MALTE
Pourquoi Malte ?
Mes amis et collègues partent visiter le Texas, le Vercors, l’île d’Oléron ou même Porto. Tous bien organisés, ils savent et dorment mieux. Je suis ignorant de mon futur proche. Connaisseur de toutes les destinations abordables, des prix des vols et de mes envies, je n’arrive pas à me décider. Un excès d’envie, une curiosité tous azimuts ou moins flatteur, la flemme et l’incapacité à se bouger,à entamer le processus de rupture m’arrachant de mon quotidien. Premier samedi des vacances : rien. Mes affaires réglées, me voilà libre. Premier dimanche des vacances : je dois trouver avant ce soir. Ce sera Malte. Le seul prix à peu abordable qu’il me reste. Une façon de choisir : élimination par le prix et face à la dernière se décider enfin. C’est une façon de faire. Je suis mon propre âne de Buridan, à égale distance de tout et immobile dans mon choix. Périlleux compagnon qui me mène parfois à l’échec. Me voilà donc à partir pour 12 jours sur ce caillou au sud de la Sicile. Nous sommes dimanche soir, je pars mercredi soir. J’ai convaincu au téléphone ma sœur, mes nièces, ma mère enfin pour cette mission pas si impossible. Eux savent bien que je vais tout organiser en mode express. Le lundi matin, me voilà à appeler les librairies du coin pour trouver un Guide du Routard. Un seul est disponible : « Gardez-le-moi de côté, j’arrive ». A 11 h ce lundi me voilà devant mon ordinateur, le guide ouvert à la page 1, un crayon rouge à la main. Je vais passer toute ma journée en mode « étudiant en première année de médecine ». Extraire de 270 pages un itinéraire pour un groupe de 5, de 14 à 82 ans, pas une mince affaire. Le mardi, je termine le programme, je m’occupe des hébergements. Exténué, le repas vers minuit ! Le jour du départ, je fais mon sac le matin, essayant de ne rien oublier. Juste le temps de partir dans la forêt du château chercher Greenie dans sa hutte et je peux enfin profiter. Juste partir à l’aéroport de Toulouse, garer la voiture, suivre la lente procession des voyageurs. Je repense à ce même aéroport il y a 10 ou 15 ans. Je vois comment il se développe. Je n’aime pas ce visage du voyage. Bien égoïstement, je préférais le tourisme « exclusif » des années 80 à 2000. Je prends un low cost, oui, car je n’avais pas le choix à prix raisonnable. Mais sans fierté. Malte. Je n’ai jamais eu une grande envie d’y aller. J’aime aussi ces séjours spontanés, avec deux jours de préparation. J’y trouve une excitation nouvelle. Le dimanche dans son jardin, sans projet. Le mercredi au sud de l’Europe, un programme en main. Une image du temps raccourci, du voyage éclair, si loin des voyages pré digérés des semaines avant le festin. I’m going to Malta !
PLAN DU VOYAGE
Voyage en famille avec Cléa, Alice, Caroline et Annie , du 23 octobre au 3 novembre 2024.
Arrivés en avion depuis l'aéroport de Malte, nous passons la première nuit et les 3 suivantes dans un bel appartement de Bormla, en face de La Valette. Nous passerons 3 jours et demi à explorer la capitale, les Trois Cités ainsi que Rabat et Mdina, deux villes historiques au centre de l'île.
Nous prendrons ensuite un ferry rapide vers l'île de Gozo où nous passerons 6 nuits. Sur place, nous marcherons sur le sentier côtie r pour quasiment faire le tour complet de l'île. Nous visiterons aussi l'intérieur avec la ville et la fortersse de Victoria.
Le dernier soir se passera à Bormla, avant de prendre un avion très tôt pour rentrer à Toulouse.
PERIODE :
Je crois vraiment que Toussaint est une des meilleures périodes de l'année pour visiter la Méditerrannée. Les journées sont courtes, certes, nuit vers 18h, mais la mer est chaude ( plus de 24°C), les foules un peu dispersées, les prix plus bas et l'ambiance plus détendue.
Il fut assez facile de trouver de beaux hébergements même à la dernière minute.
Il reste du monde sur certains sites ( La Valette, Blue Lagoon, Inland Sea) mais probablement moins qu'en plein été.
Impossible aussi de pouvoir randonner sereinement sous 40°C je pense. Nous cherchions constamment l'ombre, rare sur les sentiers. L'été ne semble pas propice à la marche. Ni à la baignade non plus tant les plages sont rares et petites. S'attendre à se battre pour poser sa serviette. Là ce fut agréable, chaud mais agréable.
L'automne apporte aussi un surplus d'été dans nos coeurs et dans nos corps, ce qui est très appréciable.
Nous étions souvent seuls sur les sentiers, pas autant qu'en Irlande certes. Le problème est que tous les beaux sites sont accessibles en voiture donc nous retrouvions les touristes motorisés dès que cela devenait vraiment beau. Dommage.
NIVEAU :
Facile
Pour peu que vous parliez un peu anglais il est aisé de voyager dans ce pays. Le paiement est en EUROS.
Le système de bus est moderne, pratique, tant que vous avez un smartphone et la bonne application. Il est parfois un peu compliqué de comprendre les arrêts de bus dans les villages où dans des rues peu fréquentées. Nous nous sommes perdus plusieurs fois, nous avons vu des bus passer devant nous sur la voie opposée, nous en avons manqué plusieurs. Bref, il faudra être patient et bien organisé pour circuler en bus.
Les bâeaux sont plus simples à prendre même si il peu y avoir foule un samedi soir pour rentrer de Gozo à La Valette en ferry rapide. Le ferry plus lent et les petits ferry entre Bormla et La Valette sont plus agréables.
Pour trouver un hébergement , ce fut assez simple (bien que chronophage) avec des sites comme Booking et AirBnb. Nous n'avions que 3 points de chute à trouver. Le plus dur est de choisir le meilleur lieu, alliant confort et practicité.
Niveau physique...Il faut quand même être capable de marcher plus de 4 à 5 heures par jour pour le tour de Gozo. La marche est moins bien balisée que sur nos sentiers habituels d'Europe de l'Ouest. Mais bon on ne se perd pas vraiment avec une bonne application genre Visorando, très utile. Le sentier n'est pas technique et sans gros denivellé. Juste des descentes et des montées raides pour atteindre les criques et plages et en remonter. Ma mère, 82 ans, a réussi le challenge. Fatiguée en soirée, mais elle l'a fait. Cléa et Alice, au collège et au lycée, n'ont pas du tout souffert.
Niveau hygiène, pas une seule alerte de santé. C'est l'Europe moderne, rien à ajouter. L'eau du robiner a un drôle de goût mais pour 12 jours, cela va.
Aucun sentiment d'insécurité (globalement) . Je n'ai pas croisé de bandes de gars inquiétantes, ni bagarres, ni scènes violentes. J'ai trouvé l'ambiance très relax, y compris dans les gares routières. Des gens très hospitaliers et bienveillants. Nous avons certes croisés, probablement, quelques migrants en galère mais rien d'anormal sur une île si proche de l'Afrique. Un soir, perdus proches de l'autoroute, nous avons traversé un quartier un peu glauque où là, je ne me sentais pas du tout en sécurité. Nous avons marché le long de la quatre voies en longeant ce qui devait être une "jungle" de migrants. Pas rassurant en pleine nuit.
Un voyage confortable ,relaxant niveau moral et je rentre apaisé et en forme .
HEBERGEMENT ET BUDGET (2024) :
Le voyage m'est revenu à environ 850 euros pour 12 jours ( 205 euros d'avion , 340 euros de logements, 40 euros de parking aéroport...) . Ce qui est correct vu la qualité des hébergements. Malte n'est pas un pays réputé pour ses bas prix. Disons que c'est très variable.
Les entrées de musées sont assez chères et tout ou presque est payant, même les églises. Compter de 5 à 15 euros les entrées. ALors il faut bien choisir.
Sur les transports, les taxis mutualisés à 5 sont une bonne option avec Uber ou Bolt. Bus à 2€50 le ticket. Carte de 10 avec des réductions.
Pour me nourrir, je faisais quelques courses dans les supermarchés et les petites épiceries. Souvent de très bons friands le midi dans les pastizzeria et pour par cher. On y mange pour moins de 3 euros. Copieux et souvent très bon. Nous n'avons pas testé les restaurants, à peu près au même prix qu'en France.
Pour préparer ce voyage j'ai utilisé :
SITES GENERALISTES
- le site officiel de l'office du tourisme de Malte. Bien fait.
- le site du guide du Routard sur Malte.
- le site du Petit Futé.
- un site très bien fait pour les transports en bus . Indispensable.
Une petite vidéo résumant notre voyage.
L'ARRIVEE A MALTE
Premiers pas, premières impressions. Un aéroport très coquet, propre, bardé d’écrans et de jolis panneaux publicitaires. Un côté rassurant pour le voyageur. Achat rapide d’une carte de bus au comptoir, sans chaos, sans stress. Un coup d’œil mon smartphone (j’ai cédé, n’ayant plus de matériel téléphonique valable) sur une application très bien faite, un autre sur l’écran au-dessus du comptoir et nous voilà prêts à prendre un bus en un temps record. A peine sorti du hall et je suis sous le charme. L’aéroport m’apparaît exotique sous les lumières des projecteurs. Je pourrais être au Caire. Couleur sable, du désert, entre l’Europe, l’Afrique et l’Orient.
Le bus est moderne, rapide et confortable. Le premier arrêt pour une correspondance me permet de prendre le pouls des lieux. Je remarque les petites voitures roulant à gauche (les gros formats ne semblent pas trop adaptés à l’étroitesse des rues), la présence de nombreux asiatiques (migrants pakistanais, travailleurs indiens… environ 22 % de la population), l’éclairage des bâtiments, flatteur.
Les faubourgs de La Valette m’apparaissent calmes, charmants. Je me sens ailleurs, dépaysés, au sud. Je m’enchante déjà de mon séjour. Le dernier bus nous déposera en temps voulu dans le quartier (la ville) de Bormla, une des trois cités proches de La Valette, où nous séjournerons pour quatre nuits. La ville la nuit, le long du bras de mer, est magnifique.
Des églises, des bâtiments en pierre, une unité architecturale, des statues, tout fourmille de détails agréables pour l’œil. Une vision qui me rappelle Istanbul, le calme en plus. Tranquillement, je remonte les rues en pente pour finir dans une venelle toute mignonne, sonnant pour ma sœur, partie avec ses enfants un peu plus tôt de Bordeaux. Nous avons choisi ce quartier pour éviter les barres d’immeubles sans âmes de Sliema. Nous voulions un quartier authentique (voir photo ci-contre) , nous l’avons trouvé. De ma chambre donnant sur la rue, un petit balcon me fait prendre de la hauteur. Je pourrais être à Naples. Les linges sèchent aux fenêtres, les locaux fument devant la porte. Tout est beau et bien tenu.
Pas de bars dans le secteur et pas de touristes croisés. Il doit bien y en avoir, d’autres boites à clés se cachent autour de nous. Nous ne les verrons pas. La grosse cloche de l’église, proche, sonne très (trop) régulièrement. L’isolation phonique nous fait partager le quotidien de la rue. J’adore. Je me sens au milieu de, à l’intérieur, caché dans ma tour sur 3 étages, pour observer mon quartier. Tout s’annonce bien, je vais aimer Malte.
LES TROIS CITES
Quelle nuit ! Les bouchons d’oreille n’y feront rien. L’église nous rappellera que les heures se signent et se méritent. Puis, vers 7 h du matin, l’école voisine se met à réveiller le quartier. Je pense d’abord à un marché, ou à quelques bonnes femmes excitées. Des jeunes, en fait, simplement une école. Quel vacarme ! Impossible de trouver le sommeil. Nous nous réveillons fatigués, un comble en vacances. J’admets pourtant ce prix. Je ne dors pas ici dans un ghetto pour touristes. La vie dehors ne s’occupe pas trop de mon cycle de sommeil, et je l’accepte.
Pourtant la journée s’annonce chargée, elle sera culturelle, alors je pousse un peu tout le monde à nous mettre en marche. Au programme, les 3 cités de Birgu, Isla et Bormla.
LA CAUSE DU VACARME: elle est là...................
BIRGU
La plus célèbre des trois. Les chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean, expulsés de Rhodes par les ottomans s’y installèrent en 1523. Déjà, cela plante le décor. Une histoire digne d’un film de Ridley Scott, un patrimoine et un décor de cinéma.
Dès les premiers pas hors de notre appartement, nous sommes happés par tant de petites merveilles, de petites vierges dans des chapelles creusées au cœur des murs, des bow-windows colorés – fenêtres en baie apportant lumière et espace – plus ou moins bien entretenus par centaines, des portes, des fleurs, des balcons, des statues, des églises…
Rien que déambuler la tête en l’air me comble. Très peu de touristes, température idéale (short et tee-shirt), des conditions parfaites.
Notre premier arrêt : le Malta at War Museum, dans les remparts de la ville. L’extérieur est déjà remarquable : des bastions, des portes, des canons, le tout avec cette belle pierre jaune caractéristique de Malte. L’intérieur sera très intéressant. Un audioguide autour du cou, nous passerons de longues minutes à apprendre comment Malte a payer le prix de sa situation stratégique au sud de la Sicile entre 1940 et 1943, subissant les bombardements italiens.
La partie musée, moderne, pourrait se trouver ailleurs en Europe. Des mannequins, des objets, des vidéos, des blasons, des bombes, bref un musée de la guerre bien conçu mais classique.
Le plus fascinant se joue sous la terre. Équipés d’un casque, nous descendons dans le plus grand abri anti aérien de l’île. Dans d’étroits boyaux (attention aux claustrophobes) on s’amuse à se perdre dans un labyrinthe de conduits, de dortoirs, passant de la salle de naissance à celle de chirurgie… Amusant pour nous mais terrifiant pour ceux l’ayant subi en temps de guerre. Nous ne sommes pas des rats. L’humidité, le manque d’espace, le confinement à ce niveau extrême devait être horrible à vivre.
Cet endroit est vraiment unique et nous a tous impressionnés.
Nous poursuivons par une visite des fortifications, alternant portes aux noms bien français ou d’autres britanniques. Napoléon passa par là, ainsi que son ennemi juré.
Le but de la découverte réside maintenant à se perdre, mais pas trop, pour essayer de trouver les auberges des chevaliers, ceux-ci se regroupant pas langues. Castille, Portugal, d’Angleterre, Normande, de France, les auberges, datant du 16ᵉ siècle quand même, se disséminent dans la ville.
De belles façades et pour la Normande, une porte ouverte et une visite. S’imaginer ici au temps des chevaliers donne le vertige. La promenade est très agréable. Toujours autant de fleurs, le style côté coquet britannique, les boites aux lettres, les balcons, le ciel bleu et la vue sur mer. Tout m’enchante.
La faim au ventre, nous repérons sur la place de la Victoire, quelques mamies prenant le café devant une mini boutique de friands et autres douceurs. Tourte au riz et au poulet, friand aux pois, friand à la saucisse, le tout à des prix (non marqués) mais très raisonnables. De quoi se rassasier pour quelques euros, assis sur un banc, face à la mer. En face, le fort Rinella, La Valette. Un décor de cinéma, d’ailleurs nous verrons plus tard que de nombreux films sont tournés ici. Les locaux accoudés aux fenêtres, papis en marcel inclus, pêcheurs, familles. Quelques touristes mais pas de quoi me gêner.
Nous poursuivons jusqu’à la pointe de la presqu’île, vers le Fort Saint Ange. Très reconstruit, il en impose, évidemment, mais nous n’irons pas plus loin, le prix d’entrée mis en balance avec nos affinités affinera notre choix.
Nous rentrons par la marina, repère de milliardaires. Ville jumelée avec St-Tropez. Du bling-bling, du stylé, selon les goûts. Devant l’église Saint-Laurent, un groupe de touristes et une messe. Entre les offices, les panneaux interdisant les shorts et notre côté peu religieux, nous n’insistons pas, sans regrets.
Le long des quais, de petits bateaux genre gondoles à moteurs relient La Valette pour 3 euros. Un tout petit peu plus cher que le ferry. Bonne ambiance, tranquille, loin de la frénésie d’Istanbul et de ses travailleurs.
Par un petit pont nous basculons sur la deuxième cité : Isla.
ISLA
Une ville un peu moins préservée que Birgu mais néanmoins charmante par son authenticité.
De gros entrepôts longent les quais, transformés en promenades. Une université américaine en a réhabilité un et bientôt tout sera du même niveau de propreté dans le secteur.
Des restaurants populaires, quelques pêcheurs, une dame avec sa radio et ses chaises, profitant de la douceur du bord de mer, trois dames se baignant sur les rares ouvertures non bétonnées. La vue sur Birgu, sur La Valette, tout est ici très beau, le site vraiment marquant. Nous n’arrêtons pas de nous extasier. A la toute pointe, une tour de guet attend l’envahisseur. Un jardin, malheureusement privatisé pour un cocktail, surplombe la mer. Devant nous, La Valette, deux énormes paquebots à quais. Site impressionnant. 16H : Les canons résonnent comme à midi, tous les jours. La reine avait droit à 21 coups …
Sur la rive gauche de la presqu’île l’ambiance devient plus industrielle, devant les cales de mises à l’eau et les chantiers navals sur la rive en face de nous. Un gros paquebot MSC est à la réparation. Atmosphère La Ciotat ou St-Nazaire, mais avec un cadre plus grandiose. La vie est ici paisible, les petits cafés remplis de locaux, les papis sur les bancs et toujours ces gens aux fenêtres.
Une chose nous intrigue : ces petits oiseaux dans des minuscules cages que certains hommes amènent au café. Une de ces cages sera même vue accrochés sur un mur d’école. Pauvre bête bien à l’étroit. Nous en verrons tant sur Gozo, appelants pour oiseaux à être chassé. Mais ici, je ne vois pas.
Quelques petites épiceries minuscules, parfois sans prix. Nous ferons nos courses chez des Indiens. Assez cher et peu réjouissant. Beaucoup de migrants ont élu domicile sur l’île, une évidence.
Au final une très belle découverte, une surprise pour tous, tant ces villes regorgent de trésors.

Le lien vers les PHOTOS de Bormla, Birgu et Isla.
LA VALETTE
Une journée ne sera pas de trop pour la capitale maltaise. Tant de sites à voir, la plupart payants et chers, ce qui facilite les choix, finalement.
Pour nous y rendre, le ferry est à 5 minutes de notre maison du quartier de Bormla. Ce matin les enfants m’ont réveillé à 7H12 ! Nous manquons de sommeil, dès le début des vacances. Quel plaisir de descendre de la maison vers la marina, en tee-shirt et bermuda, dans une telle atmosphère méditerranéenne. Le ferry, électrique, est très agréable. Le soleil cogne si fort en fin de matinée que je reste derrière les vitres teintées. Des crânes rouge vif de collègues touristes du nord invitent à la prudence.
Le ferry nous débarque non loin de la Custom House, un gros bâtiment très ancien, qui témoigne d’un autre âge. Nous croisons la file des partants pour Gozo et suivons la foule vers un ascenseur impressionnant menant sur les hauteurs de la ville. La Valette présente des abords très abrupts, d’où sa force militaire, le tout entouré d’un nombre incroyable de fortifications. Cette capitale fortifiée en mode coffre-fort doit être unique. L’ascenseur, coincé entre deux véritables falaises, nous mène au Upper Barraka Gardens, coin très prisé par les touristes, nombreux il est vrai. Du selfie, des poses Instagram, un peu le cirque habituel. La vue sur les trois cités est magnifique, malgré tout. Buste de Churchill, plaque pour Einstein, petit café, des bancs panoramiques et une esplanade vraiment incroyable sur l’océan. Nous imaginons la cohue estivale. En contrebas du jardin, The Saluting Battery, où des canons pointés vers les Trois Cités célèbrent le glorieux passé militaire. Attraction payante si l’on souhaite un guide mais on voit tout très bien des jardins.
À quelques mètres de là, l’imposante Auberge de Castille, de Leon et du Portugal du 16ème siècle, un très imposant bâtiment donnant sur une place, de couleur jaune miel, comme tout bâtiment rénové ici. Pas mal de monde, cela grouille de touristes dans le coin. A l’écriture de ce récit, je me rends compte que je ne peux pas passer tous les sites un a un, dans le genre liste indigeste. Lire plutôt le Guide du Routard. Nous avons beaucoup vu, de l’extérieur bien souvent, sans vraiment d’émotions. Deux façons de voir la visite. Se laisser aller à l’errance et ressentir en poète ou bien suivre le sentier du patrimoine et attendre le coup de cœur. Sur une journée, nous avons choisi la deuxième option. Mon caractère et ma curiosité ne me pardonneraient pas la première option.
Pour autant, si je dois parler des églises, j’ai un peu mis non nez dedans ou devant huit d’entre elles, mais encore une fois, les messes, les portes fermées, les groupes de visiteurs, m’ont vite repoussé hors des limites de la chrétienté.
Le seul endroit que je décidai de voir en profondeur fut la Casa Rocca Piccola, maison ancienne appartenant à une vieille famille de l’île.
Nous aimons ces endroits, entre le musée et le quotidien. D’une entrée un peu vulgaire ne présageant rien de bon ( mais il faut bien attirer le voyageur qui dans cette capitale doit payer pour tout ce qui a de la valeur ou presque), nous pénétrons dans un petit patio ou Kiku the 3rd, un perroquet en bonne santé et en liberté attend le visiteur ( et surtout les graines de sa maîtresse ) sur son perchoir. « If you talk to me, I’ll talk to you » écrit sur les consignes. Nous ne le ferons pas parler. Le pauvre doit se lasser de ces ridicules visiteurs s’acharnant à répéter «Hello » ou « Coco » en toutes les langes. La visite, linéaire, nous fait visiter une bonne dizaine de pièces de la demeure.
Ce n’est pas du luxe royal, juste de la moyenne noblesse. Plus que le luxe des lieux, je préfère l’ambiance, famille vivante, les photos parfois récentes sur le piano, les portraits, les livres anciens mais aussi modernes qui semblent avoir été lus.
Je note le Who’s Who et un marque page vers le milieu, à Piro sûrement, nom de la famille propriétaire depuis des siècles, ainsi que le catalogue des ventes de Sotheby’s. Par contre, ni Camif, ni La Redoute. Une maison qui respire.
Des propriétaires assurant même les visites privées.
Nous passerons du temps à explorer les objets en détails. Je retiens les mules papales de 3 papes différents, les invitations à la cérémonie du couronnement d’Elizabeth 2, quand même, la chaise à porteur du 18ème, la salle à manger d’été avec sa table mise pour des invités imaginaires, la Bentley dans le garage et les souterrains.
Oui, originalité de la maison, elle permet un accès à plusieurs abris anti aériens.
Moins étroits que ceux d’hier à Birgu, ils sont impressionnants par la taille des salles.
Au dessous du puits, dans une grosse citerne, une cavité en forme de dôme planquée sous la terre. Très curieux de visiter un abri et une maison d’aristocrate lors de la même visite. Pas assez de monde pour entraver ma progression, je ressors de là apaisé et satisfait.
Si je dois parler des bâtiments, je retiens les ministères, les palais de justice, les palais, les théâtres, le fort et je garde les bastions. Définitivement, ce qui marque le plus à La Valette reste le site, la tailles des remparts et autres ouvrages défensifs.
Plus que cette énumérations de sites, j’ai aussi beaucoup apprécié les perspectives plongeantes de cette cité taillée comme Manhattan, en rues perpendiculaires. Les bow-windows en nombre incalculables, les pentes, et la mer en point de mire donnent un cachet incroyable à cette ville.
Je retiens aussi les locaux attablés aux cafés, les filles parfois très bien apprêtées, la queue devant les vendeurs d’arancini (boules recouvertes d'une pâte croustillante, farcies avec du riz, du safran et de la viande et frites dans de l'huile d'olive) et de friands, la jeunesse étudiante en balade, les quartiers moins centraux un peu plus délabrés parfois, les quelques portes ouvertes sur des halls d’hôtels de luxe ou de maisons d’hôtes.
Quelques jardins enfin, ceux d’Hastings et de Lower Barrakka.
Les premiers, assez délaissés, portant vers le sud des fortifications, où quelques amoureux se rapprochent.
Les seconds, autour d’un monument antique, attirent plus de touristes en quête de repos, pour avaler un sandwich par exemple. Nous mangerons les nôtres, enfin nos douceurs de la passtizeria Jeff’s, les pieds dans l’eau, au nord de la ville, au pied du fort, entre deux pêcheurs et un nageur.
Au loin, les voiles d’une célèbre régate sponsorisée par une célèbre marque de montre vantée par Roger Federer himself. Des voiliers plus modestes voguent devant nous. Sur la rive en face vers Sliema, une pénible vision, des barres d’immeubles bien neufs plantées au bord de l’eau. Après toute cette unité architecturale, la folie immobilière rattrape l’île. Je détourne mon regard de ces horreurs.
FLORIANA
Une localité au sud de la presqu’île de La Valette, à l’écart des foules. Quel plaisir de retrouver le calme et la sérénité, à quelques centaines de mètres de l’agitation de la City Gate, porte d’entrée vers la capitale! Nous marchons sur les pas de la reine Elizabeth II, encore elle. Elle dansait au sous-sol de l’hôtel Phoenicia, encore princesse. L’édifice est toujours là, encore dans son standing. Devant lui, une allée piétonne encerclée par deux routes. Une ligne droite couverte de statues et de jardins, menant vers d’autre édifices remarquables. L’église Saint Publius, la fontaine de Wignacourt et surtout les jardins botaniques Argotti. Fermés, ils laissent voir à travers les grilles amples, la richesse d’une végétation gorgée de soleil. Orangers, hévéas, serres, le tout entouré par une très grande esplanade au dessus d’autres fortifications. Elles ne s’arrêteront donc jamais. Le soir tombe,les lieux sont presque déserts mais pas angoissants. Des vues sur l’agglomération étendue, sur les collines au loin, ou des villages pointes leurs dômes et leurs clochers vers le ciel. Quel bel endroit encore !
Nous poursuivons notre quête. Elizabeth, à la recherche de sa maison de princesse, où elle passa de 1949 à 1951, aurait-elle dit, les meilleures années de sa vie. Environ 20 minutes de marche, parfois en bordure de route un peu dangereuse, vers une marina luxueuse, quelques rues un peu plus populaires et une sérieuse montée vers la villa Guardamangia. Vue dans un documentaire, je voulais absolument y aller. Une villa encerclant un jardin exotique de 900 mètres carrés, dont nous ne verrons rien d’autre qu’une entrée et une façade un peu délabrées ( la maison actuelle datant de 1900). Quelle émotion de se trouver là ! Nous sonnons même à l’antique sonnette, espérant un butler d’un autre âge nous ouvrant et nous invitant à entrer. Et encore ce temps qui passe. Ce faste et ces jeunesses disparues. L’état Maltais a depuis acquis le lieu et devrait essayer de sauver cette mémoire de la ruine.
Nous rentrons par la Porte des bombes et le jardin Herbert Ganadu, très sombre maintenant.
L’esplanade des canons, en dessous des jardins d’ Upper Barrakka recueillent ce soir les couples et les célibataires en tenue de soirée pour un cocktail. DJ, spots lumineux à balayage et bouteilles à profusion, dans un cadre incroyable.
Nous regardons d’en haut puis d’une descente de l’incroyable ascenseur nous rejoignons le ferry qui nous ramène à Bormla.
Ce soir de notre toit : match de foot et feu d’artifice, soirée cocktail proche des canons au loin, chantiers navals sous la lumière, nous ne nous lassons pas de cette vue et de ces atmosphères.
Une journée marathon, tant de richesses mais un aperçu trop bref pour saisir la richesse des lieux. Il restera un tas de portes à pousser et d’euros à dépenser pour une autre visite.

Le lien vers plus de PHOTOS de La Valette.
RABAT ET MDINA
Le bus n’est pas très fiable , lit-on sur les guides. « Louez un voiture. » Nous verrons bien.
Avec un plaisir chaque matin grandissant, nous quittons notre jolie maison de Bormla pour descendre en quelques minutes fort agréable vers le front de mer et l’arrêt des bus, proche. Déjà les hommes discutent sur les bancs ou dans les cafés, une ambiance très mâle. Où sont les femmes ?
Le bus s’arrête avec un peu de retard certes, mais rien de bien méchant. Au transfert suivant, les minutes s’allongent, s’allongent. Nous respirons les gaz d’échappement et attendons, surveillant les numéros. Le bouchon bloque notre rue. Certains automobilistes font même demi-tour. Notre bus arrive enfin, mais, complet, il ne s’arrête pas. Attente et encore attente. Certains locaux abandonnent. Nous finirons par grimper dans un bus libre. Debout, je subit le trajet. Accélération, freinage, tous les 10 mètres ! Le chauffeur, probablement philippin, se réconforte en écoutant Skidrow. La ville n’en finit pas de s’étirer. On n’est pas à LA mais La Valette s’étale. Une des plus forte densité du monde, voila la cause. Et des gens seuls au volant, en majorité, comme partout. J’arrive donc un peu crevé à Rabat, notre but de la journée. Il est aux environs de midi. Une matinée pour faire 20 km !
Je n’ai pas de coup de foudre pour cette ville, perchée sur un petit plateau, dominant la plaine. En cause : le sur tourisme ! Quel monde en ce samedi. Des cars garés, des groupes peut-être en provenance du gros bateau de croisière entraperçu ce matin à La Valette. Cela parle espagnol, italien, russe, allemand...parfois au micro quand on suit un guide à drapeau. Je me crois à Carcassonne, ma référence de saturation touristique. Nous suivons le flot, happés à travers les Howard Gardens, quelconque, et convergeant vers Triq San Pawl, la rue colonne vertébrale de l’activité touristique.
Nous errons un peu au hasard, essayant de nous éloigner du flot. Le centre de la petite ville est certes charmant, avec ses maisons en pierre bien taillée. Tout semble propret et ancien. Probablement, se retrouver ici une soirée calme sans la foule, m’inspirerait des sentiments bien différents. Là, je me sens oppressé, pas à ma place. Le guide à la main, je ne sais pas où aller pour éviter de gêner les poseurs Insta et mes compères français. Nous finissons vite dans l’adresse la plus connue du coin, au Crystal Palace, pour faire la queue devant un four chaud regorgeant de pastizzi au poulet ou de petits friands fourrés aux pois. Touristique mais authentique. Les policiers locaux y occupent un banc. Le préposé au four, un type genre sicilien bien typé, enchaîne les commandes. Alors oui, c’est très bon, copieux et vraiment pas cher. Je m’en sors pour 3€90 pour 4 friands bien épais que je ne pourrai même pas finir en une fois. Aux anchois, au poulet, on se régale.
La visite de Rabat se résumera quasiment à cela. Un petit tour devant l’église Saint Paul, fermée, et sur le Parish Square. Et puis s’en va. La Casa Bernard, une noble demeure, qui m’aurait intéressé est fermée cette après-midi. Les autres attractions, genre catacombes et grotte de religieux, ne nous attirent pas.
La ville de Mdina, fondée par les arabes au IXème siècle n’est qu’à quelques mètres de celle de Rabat. A l’origine, une seule ville coupée en deux d’un coup de sabre.
On pénètre dans la ville, pas bien grande, 200 habitants courageux, par une des deux portes, la Grecque ou celle de Mdina. La cité impressionne avec ces hauts remparts et cette ceinture de douves sèches transformées en promenade. Je me croirais plus en Andalousie par exemple.
Écrasé par les touristes, je vais avoir du mal à apprécier la visite avant la fin de l’après midi où tout se calmera pour mon grand soulagement. Je vois tout ce que le tourisme apporte de plus vulgaire. Des jeunes femmes en maillot de bains, d’autres posant comme des stars à tous les coins de rue. Le temple du nombrilisme.
Beaucoup de gens viennent pour poser, et accessoirement pour voir et apprendre. Poser devant une porte, devant une Bentley, devant un paysage...Des filles hyper sapées, avec sac à mains et robes moulantes déambulent à la recherche d’un spot. Dans les rues, des calèches circulent. Pauvres chevaux et quel intérêt ? Vendeur de cristal, de glace, de pierre. Bon un peu moins dense qu’au Mont-Saint-Michel quand même.
Il reste des pans de murs et des rues tranquilles. Mais la cité, très peu étendue, ne permet pas de se perdre et de s’isoler. Les rues convergent vers la place Tas-Sur, d’où la vue porte loin vers la mer et la « campagne » maltaise.
La Sicile peut se deviner au loin. Les immeubles et l’urbanisation dense de Malte au premier plan.
Des gens , encore des gens, je ne tiens pas en place. Le Palazzo Falson me sauvera. 12€ pour un peu de quiétude et pour éviter de passer partout de façon trop superficielle.
Un « palais » sur deux étages, autour d’une cour intérieure. Un audioguide vissé au cou et nous entamons la visite. Intéressante et variée, de la bibliothèque bien fournie à l’atelier de peinture du dernier propriétaire, je retiens la petite chambre du majordome, coincée au sommet d’un étroit escalier. Endroit perché où je passerai bien une nuit à la lueur d’une lampe à pétrole. J’ai apprécié la salle des petits objets avec tant de pièces d’orfèvrerie minutieuse. Certaines pièces peuvent souffrir d’un certain remplissage artificiel ( salle d’armes, cuisine) à la différence de la maison visitée à La Valette, respirant plus le vécu. Nous prenons notre temps.
Très belle vue depuis le toit sur la plaine. Au final, un moment agréable mais sans atteindre l’extase. Je n’ai qu’à de rares occasions pu me transporter dans l’époque et la vie de ce philanthrope suédois. Ce que je cherche dans une maison, la vie d’un autre, avant la mienne, je ne l’ai que partiellement trouvé ici.
Une fois dehors, de nouveau happé par la masse de touristes, nous poursuivons à explorer les rues et les sites majeurs : cathédrale, couvent, palais, place…
De très beaux édifices certes mais je connais de simples villages de Dordogne, exclusifs, me procurant plus d’émotion. Une beauté partagée, sans intimité. Voilà ce que dévore le tourisme de masse. Il nous vole trop souvent l’émotion d’une rencontre. Je me dis que je ne suis pas près pour Venise ou Dubrovnik. Le serai-je un jour, j’en doute. Il ne faut pas accepter cet état mais le fuir.
Accepter d’autres trésors que ceux laissés en pâture à l’Homo Touristicus moderne.
Pour finir en beauté la journée, nous allons vraiment galérer avec les bus. D’abord nous partons dans le mauvais sens. Une fois sur la côte sud près de Dingli,nous restons dans le même bus et repartons dans l’autre sens. 30 minutes de perdues. Puis en route, nous nous rendons compte avec l’application que le bus ne prend pas la route habituelle et dévie de notre cap. Nous descendons en urgence et improvisons une nouvelle route. Un bus de plus, un arrêt dans un quartier un peu zone. Et nous voilà à marcher en rasant les murs, un sentiment d’insécurité grandissant en nous à chaque pas plus. Nous sommes à Malte certes, mais dans un quartier de migrants, près de bidonvilles en bordure d’autoroute, la nuit, cela craint quand même. Malheur supplémentaire, nous nous retrouvons, quittant les quartiers sombres, sur cette autoroute, l’arrêt en face, sans possibilité de traverser. Alors on longe un petit trottoir, faisant face aux trafic, serrant les fesses. La galère ! Une station essence, un pont et nous trouvons enfin une voie de secours.
Nous rentrons chez nous assez tard, mangeant vers 22H sur notre magnifique terrasse.
Alors oui, nous confirmons, même avec une application moderne, une petite excursion hors de la capitale peut vite se transformer en galère. A Malte, qui l’eut cru !

Le lien vers plus de PHOTOS de La Rabat et Mdina.
KALKARA eT QUAIS DE LA VALETTE
Mauvaise nouvelle, nous ne pourrons pas laisser nos sacs trop tôt en arrivant sur Gozo. Mine de rien, ces petits désagréments changent complètement la physionomie des journées. Marcher et visiter avec nos deux gros sacs n’est pas une option viable. Trouver une consigne sur Gozo ou sur La Valette serait trop contraignant. Nous devons alors trouver de quoi nous occuper une matinée autour de Bormla. Le Fort St-Ange de Birgu ne semble pas trop valoir ses 10 euros d’entrée suivant nos collègues touristes, je choisis donc de quitter les sentiers battus pour diriger nos pas vers la localité de Kalkara, à l’est de Birgu. Au final un très bon choix.
Nous commençons notre marche par les rues très coquettes de Bormla (la nôtre ci-contre) avec ses bow-windows proprets, ses portes colorées avec parfois de magnifiques heurtoirs dorés, les petites madones en faïence près de l’entrée. Nous adorons ce coin, tellement tranquille et authentique. Nous rejoignons vite la ceinture de remparts de la ville, toujours aussi flamboyants sous le soleil. L’ambiance, très méditerranéenne me ravi. Je me crois vite bien loin, entre les figuiers de barbaries, les pierres jaunes couleur désert, les bougainvilliers, les bas côtés un peu négligés, la caillasse et les hautes herbes. Je ne me sens pas en Europe.
Nous passons près du marché aux puces de Birgu : sur un terrain de football synthétique, des tas de stands de breloques et bibelots. Non loin, un petit camion et un étal de fruit, la plupart sans prix, des grenades, et des locaux qui achètent. De « l’authentique », comme cite Marcel Pagnol. Nous descendons bientôt vers la marina de Kalkara. Un port modeste, des barques, des pêcheurs, de l’eau très claire et des bancs de petits poissons. Dépaysant. Au fond, La Valette et l’ensemble très bien conservé de Birgu. Une aire de jeux, des enfants qui s’amusent. Les parents surveillent. Des paquets d’hommes occupent les tables des bars. Nous remontons ensuite vers la pointe de la presqu’île. Des plongeurs nettoient la marina et ressortent l’habituel fatras de pneus et de ferraille. Au sommet de la route, un musée des sciences moderne et rutilant, un planétarium face à la mer. Nous voulions poursuivre jusqu’à la pointe mais le site est fermée par des grilles, privatisé.
Nous continuons alors vers la baie de Rinella et sa petite plage. Des poulets en liberté sont nourris par une dame en bord de route. Pittoresque. Sur la petite plage, des corps dévêtus, des locaux, calmes. Une dizaine de personne dans l’eau. Le soleil cogne fort, il est vrai. Nous nous abritons à l’ombre des toilettes publiques, Demis Roussos en ambiance sonore ! Un peu plus loin , des locaux et leur un camping car face à la mer, reçoivent des amis et grillent des saucisses. Un jeune écoute de la musique bien fort sortant de sa voiture garée à côté. Une famille fait baigner le chien depuis les rares rochers disponibles. Au dessus de nous, l’immense zone fermée du Fort Rikasoli, protégée par de hautes grilles. Un cite aménagé pour les studios de cinéma. Games of Thrones, Gladiator furent tournés ici. Nous allons essayer de monter le plus près possible, par une route bien raide.
Nous nous arrêtons à Wied Gammiek, une chapelle en bord de mer, dans un cadre un peu gâché par des constructions assez laides. Hautes tours en ferrailles, hangar, pas loin une décharge de ferraille. Pas sûr de croiser Tom Cruise dans le coin, mais on ne sait jamais, pour un repérage. Nous rentrons paisiblement et nous restaurons au Sphinx, un petit snack populaire où nous testerons pastizzi et friands à l’épinard. Toujours aussi simplement bons.
J’ai beaucoup aimé cette jolie balade. Des sites mineurs, mais finalement plus d’émotion que devant les joyaux de Rabat et Mdina. Je me plais dans les à côtés du tourisme, dans la vie simple des gens. La vision de deux énormes paquebots sur les quais de La Valette, les grues de construction au loin me font fuir.
Descendre les sacs jusqu’au premier embarcadère non loin, prendre le petit et très agréable ferry pour La Valette, attendre un peu moins d’une heure le catamaran express pour Gozo qui démarre du même endroit. Je profite de l’attente pour musarder avec les locaux le long des quais. Des pêcheurs, j’aime bien ce couple, la mamie la clope au bec et son homme. Face aux Trois Cités la vue est extraordinaire. De gros bâtiments généralement décrépis tiennent encore au bord de l’eau malgré la rénovation galopante, effaçant le pittoresque mais préservant l’histoire. Un ministère a récupéré l’un deux. Une annexe, tant cela semble éloigné des affaires. Le long de l’édifice, à l’ombre d’un édifice délabré, des familles pique-niquent à l’ombre. En retrait du quais, des entrepôts numérotés, identiques et alignés semblent désaffectés. Dans la falaise des petites cavités sont creusées, probablement d’autres entrepôts. Dans l’une d’elle, de l’animation et une famille, avec la télévision et bonne ripaille. Je souhaite à ce petit bout de patrimoine de résister à la folie immobilière. Un peu plus haut, la Porte Victoria, majestueuse entrée dans la partie centrale et haute de La Valette. Je retrouve vite les poseurs Instagram ou autres. Quelle misère pour moi, ce spectacle m’est affligeant. Tous à se mettre en scène suivant le meilleur angle.
J’ai beaucoup aimé cette jolie balade. Des sites mineurs, mais finalement plus d’émotion que devant les joyaux de Rabat et Mdina. Je me plais dans les à côtés du tourisme, dans la vie simple des gens. La vision de deux énormes paquebots sur les quais de La Valette, les grues de construction au loin me font fuir.

Le lien vers plus de PHOTOS de Kalkara et des quais de La Valette.
ÎLE DE GOZO
Le trajet en bateau sera agréable, dans un catamaran express, à vive allure. Malgré les vitres teintées et couvertes de sel, on distingue la côte est et nord de l’île. Quelques zones très urbanisées, où je ne mettrai pas les pieds. Un autre tourisme.
Arrivée au port de Mgarr, cité portuaire pas vilaine, avec l’animation de sa marina. Des rabatteurs pour Comino, la petite île proche, des bus, mais un quais réservé aux bateaux de pêche et une belle atmosphère entre les arrivées de bus et de ferrys.
D’une vingtaine de minutes en bus, nous nous retrouvons à Qala, notre lieu d’hébergement pour les prochains jours. Petite ville charmante, en hauteur, réputée pour ses bons restaurants. L’ambiance est très tranquille avec un peu d’animation sur la place de l’église St-Joseph, imposante, puis le calme ailleurs. Notre hébergement est plutôt classieux avec sa piscine, ses belles chambres meublées avec goût.
Les sacs déposés, nous partons vite nous promener vers la plage de Hondoq Bay. Route goudronnée mais peu de circulation et points de vue agréables sur l’océan tout le long. Des champs de roseaux, des figuiers de barbarie, on se sent loin de France. Arrêt dans une belle église, l’Immaculée conception de notre Dame pour admirer le retable et les plafonds peints puis nous descendons suivant une pente assez raide vers la plage . Un peu au dessus, arrêt à une chapelle, fermée, au dessus de la mer. La vision de la plage et le dénivelé ne nous incitent pas à continuer d’autant plus que la nuit tombe très tôt maintenant. En bas, une mince plage minuscule, sans rien d’extra pour un Aquitain, le tout encadré d’une centrale pour dessaler l’eau. Pas très glamour. Sur le chemin du retour, des voitures de jeunes, parfois tunées, qui vont et viennent vers cette plage. Des papis discutant à la tombée de la nuit dans un langage surprenant, peut-être du Gozitain, devant une maison. Communication nocturne disparue de nombreux villages de mon sud-ouest.
RANDONNEE CÔTIERE DE GOZOETAPE 1 : Mgarr-Xlendi-Victoria
16.8km- 5h40, 430 D+
Vers 7h30 du matin, je m’en vais chercher le lait à l’épicerie du coin, juste derrière l’église. Passer la barrière de lanières anti-insecte de l’entrée et pénétrer dans un petit réduit typique où les locaux défilent. Minuscule endroit mais un comptoir de produits frais avec une dame derrière et une autre à la caisse. J’adore l’ambiance, très méditerranéenne.
Nous partons ce matin vers Mgarr, le port des ferrys, pour démarrer la portion du sentier côtier menant à Xlendi, à environ 12 km de là. Une petit brochure du petit point tourisme de la gare maritime nous sera bien utile. Les sentiers sur Malte ne sont pas du même niveau de signalisation que ceux de nos contrées plus septentrionales. Pas vraiment de balisages, des propriétés privés, des murets, et pas vraiment la culture de la randonnée rendent la progression périlleuse. Entre la brochure et mes traces GPS, le consensus n’est pas établi. Nous finissons quand même par nous retrouver sur le droit chemin. Le sentier s’élève vite depuis le port vers la Chapelle de Lourdes et vers le Fort Chambray. On y accède par une petite route bordées de pins et d’eucalyptus. Le fort est aujourd’hui privé, pour des résidences, nous n’en verrons que les murailles.
Le sentier se poursuit en suivant la route avant de plonger vers Xatt I-Ahmar par une route au milieu des champs. De la terre cultivée, des sols préparés, mais qu’est-ce qui pousse ici ? Quelques touristes en quad, une petite maison, des bidons Texaco, des motos, quelques potagers, dans une ambiance originale pour nous, habitués aux sentiers côtiers du Royaume-Uni ou de Bretagne. Le site est connu pour ses épaves, d’ailleurs un groupe de plongeurs se prépare à la mise à l’eau, juste en face de bassins salants, creusés dans la roche. Le sentier se poursuit en longeant la côte jusqu’à la Tour de Mgarr- ix Xini, qui servit un temps aux chevaliers du XVIIème. Nous arrivons ensuite à une baie que Brad Pitt et Angelina Jolie privatisèrent durant 3 mois pour y tourner un film. On y accède par un sentier glissant, mais de l’autre versant par une route. L’échancrure, une rareté sur l’île, entre les murailles du trait de côte fait figure de mini fjord. Joli mais pas non plus extraordinaire. Une petite plage de galets abritée, entourée de rochers. La houle, formée, et le vent empêchent la mer d’être vraiment paradisiaque. Quelques baigneurs ( un groupe guidée de touristes allemands), d’autres déposés en jeep, un petit café. J’imagine la cohue en été.
Le sentier s’élève ensuite et suit la route vers Ta Sannat. Non loin de nous, le célèbre dôme de Ix-Xewkija, visible à des kilomètres à la ronde. Des cultures en terrasses, des parois calcaires faisant penser aux grottes de la vallée de la Dordogne, nous entourent. Bientôt la route devient plus banale, passant entre les élevages de bovins, mais c’est cela aussi la découverte d’une île. Sortir de la carte postale. En ce sens j’apprécie le moyen et le simple quand ce pas de côté m’informe et me fait ressentir. On se demande quand même pourquoi le sentier ne longe pas la côte… Nous nous retrouvons dans le village de Ta Sannat, paisible, autour de sa grosse église. Empruntant des sentiers marqués privés nous rejoignons enfin le bord de la falaise. La vue est époustouflante. Les falaises d’une centaine de mètres tombent à pic dans cette mer couleur outremer. Aucun accès à la mer. Le sentier suit la crête, très érodée, longe des dizaines de petites cabanes en pierre de chasseurs. On en croise un tas, certains même en train de placer leurs petites cases avec de vrais petits oiseaux censée en appeler de plus gros.
Ambiance Médoc, avec en plus des caméras de surveillance ! CCTV en bord de falaise. Le sentier se poursuit jusqu’à atteindre les abords d’Ix-Xlendi. Une baie protégée par une tour et par ses buildings, en nombre. L’arrivée est impressionnante avec une côte lisse et jaune, ou de gros blocs de roches arrachés et polis par les vents, amoncellement au sol. L’érosion creuse aussi de belles vagues tubulaires dans la roche. Nous profiterons de l’une d’elle pour profiter de son ombre bienfaitrice. Le soleil est ardent, encore, à cette saison. Arrivés proche de la station balnéaire, nous croisons les baigneurs, allongés sur les rochers ou se baignant. Musique, tourisme de masse, tout pour me faire fuir. Pas question de me baigner ici. Seule ma sœur ne semble pas assez gênée par le spectacle. Des restaurants, des glaciers artisanaux-mon-oeil. Je zappe et oublie. Dommage, le coin serait si agréable dans son cadre originel. Le sentier suit ensuite la route, longe de délicieux potagers,poivrons,orange...une véritable oasis.
Nous arrivons bientôt à Victoria, capitale de l’île. 7 200 habitants mais en paraissant le triple. Ruelles calmes et agréables, et un petit noyau de vieille ville animée autour de la place de l’indépendance et de la Basilique St-Georges. Là se concentrent les restaurants, les boutiques pour touristes et l’animation.
Les oiseaux par centaine piaillent dans les arbres. En shorts et en tenue de randonneur, nous nous faisons remarquer au milieu de ces gens prenant un verre. Impression de venir d’une autre planète.
Au dessus de nous, la Citadelle veille. Illuminée avec soin et très bien conservée, elle brille et scintille en ce début de soirée. Nous y reviendrons bientôt.
Quelques courses au supermarché et nous rentrons en bus pour Qala, heureux de retrouver notre petite ville bien tranquille.

Le lien vers les PHOTOS de l'étape entre Mgarr et Xlendi.
ETAPE 2: Santa Lucia-L-Gharb
10,8 km-3h30, 250 D+
Encore une déconvenue de bus. Je mets le réveil à 7h40, je force tout le monde pour activer. Nous sommes à l’heure mais pas au bon endroit. Nous le voyons passer à quelques mètres de nous. Misère. 40 minutes à attendre alors que nos journées sont si courtes. Le temps d’observer la vie locale devant l’église. Un employé lave les bancs, des papis prennent des cafés, un voisin désinfecte et rince avec grand soin et au jet ses ventilateurs dans la rue. Peut-être avant l’hivernage. Le bus nous mène à la gare centrale de Victoria, puis, après une brève attente jusqu’au village de Santa Lucia. Un peu comme toutes les petites villes de Gozo j’ai l’impression d’atterrir dans des bourgades totalement assoupie, avec le même type d’église monumentale de couleur jaune, la même animation. Globalement : quelques réparations de voiture ou de matériel agricole, le camion de gaz ou de bouteilles d’eau et de soda, les cloches, si présentes sur cette île, deux gamins dont un tombant de son vélo. Enlevons les voitures et je me croirais bien souvent dans une rue déserte filmée par Sergio Léone. Pas de commerces, pas de pâtisseries, pas de bruit en fait. L’impression de marcher dans un décor presque vide. Ce n’est pas désagréable, bien au contraire.
Nous rejoignons vite le sentier côtier, d’abord par une route tranquille puis par une alternance de routes de chasseurs et de sentiers, direction la côte ouest de l’île. Déjà le soleil cogne. Temps superbe et peu de vent. La promenade, bien que belle est d’abord un peu dérangeante. L’impression de marcher dans un centre de tir de l’armée. Partout des petites maisons en pierre et des pièges à volatiles. De loin la côte ressemble à un réseau de chasse. Alors on passe au pied des caméras(!), on entend de rares coups de feu, on évite les panneaux « Private property » en nombre, on s’émeut des petits oiseaux prisonniers de cages minuscules servant d’appât sonore à leurs compères en liberté. Le sentier se faufile sans bien savoir ce qui est vraiment privé ou ce qui est juste une accaparation de territoire . Arrivés en vue de Dwejra Bay, par le sud, les vues sont quand même assez époustouflantes. Une côte avec des falaises quasiment verticales, d’une respectable hauteur, et la mer d’un bleu profond.
Arrivé sur Dwejra Bay, le spectacle devient grandiose. Une baie quasiment circulaire, fermé par un énorme rocher, le Fungus Rock. Un beau voilier au mouillage en son milieu, quelques kayaks et c’est tout. Un seul accès aisé, par un escalier vers une base de mise à l’eau, rien de plus. Lieu vraiment sauvage, impressionnant. Nous déjeunerons à l’abri dans une sorte de grotte, la vue plongeant vers la baie. Un peu plus loin sur le sentier, nous trouverons un accès vers la mer un peu au nord de la baie. Pas de sable, des rochers très peu agréables au pied mais peu importe, le bain nous appelle. L’eau est très chaude et le snorkeling obligatoire. Quel plaisir de nager au dessus des poissons et de toute cette végétation sous marine ! Pas d’une grande richesse à première vue mais nager fin octobre dans un tel lieu nous enchante.
Après avoir détruit quelques monticules de cairn Instagrammables, nous rejoignons un vaste parking peu rempli et l’Inland Sea. Bien sûr c’est un lieu tué par le tourisme : snacks bars ambulants, bonhomme avec une chouette sur l’épaule(?), pouf de réseaux sociaux en pose… Au pied d’une falaise une portion de mer s’engouffre dans un tunnel et ressort côté terre pour en faire une petit lac peu profond. De forme quasi circulaire, il servait de port d’attache aux pêcheurs. Il reste pas mal de leurs maisons. Mais le business actuel consiste à promener les touristes par le tunnel pour aller voir l’océan. Des plongeurs aussi occupent les lieux. Sûrement fantastique sous l’eau, mais trop de monde, trop d’éléments artificiels en surface.
Nous poursuivons en nous élevant vers une petite chapelle. Des mariés se font prendre en photo. En quelques mètres, nous nous retrouvons seuls, profitants du site vu d’en haut, bien plus agréable. Nous rejoignons une carrière de calcaire, puis le village de San Lawrenz. Des murets en pierre, des rues vides, je traverse le village en silence. Nous arrêterons notre marche dans le village de L-Gharb, un parmi d’autres, isolé au bout de l’île au milieu des champs. Beaucoup de terre, des tracteurs aperçus, même dans les rues, mais que cultivent-ils ? Pomme de terre sûrement.

Le lien vers les PHOTOS de l'étape entre Santa Lucija et L-Gharb.
Le bus nous ramène à Victoria. Nous profitons de la soirée pour remonter à la Citadelle, toute illuminée. Nous allons adorer. D’abord car le lieu après 18 h est quasiment désert. Oui, une citadelle en exclusivité. L’ensemble est très rénové, très net et vraiment impressionnant. Depuis les remparts, vues extraordinaires vers tout Gozo, des dômes et des église de toutes parts, des villages et aussi des zones noires, non encore construites, une rareté à Malte.
Au loin les lueurs de la Sicile, à environ 100 km de distance. Quel spectacle ! On ne se lasse pas de déambuler dans les ruelles désertes, bien loin de l’ambiance de Mdina. Portes cochères, belles demeures, le tout extrêmement bien restauré.
Nous devons abréger la visite pour rentrer en bus à l’autre bout de l’île, mais nous reviendrons profiter du spectacle avant la fin.
Ce soir, pas de cuisine mais des tortellini et d’autres wraps ou pastizzi, dégustés bien chaud devant la télévision Maltaise, finalement peu exotique.
ÎLE DE COMINO
Comino, mino, hé hé, waka waka eh eh… Il fallait bien y passer. La case surtourisme XXL. Mais nous verrons pourtant que ce sera là l’une de nos meilleures journées. Il suffit juste comme dit Cléa de « sortir des sentiers tout court ». Ce qui dans un lieu comme celui-là voudra dire : ne pas faire comme la majorité, faire un peu plus détourné que la minorité. L’avantage que nous avons. Nos pieds et notre amour de la marche. Juste avec cela, on peut passer une très belle journée sur Comino.
Pour une fois ce matin, pas de problème avec les bus. Nous maîtrisons l’arrêt et le numéro. Enfin. Petite descente vers Mgarr au milieu des locaux partant au travail. Devant le bus, les propriétaires de bateau cherchent du client. Directement et sans négocier nous obtenons un bon prix : 8 euros l’aller et retour par personne. Deux de moins que sur les guides ou sur l’avis du type s’occupant de minuscule bureau touristique de la gare des ferrys. Boulot de glandu. Il téléphonait, je le dérangeais presque.
Service courtois, pas de stress. Aucune idée de ce qui nous attend au retour. Nous embarquons sur un petit bateau, l’Ozzy One. Le conducteur marin, tee-shirt et gros bide, a la gueule de l’emploi. La croisière dure environ quinze minutes et s’avère très agréable.
L’île de Comino est un petit caillou de 2,7 km2 situé entre Gozo et Malte supposé héberger 3 habitants ! Soit 10 000 touristes par habitant. J’invente cette statistique mais le spectacle de l’arrivée m’est assez inhabituel et hallucinant. Sur un tout petit quai, les bateaux déversent les flots de touristes qui s’agglutinent tous ici pour profiter du Blue Lagoon. Un nom de cocktail très eighties pour un site supposé magnifique. Déjà il faut s’imaginer une rampe en béton construite pour que s’alignent les stands de kebab, les vendeurs d’ananas, de fruits frais, de glace, de sandwichs… Un food corner sur une île supposée préservée… Le sommet du tourisme de masse pour moi. Je n’ai qu’une envie, fuir. Sans ce cirque, le site serait magnifique c’est certain. Un lagon d’un bleu turquoise vraiment vif, entouré d’escarpements rocheux. Pas de place pour s’asseoir, si ce n’est en louant des transat accrochés on ne sait comment sur les rochers. Un mini plage de 10 mètres de large accueille les plus courageux au bain de foule. Dans l’eau : musique, volley-ball, snorkeling, natation, plongée… De quoi faire un bon Spring Break. Hormis ma sœur, personne dans le groupe ne veut se tremper ici.
Non loin, nous rejoignons une série de bâtiment, ayant servi d’école, et un plus imposant ayant servi d’hôpital de quarantaine. Un endroit étonnant, plus proche de l’hacienda de Zorro que d’un sanatorium. Non loin se dresse la Tour de Santa Maria, en travaux. Le château d’If du Comte de Monte-Cristo de 2002 avec Depardieu, c’est ici. Bel édifice de surveillance, mais comme toujours avec ces rénovations, je me demande quelle pierre est d’origine. Le site, avec une poignée de personne autour de nous, est très beau.

ETAPE 3 : L-gharb-Marsalforn
Nous partons ce matin à l’autre bout de l’île vers le village d’L-Gharb pour suivre le sentier côtier vers Marsalforn. Temps maussade, quelques petites gouttes de pluie. Nous ne nous baignerons pas et pour la première fois, le paysage nous apparaît plus terne et plus triste. Une journée un peu plus banale malgré quelques sites d’importance. Nous marchons sur de petites routes en direction de la Chapelle St Dimitri, posée au milieu de la campagne. Je note les panneaux « barbecue interdit aux abords de l’église ». La porte est ouverte mais une grille nous permet juste de jeter un œil sur un intérieur relativement basique. Ne vaut pas le détour, pour moi. Le sentier rejoint la côte sans nous procurer tant d’émotion. Bruit de tir non loin.
Juste avant la petite baie de Xwejni, lieu prisé pour les baptêmes de plongée, se trouvent les salines les plus exploitées. Un petit point de vente est tenu par l’unique famille de producteurs vivant, à peu près, de ce sel.
Un peu plus loin sur le front de mer, des retraités pilotent leurs bateaux électrique pour une mini régate. Marrant de voir ces anciens enfants, une télécommande à la main. La promenade passe ensuite par un parc sympathique, avec de nombreux jeux pour enfants. Curieux et attachant de voir un épicier ambulant s’arrêtant, klaxonnant au pied d’une barre d’immeuble et d’en voir un couple âgé descendre pour les courses. Nous avons beaucoup vu de ces vendeurs au cours du séjour.

ETAPE 4: MArsalforn-Qala
Le chauffeur de bus semble énervé. On le voit même s’arrêter un moment devant une maison où se déroule un chantier pour descendre et siffler dans le couloir. Il me semble que le camion des ouvriers gênait trop la circulation. De quoi perturber les humeurs tant, jour férié oblige, il y a foule sur le réseau aujourd’hui. Je m’épate du nombre de personnes âgées dans le bus. A Bordeaux par exemple, je ne vois pas nos vieux. La ville envahie de jeunes. Tout le contraire sur Malte et Gozo où toutes les générations sont visibles. Une petit transfert à Victoria et en environ une heure nous voilà à Marsalforn qui s’éveille doucement en cette fin de matinée
Les vieux sont rentrés, une heure avant, nous voyions encore 3 dames tricoter dans la rue. Une très belle journée, pour conclure en beauté nos escapades pédestres.

VICTORIA
Le bon plan du jour : un ticket combiné pour 5 attractions au prix de 5 euros. Surprenant pour cette île où tant de visites, églises comprises, crèvent les budgets. Après notre première visite nocturne, celle d’un samedi aux heures de pointe montre un tout autre visage. Des groupes en visite express se succèdent. Tee-shirts moulant, parfums légers, pas de sac sur le dos : pas vraiment notre style baroudeur avec Quechua. Je savoure ma liberté et mon indépendance.
Les sacs à sec nous redescendons vers la nouvelle ville pour chercher des pastizzi et un bain de foule autour de la place de l’indépendance, aux abords très touristiques. Hormis un primeur vendant ses légumes, les autres points de vente manquent d’authenticité. Nous mangeons dans les douves, très propres et transformées en promenade.
Il nous reste une longue traversée de Malte en bus jusqu’à Bormla, où nous dormirons ce soir.
Notre taxi passera à 6H30, la nuit sera très courte. Dernière vue sur La Valette, au fond l’Etna et la Sicile. La Sardaigne et l’arrivée sur Toulouse. Beau temps mais quelques degrés en moins. Il va falloir s’y faire.

CONCLUSION
Malte fut une belle surprise. J’avais souvent relégué ce minuscule caillou au rang des projets secondaires. L’urgence choisit pour moi, elle a du bon parfois. Un séjour sans trop d’attentes, la meilleure façon d’éviter les frustrations et les déceptions. J’ai particulièrement apprécié le bonus estival, la réincarnation d’une saison disparue. Il est rare dans la vie de pouvoir recommencer, quand le temps n’est plus du bon côté, quand les rayons s’inclinent . Une fin octobre au soleil, une eau si chaude et un ciel si bleu. Un luxe. Je reste aussi marqué par l’architecture très homogène des villes visitées. Malte offre des constantes au voyageur : toujours la même pierre jaune, les mêmes bows-windows si dépaysant, ses églises monumentales, ses quartiers au soir si calme. Au son des cloches. Oubliés les affres du sur-tourisme, bien présent en quelques endroits, je retiens l’esprit village, les habitants de tous âges partageant les rues, les bancs, une rangée dans le bus, une table en terrasse. J’aime ce mélange de générations, visible. Je n’aime pas mon pays quand il cache ses vieux. Les chevaliers, les Turcs, les Ottomans, les Britanniques, Napoléon même. Malte est un creuset d’histoires, de guerres et de résistance. Une île forteresse. Chacun y trouvera le chapitre qui lui sied. Je retiens l’émotion devant la demeure décrépie de la jeune princesse Elizabeth. Elle y passa ses meilleures années, avant le tourbillon d’un sacre. Nous y avons passé nos meilleures dernières semaines d’octobre, avant d’entrer dans l’hiver.
LE POUR : le climat estival fin octobre, l’eau chaude de la mer, l’architecture harmonieuse des villes, la diversité des sentiers côtiers, la bonne nourriture de rue, la richesse culturelle et le passé à chaque coin de rue, la tranquillité des petites villes, l’héritage britannique.
LE CONTRE : le prix des hébergements et des musées, les chasseurs omniprésents sur les sentiers, le sur-tourisme sur certains sites.
LE SEJOUR EN 5 COUPS DE COEUR :
- plonger, se baigner et découvrir l’île de Comino à pied
- se promener sur les remparts de la Citadelle de Victoria la nuit
- parcourir les Trois Cités en se perdant dans les ruelles
- marcher entre les figuiers de barbaries et rejoindre les petites criques du nord est de Gozo
- explorer les souterrains en dessous de la Casa Rocca Piccola à Birgu