film du soir. Tom Cruise ira en Inde sans moi. Tout désinfecté, je retrouve les joies du masque. Je croise les doigts.
En route pour CRAGNEASH
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Le temps ici est traître, difficile de s’habiller le matin. Le sol mouillé, des nuages, je prends la totale contre le froid et la pluie. Erreur, j’oublie la crème solaire, mon cou s’en souviendra. Martin, malade, dort encore quand je prends le train à vapeur de 10h20 pour Port St Mary. Je suis le seul à la station et le volontaire, âgé, me commente les photos sur les murs, me donne quelques indications sur la façon dont les locomotives sont changées à l’aller comme au retour pour recharger en charbon et monter en pression, comment un manager du rail a détruit une motrice par excès de vitesse. Encore une fois, tout est plein, je me retrouve au fond, comme hier. Disons que le train du matin est le train de la plage. Je descends à la gare désaffectée de Port St Mary, où subsiste un pub-hôtel juste à côté.
Je pars ensuite à pied direction Cragneash, le vieux village transformé en écomusée. Le site est superbe avec une vue sur la mer, depuis un point haut. Ici survécurent les traditions peut-être un peu plus longtemps.
Le village est toujours habité mais une dizaine d’habitations sont conservées pour la visite.
Dans l’une d’elle, le feu de tourbe brûle encore, une dame coud dans l’entrée.
J’observe tous les détails dans la cheminée, dans la chambre, les pots, les statues. Dans un pré vivent quelques spécimens de la race locale de chèvre, à quatre cornes.
Les bâtiments ne diffèrent pas de ceux que j’avais déjà vus dans les îles: blancs et toits de chaume. Je passe pas mal de temps à tout voir mais je ne ressens pas cette fois l’excitation de mes premières visites. La petite maison du l’île d’Eigg reste le must, tellement plus authentique, comme figée dans le temps. Je garde aussi un très grand souvenir d’un village de ce genre sur les îles Shetland ou Orkneys. La saison, l’absence de touristes y faisait pour beaucoup.
Là, ce n’est pas que c’est bondé, mais je n’ai pas eu les lieux pour moi. Et je trouve que les intérieurs manquaient un peu d’objets. Mais bon, ce ne fut pas désagréable pour autant.
Je pars ensuite vers le sommet de la colline vers un cercle de tombes du néolithique, Mull Circle.
Rien de bien émouvant mais la vue est très belle vers Port Erin.
Je descends vers la ville et passe près d’une baraque énorme, qui je l’apprendrai ce soir, a appartenu un temps au pilote de formule 1 Nigel Mansell.
PORT ERIN, jolie station balnéaire
En ville, les gens mangent des glaces, font du paddle, du kayak et parfois se baignent. Mais encore une fois, tout est si calme. On peut compter les estivants sans se faire mal à la tête. J’ai un peu la flemme, je sue un peu dans mon pantalon mais je vais quand même monter sur la tour qui attire le regard au sommet de la colline, surplombant la mer.
Le sentier, assez tortueux, longe la plage et les criques. Personne, et la mer transparente aujourd’hui incite à la baignade. Je passe à côté d’une ancienne piscine d’eau de mer qui marcha jusque dans les années 60-70. Martin a des amis qui s’en souviennent encore. Aujourd’hui le lieu est déconseillé à la visite.
Le chemin arrive à la tour, Milner’s Tower.
Elle pourrait sortir du Seigneur des Anneaux avec sa forme si particulière de clé. Construite en 1871, c’est autour d’elle que la plus belle photographie Kodak du monde de 1931 fut prise.
Je m’arrête déjeuner de quelques restes depuis un poste de tir de la deuxième guerre mondiale.
Le calme est incroyable.
Je continue ensuite à un pas lent en direction du nord sur le sentier côtier. Personne, des bruyères, des couleurs partout, les insectes qui butinent. C’est un plaisir. Je me crois au Cap de la Hague, dans sa partie la plus escarpée. Un très bel endroit.
Je rentre ensuite tranquillement vers Port Erin pour m’essayer au burger local que je mangerai sur un banc de l’église avec une corneille comme compagne. Je comptais sur une glace.
Mais à 17 heures, tout ferme et le marchand remballe. Loin des horaires de mon sud-ouest.
Je rentre en train à vapeur, cette fois seul dans mon compartiment. Je me crois dans le Poudlard Express même si il n’y a pas de couloir ici. Les fenêtres ouvertes, je respire la fumée durant tout le trajet, je me détruis les oreilles quand l’autre train en gare évacue la pression. Mais je ne pouvais pas manquer tout ça pour un trajet en bus. Retour à Ballasala, un peu crevé.
Courses à la petite épicerie et je termine ma journée. Impossible de tenir jusqu’à la fin de mission... impossible.
PEEL, son château et son superbe musée
Je pars ce matin en bus visiter Peel, dernière ville d’importance de l’île. Il n’y a pas de trajets directs depuis Ballasala, je dois rentrer à Douglas, et faire un bon détour. Le trajet est assez sympa sur la fin avec quelques collines boisées, toujours des routes assez étroites avec la végétation un peu partout, verticale. Je me fais déposer à la maison de Manannan, du nom d’un ancien dieu de la mer, construit dans l’ancienne gare de la ville. Un superbe musée où je vais passer deux bonnes heures sans m’ennuyer.
Le musée se construit sur une simple idée : immerger le visiteur dans les époques successives et dans les ambiances de la ville. Cela commence par l’époque des Celtes avec leurs maisons semi-enterrées. L’une d’elle est reconstituée. Des écrans montrent un narrateur que l’on suivra tout le long de la visite, commentant l’histoire. De nombreux mannequins, des bruits, tout est très bien fait. Finalement, au lieu de défiler devant un tas d’objets ennuyeux on se met à la place des protagonistes.
S’en suivent les Vikings avec pour sommet une réplique d’un drakkar que des volontaires ont utilisé pour aller de Trondheim à Man dans les années 70.Sacré entreprise, sur un bateau sans toilettes, ni toits et ce durant 30 jours ! A l’étage c’est encore mieux avec une reconstitution du port avec ses mannequins racontant leurs histoires. Vraiment passionnant. Encore des scénographies sur les anciens marins, sur les marchands. Je m’assoie et passe mon temps à les écouter. Dans la salle des poissonneries, même l’odeur du poisson est là ! Le temps me manque, je dois passer vite dans la partie maquettes de bateaux et animaux marins. Vraiment un bel endroit qui transporte. Bien sûr certains visiteurs passent sans s’arrêter. Que retirent-ils ? Ils semblent s’ennuyer.
Je fonce ensuite au château de Peel, non loin. Situé sur une petite île raccrochée au port par une étroite passerelle sur le bord duquel se trouve une jolie petite plage. Un port de pêche jouxte l’ensemble. Le château est un des plus anciens. En ruine je dois faire la visite en 30 minutes avant la fermeture. Mais ce ne sont que des ruines et un parcours avec audioguide. Je ne vais faire qu’une visite superficielle. L’ensemble est agréable mais le sentier qui en fait le tour est aussi joli. Vues très belles sur la ville, sa grande plage, la colline toute proche qui s’élève rapidement, le ponton et la base des sauveteurs en mer. Le cadre est très beau. Affamé je me trouve un fish and chips pour une énorme portion de queenies, petite noix de St Jacques, la spécialité du coin.
Je le mangerai à l’écart, dans les jardins de la cathédrale en compagnie d’un goéland un peu insistant. Jardins très bien agencés avec un tas d’anecdotes historiques. Des plantes sont à vendre, sans vendeur. La confiance règne toujours au Royaume-Uni. Pourvu que cela dure. A peine le front de mer quitté, il est surprenant de voir comment la ville est calme voire déserte. Le silence s’installe en quelques mètres. Je visite les petites rues, découvre un vieux pub historique, fermé, des antiquaires, un pot pour le lait devant la porte, des maquettes de bateaux derrière les fenêtres, des ruines d’une ancienne église, quelques magasins fermés...On ne sent pas ici la grande activité économique. Je reviens sur la plage où peu de corps sont dénudés.
La plupart consomment sur le front de mer. Je me promène autour du château par un très joli sentier, je rejoins le ponton et reste impressionné par la base des sauveteurs en mer. Rutilante, le bateau est prêt pour le départ, un peu comme à Goury dans le Cotentin mais en plus moderne je trouve. Je me laisse tenter par les glaces de Davisson, made in Man. La double est énorme. Pour 4 livres je vais me gaver de glace pendant 15 minutes ! Deux grosses boules de pétanque et un cornet entouré de chocolat, facilement deux fois plus gros que chez mon glacier habituel de Soulac sur Mer. Alors bien sûr le goût n’est pas le même. Ce n’est pas l’explosion de saveurs mais bon, la quantité fait plaisir.
Au final je passe une agréable journée à Peel, encore une station à taille humaine, avec des gens sympas et détendus. Un tourisme tranquille, pas bling-bling, familial. Je rentre à Douglas en bus à étage, panoramique mais ramasse branche, avec fracas. Le denier bus me verra embarqué avec un type peu fréquentable, parlant comme Liam Gallagher, dangereux comme Begbie dans Trainspotting. Dents en moins, alcoolisé, je compte les minutes avant mon arrêt. Il ne fait que me parler et comme je ne comprends rien à ce qu’il dit, cela l’énerve. Et je ne veux pas énerver un type pareil. Il descend comme moi à Ballasalla, je le sème et file vers l’abbaye de Rushen, que je ne vois que de derrière les murs. Un beau restaurant Michelin, une route inondée, et un départ pour une randonnée le long de la rivière, rien de plus. Dernière soirée chez Martin. Une amie dort ici ce soir. Une femme très originale, vivant dans une roulotte sans électricité. Original. Demain, réveil très matinal.
Une petite vidéo sur la partie sud de l'île: Port Erin et son sentier, Peel, château et maison de Manannan.

CONCLUSION
Alors certes, je voyage là en terrain connu. Voyager dans ces parties du globe est pour moi maintenant une habitude depuis quelques années. Je cherchais de l’exotisme, j’ai fini par une valeur sûre. Je savais en gros à quoi m’attendre ici, ce qui enlève tout le côté excitant d’un voyage d’aventure, mais qui rend possible un voyage de toute dernière minute. Je partais dans un pays pantoufle, sans préparation, guidé par les quelques brochures trouvés à l’aéroport, sans stress. Au final, je suis parti avec un vague projet de festival celtique, je rentre avec un programme totalement différent. Ce voyage est réussi pour plusieurs raisons. Ce fut d’abord un voyage d’ouverture, je n’ai pas passé une seule nuit hors de la maison de locaux qui m’on si bien reçu. Je voulais retrouver ma capacité à aller vers l’autre quant tout, ces dernières années, poussait à nous refermer sur nous-mêmes. Je suis assez fier d’avoir pu m’extraire d’une routine estivale, d’avoir été spontané. J’aurais souhaité un voyage plus lointain, certes, mais j’ai quand même sauvé mon été. Que dire de cette île ? J’ai apprécié le passé victorien du réseau ferré qui apporte beaucoup de charme à l’ensemble. On se retrouve ici dans une ambiance très tranquille, un tourisme très familial, si loin de nos côtes françaises surpeuplées. J’ai passé une semaine au calme, au vert, au bleu, rarement gêné par les autres. Les stations balnéaires semblent toutes endormies, hors du temps, malgré leurs qualités. La côte sous le soleil invite vraiment aux promenades et aux activités nautiques. Les musées et leurs guides aux cheveux blancs nous transportent par leurs mises en scène. Moins d’objets, plus de sens en éveil. Il règne sur l’île une atmosphère enchanté et protectrice. Est-ce l’importance des allusions au monde des petits êtres ? Est-ce le passé viking, celte? L’île de Man n’est pas l’Ecosse, ni l’Angleterre c’est un endroit entre, au milieu des 7 royaumes, un mélange de tant d’influences, du déjà-vu non semblable. Une parenthèse estivale loin du tourisme de masse, oui c’est encore possible.
J’ai salué les fées dès mon arrivée, je les remercie en retour.
Bye bye fairies.
LE SEJOUR EN 5 COUPS DE COEUR :
-la montée au Snaefell en tramway historique
-la descente magique du Dhoon Glen et sa plage sous le soleil
-les musées immersifs de Peel et de Douglas
-le sentier côtier entre Port St Mary et Port Erin
-le Grove Museum de Ramsey et son vieux guide
LE POUR : la tranquillité, la nature, le patrimoine victorien, le sentier côtier, les musées, le réseau de bus et ferroviaire.
LE CONTRE : le prix élevé de la vie, le climat difficile à gérer et changeant, la fermeture très tôt des sites.