ROUMANIE
- LA VIDEO DU SEJOUR
- EN ROUTE POUR BUCAREST
- BUCAREST: retour dans l'Europe du rideau de fer
- SIBIU: ambiance saxonne au coeur de la Transylvanie
- TARGU MURES: Simple et authentique
- SIGHISOARA: voyage au coeur de la Transylvanie
- BRASOV: belle ville au milieu des montagnes
- SINAIA: Nature et famille royale
- CONCLUSION
LA VIDEO DU SEJOUR
Le voyage en 3 minutes et en musique.
Pourquoi la Roumanie ?
L'hiver venu je m'accorde avec la saison et je la recherche plus que je ne la fuis. Pas question pour moi de partir me dorer au soleil des tropiques en pensant à mes pauvres concitoyens qui profitent du ciel bas et gris et qui empilent les couches. Je suis du sud, nous connaissons l'été à sa vraie mesure mais les hivers ne sont que de passage et il manque cette blancheur caractéristique sur la terre et sur les toits. J'ai toujours envie de neige, envie de mettre mes plus chauds vêtements, les sortir de leur hibernation et les faire respirer au grand air. J'ai donc toujours la boussole au froid. J'avais bien pensé poursuivre ma visite balte en découvrant la Lituanie mais les vols n'étaient pas très pratiques. La Roumanie apparut comme une destination facilement accessible, couverte de montagnes, peu chère, authentique et remplie de références cinématographiques. Le professeur Abronsius de l'université de Königsberg visitant la Transylvanie subcarpatique. Le biopic du « Bal des Vampires » de Polanski suffisait à motiver un voyage et ces montagnes si évocatrices m'attiraient depuis bien longtemps. L'hiver serait une merveilleuse saison pour visiter ces lieux. Comme les vampires refusant l'éclat du jour, je préfère la brume et le sombre pour leur pouvoir onirique. Un sac, un pieu, de l'ail et un crucifix. Me voilà parti.
PLAN DU VOYAGE
Voyage seul, du 10 au 24 février 2018.
Ma ville d'entrée et de sortie sera Bucarest.
Pratique car je vais pouvoir faire un circuit relativement aisé dans la partie sud du pays en privilégiant la Transylvanie. Le pays est bien trop vaste pour en avoir une idée en 2 semaines, je laisse un tas de régions vierges pour de futurs voyages . Je vais d'abord passer 3 nuits dans la capitale Bucarest, sans trop de regrets de ne pas y rester plus. De là je prendrai un bus vers Sibiu, très belle ville dans laquelle je resterai 2 nuits. Puis j'irai un peu plus au nors dans une grande ville qui ne figure pourtant pas sur la carte ci-dessous, Targu Mures, pour 2 nuits. Puis ce sera une étape marquante d'1 nuit dans la magique Sighisoara . Je passerai ensuite par la grande ville de Brasov, exaltante avec dans ses alentours un tas de belle sorties ( Bran, Rasnov, Harman) . Enfin je passerai 2 nuits à la montagne dans la belle ville de Sinaia, avant de rentrer directement à l'aéroport.
PERIODE :
Au niveau du climat, la saison hivernale n'est pas vraiment la haute saison sauf pour ceux qui qui souhaitent faire du ski . Les températures étaient souvent négatives ( jusqu'à -7°C), le ciel souvent gris et bas, avec de la neige qui ne tenait pas tout le temps au sol. La parka, le bonnet, les gants, les collants et de bonnes chaussures sont donc indispensables.
Pour en savoir plus sur le climat et les bonnes périodes , voir sur le site de quand partir sur la Roumanie.
Au niveau fréquentation on n'est pas en haute saison, surtout quand on quitte les montagnes. Les villes et les parcs qui ne sont pas à trop hautes altitudes peuvent paraître un peu tristes et ternes comme ce fut le cas à Bucarest ou à Targu Mures. D'un autre côté, la Transylvanie sous la neige est un réel enchantement et c'est exactement cela que je recherchais. Moins de touristes dans les sites, personne parfois, cela a aussi des avantages. Les hôtels étaient faciles à trouver, je pouvais visiter certains sites sans réserver les places mais il fallait aussi accepter d'attendre un peu plus dans les gares de bus car les liaisons étaient parfois moins fréquentes sur les trajets touristiques.
NIVEAU :
Facile
Pour peu que vous parliez un peu anglais il est aisé de voyager dans ce pays. Le paiement est en LEI, mais l'euro est très souvent accepté voire souhaité.
le système de transport est bien fait et ponctuel, les gares modernes, les horaires affichés un peu partout, les cartes bancaires sont très utilisées. J'ai eu quand même quelques problèmes pour trouver des places dans les petits bus. 20 places et la guerre pour en trouver une quand il arrive. J'ai bien souvent cédé devant les locaux avec mon gros sac.
Pour trouver un hébergement ce fut très simple car tout est bien moins cher que chez nous. 5 nuits en Couchsurfing puis le reste avec Booking.com même si mon PC antique avait un peu de mal sur le site et j'ai perdu pas mal de temps pour choisir mes chambres .
Niveau physique...rien à dire. Il faut juste être capable de marcher sur la glace et d'accepter le froid. Mais il y a de quoi se réchauffer un peu partout.
Quand cela grimpe trop dans les villes, on peut prendre des taxis pour par cher.
Niveau hygiène, pas une seule alerte de santé. C'est l'Europe moderne, rien à ajouter. Par contre les locaux ne boivent pas partout l'eau du robinet .
Aucun sentiment d'insécurité . Je n'ai vu aucune bande de gars inquiétante, ni bagarres, ni scènes violentes. J'ai trouvé l'ambiance très relax, y compris dans les gares routières et ferroviaires. Beaucoup de Roms bien sûr mais comme me disent les locaux, si ils font quelques larcins, ils ne le font pas de manière frontale et directe.
Un voyage confortable, relaxant niveau moral et je rentre apaisé et en forme .
HEBERGEMENT ET BUDGET (2018) :
Le voyage m'est revenu à 825 euros pour 14 jours ( 190 euros d'avion ,35 euros pour aller à l'aéroport, 600 euros de logements, de visites, de nourriture et de transports sur place ) . Ce qui est très peu cher je trouve car on n'a pas trop compté. C'est un peu plus cher qu'en Macédoine où vraiment on prenait le taxi et allait au restaurant sans réfléchir. Mais je me suis fait bien plaisir sur les chambres par exemples. Et j'ai aussi payé beaucoup de sites, parfois assez coûteux, autour de 10 euros.
La prix des chambres doubles était au maximum de 40 euros par nuit, avec petit déjeuner. Mais on peut trouver beaucoup moins cher. A deux le budget aurait bien sûr bien baisser. Quand je prenais les petits déjeuners ( de 4 à 8 euros) , c'était de vrais repas.
Sur les entrées de musées, elles sont au maximum de 10 euros pour les sites les plus célèbres. Sinon on peut dire que l'on ne réfléchit pas trop sur ce budget là.
Sur les transports, Les transports en bus longue distance ne sont pas chers . Je ne payais pas plus de 10 euros, 15 quand je prenais la 1ère classe en train. Ce n'est pas ce qui crèvera le budget.
Le premier soir pour 20 km de taxi j'ai du payer 12 euros je crois en tarif de nuit avec un type super sympa. Ce n'était pas cher du tout mais je ne m'en servais pas tant que ça. Je prenais le bus, le métro ou marchais.
Pour me nourrir, je faisais quelques courses dans les supermarchés, j'achetais dans les nombreuses boulangeries et je mangeais aussi au restaurant pour maximum 12 euros avec boissons.
Pour les restaurants, j'étais toujours très bien servi et c'était bon sans être phénoménal. Ce n'est pas comparable avec la Macédoine où là c'était vraiment un régal à chaque fois.
Les marchés étaient bien sûr un peu en mode hiver mais j'y ai quand même acheté des fruits, du miel dans une ambiance très agréable avec de vraies mamies roumaines sorties d'un livre d'images.
Pour préparer ce voyage j'ai utilisé :
SITES GENERALISTES
- le site du Routard . Toujours une bonne base pour choisir sa destination.
- le site officiel de l'office du tourisme de Roumanie.
- le site du Lonely Planet. Pratique et bien fait. J'ai d'ailleurs voyagé avec quelques chapitres de la version papier.
- le site du Petit Futé. J'ai réussi à télécharger les généralités sur le pays sur le net. Pratique.
EN ROUTE POUR BUCAREST
D'abord prendre le tout petit train confortable qui serpente entre les champs et les beaux paysages du Lot-et-Garonne pour rejoindre la préfecture agenaise. Attendre dans la salle d'une gare relativement déserte un samedi de début de vacances. Rejoindre la capitale régionale bordelaise au rythme lent d'un train régional. Arriver dans la vibrante ville en pleine mutation, rater la navette directe pour 2 minutes, garder un rythme tranquille dans le bus local qui rejoint l'aéroport, se rendre au terminal Bili et ne pas trouver sa compagnie. Bizarrement Blue Air n'embarque pas dans la partie low cost de l’aéroport de Bordeaux. Cela commence bien mais il ne faut quand même pas se croire avec Air France. Dans la partie la moins moderne de l'aéroport, je me retrouve au milieu des Roumains devant deux petits guichets où cela n'avance pas très vite. Un monsieur veut partir. Il n’a pas de bagages ni de billet. Les hôtesses sont un peu dépassées. Pour ma part je dois attendre dans un coin car il semble que mon billet ne comporte pas de bagage en soute ce que j'ai pourtant payé. Le problème se résoudra bientôt. Une fois en vol, on veut m'apporter un « english breakfast »...mais j'avais commandé du bœuf aux prunes. Bon cela ne rassure pas trop sur la gestion informatique de la compagnie mais le repas sera bon et le vol finalement confortable, avec pas mal de place, je trouve, pour les jambes. Beaucoup de Roumains d'origine plutôt modeste dans l'avion mais à côté de moi un gars très sympa avec au poignet une Panerai Luminor à plusieurs milliers d'euros que j'ai pu admirer durant tout le vol. J'ai trouvé ma montre de rêve. Voir celle de Mike Horn mais en plus classe. Le gars jouera pendant 3 heures sur sa tablette à taper des billes qui tombent en faisant splash. La belle montre n'efface pas la vulgarité des actions. L'arrivée est tardive, je tombe sur un chauffeur de taxi très sympa au look de chanteur Indie Folk US, avec longue barbe touffues, après une commande sur une des bornes disposées dans l'aéroport. On va beaucoup discuter de son pays, du mien qu'il veut rejoindre, et c'est donc bien frais et confortable que je me retrouve au milieu de blocs de l'époque communiste dans une banlieue de Bucarest, 12 heures après avoir quitté mon village. Je monte deux étages, passe devant des entrées fleuries, croise un faisant empaillé chez le voisin du dessous puis sonne enfin chez Irina qui m'héberge pour 3 jours. Une jeune femme très calme et souriante qui a énormément voyagé et qui va me guider et me traiter royalement avec sa mère qui occupe aussi l'appartement pendant mon séjour à Bucarest. Lampe à cristal ionique, ambiance apaisante et bio, WIFI coupé dans la nuit, tisanes et nourriture saine. Un séjour zen en perspective sauf dans les discussions sur la théorie « stupide » de Darwin, sur l'application de la physique quantique à la création par l'esprit de nourriture pour l'homme à partir des rayons du soleil, ou sur d'autres thèmes où nos conceptions sont comme les deux teintes d'un négatif. Incompatibles. Deux façons de voir le monde et la connaissance opposées..
BUCAREST: retour dans l'Europe du rideau de fer
Autant je casse souvent mes préjugés en voyage, autant là, rien ne s'est vraiment éloigné de la vision que j'avais de la capitale roumaine. Globalement je garde une image triste, assez sinistre et déprimante de la ville. Je crois que cela vient en grande partie de la saison et du climat. Froid, un peu de neige en l'air mais rien sur le sol, parcs boueux et sinistres comme à Cismigu, lacs et fontaines vides. Je pars souvent en hiver mais dans des capitales recouvertes de neige ce qui change du tout au tout l'ambiance. J'aime pourtant cette lenteur de la de hors saison, j'aime les lieux sinistres et évocateurs mais ici l'équilibre subtil n'était pas présent. Pas assez de ceci, pas assez de cela...et l'émotion ne vient pas, simplement. La morte saison sous une pellicule blanche se cache au regard du touriste et revit. , Mais je n'ai pas eu cette chance. Dans la ville beaucoup de manteaux noirs partout, de la noirceur sur les murs, un tas de bâtiments délabrés, de nombreux boutiques, de salles de cinéma fermées et recouverte de graffitis sans style, moi qui aime tant l'art urbain. Et pas grand chose à noter finalement. Je pouvais marcher longtemps sans trouver une seule photo valable, une image que j'aimerais conserver. De même pour l'atmosphère, je n'ai pas vu de ces scènes de vie urbaines qui me poussent parfois juste à rester sur un banc pour entendre et observer. Je n'étais que rarement transporté, rarement ému par ce que je voyais. Peut-être m’aurait-il fallu plus que 3 nuits pour découvrir la ville différemment ? Pas le coup de foudre donc mais quand même de très belles choses à voir. Je retiens 3 grands thèmes dans ma découverte de la ville.
Les lieux de cultes
Ce n'est pas forcément ce qui vient à l'esprit quand on pense à Bucarest et pourtant. La plupart des sites historiques que je vais visiter en ville sont des sites religieux. Ce qui étonne pour ces sites est leur environnement. Nos églises françaises sont souvent à l'image des quartiers alentours, de la même pierre et d'époques voisines. Ici on trouve des églises au milieu de quartiers qui contrastent avec ces témoins d'un temps révolu. Entouré de bâtiments communistes plutôt laids et sans âme on se retrouve en franchissant les portes de ces lieux transportés dans la campagne macédonienne ou Bulgare (mes références orthodoxes jusqu'à présent). Original tant elles font figures de reliques, de survivantes.
L'église Stavropoleos, dans la vieille ville est très agréable avec sa petite cour, son lapidarium, son intérieur très bien préservé avec de belles fresques. Le tout, près des rangées de restaurants branchés et des rues rénovées. Puis la liste s'allonge : Old Princely Court Church, Cretulescu Church ( très belle non loin du bâtiment mère du parti communiste), le monastère Antim (non loin du Palais du Parlement, en rénovation donc je n'ai pas vu grand-chose), St Apostless Church (fermée), l'Eglise de l'Icone avec son icône que tout le monde embrasse, sauf moi, le monastère Schitul Darvari non loin...C'est un peu toujours pareil et je n'y trouve finalement pas franchement l'émotion. Je l'y attends simplement. Avec moi, visiter les églises c'est un peu toujours jouer à la loterie, parfois on gagne, rarement. Ce n'est pas vraiment moins beau que l'été dernier en Macédoine mais là-bas avec le soleil, le ciel bleu et la nature autour, l'effet n'était pas le même.
Pour rejoindre la Cathédrale, il faut monter un peu en haut d'une butte. Il reste là-haut quelques unes des maisons de la « Paris de l'Est » comme on l'appelait dans les années 30. La cathédrale sera surtout intéressante pour la messe à laquelle nous allons un peu assister. C'est une première pour moi selon le rite orthodoxe. Beaucoup de beaux chants mais aussi de longs monologues du prêtre, si on l'appelle bien comme cela. L'endroit est très joli, avec comme souvent de bonnes odeurs de cire et beaucoup d’icônes dorées que les gens touchent ou embrassent. Dans un coin un religieux à barbe confesse un couple, puis d'autres gars que l'on verrait plus dans un stade de foot viennent à leur tour s'agenouiller et discuter avec le représentant céleste. Voilà bien un acte qui a quasiment disparu en France.
La Vieille Ville
Les rues y sont mieux éclairées, on y retrouve les beaux édifices rénovés ou en cours de rénovation ...et les mêmes bars et restaurants branchés que partout ailleurs. Ces endroits historiques finissent souvent par perdre leur âme quand cela devient trop rempli de commerces, quand on diffuse de la musique dans la rue et quand on slalome entre les rabatteurs et les cartes de pubs et de burgers. Je vais y circuler sans vraiment avoir envie de m'arrêter. J'aime le petit restaurant isolé, caché mais quand tout est concentré, cela en devient un peu artificiel à mon goût. Mais bon l'endroit est agréable et a encore beaucoup de potentiel car tout n'est pas encore remis à neuf. A n'en pas douter cela deviendra encore plus branché dans les années à venir. J'y ai passé du bon temps dans le restaurant Caru'Cu Bere, une institution locale dans une grande bâtisse qui vous transporte à la Belle Époque. Des musiciens jouent des airs traditionnels (du French Cancan aussi) ou modernes et les locaux et les touristes boivent et mangent de larges portions de viande sans aucune culpabilité apparente.
Le passé communiste et la dictature
De loin le côté le plus intéressant de la ville. Deux endroits sont incontournables à Bucarest :
la résidence des Ceausescu et l'immense palais du Parlement.
La résidence des Ceausescu : Au bout d'une avenue tranquille, non loin du Parc Herastreau, se trouve la demeure luxueuse du couple qui imposa sa mégalomanie au pays 20 ans durant. La maison vue de l'entrée principale n'est pas si impressionnante mais le luxe va se dévoiler lors de la visite. Par petits groupes d'une quinzaine de personne, des chaussons aux pieds, nous plongeons dans l'intimité du couple. C'est incroyable de pouvoir toucher de si près ce qui était intouchable et inconnu pour la plupart des roumains.
La visite est passionnante. La maison est luxueuse mais ce n'est pas un palais. Les volumes sont le plus souvent raisonnables. Ce n'est pas un lieu vide, mais un lieu de vie très confortable. On visite l'appartement du jour d'Elena, la chambre du couple avec les pyjamas originaux sur le lit, le dressing incroyable avec les fourrures et les chaussures , le délicieux jardin d'hiver, le bureau du dictateur, la bibliothèque avec les œuvres du couple omniscient et multi diplômé ( une fois le régime établit bien sûr), le salon avec leur télévision Phillips en couleur, luxe pour l'époque, les salles de bains dorées, les chambres des enfants, le jardin avec les paons ( l'animal préféré de Nicolaï), la piscine (incroyable) au sous-sol aves ses fresques colorées, le petit bureau où le maître du pays aimait jouer aux échecs. C'est un endroit assez fascinant. On ressent la présence de ces fantômes illustres, qui se couchaient l'esprit peut-être tranquille le soir dans la soie alors que le peuple était si pauvre autour d'eux. Voilà une visite qui offre un rapport unique à l'histoire.
Le Palais du Parlement.
La démesure, bien plus que devant la Pyramide de Kheops ou que devant le Taj Mahal. Raser une colline, déplacer des milliers de personnes, des églises et des monastères pour construire, dès 1984, le 2ème plus grand bâtiment administratif du monde, sur 12 étages, avec 1100 pièces et des volumes incroyables. Voilà un des héritages du mégalomane roumain Ceausescu. Quand on arrive devant cet endroit on est bien sûr frappé par la masse imposante du bâtiment comme nulle par ailleurs...sauf en Chine, à Chengdu où j'ai visité récemment le plus grand édifice du monde. Bref, c'est énorme et vraiment impressionnant. Après quelques passages façon aéroport à la sécurité on nous remet un badge en échange de notre carte d'identité et c'est parti pour une visite passionnante. On passe de salles de conférences en grands halls, par d'immenses couloirs. Le marbre est rose, blanc, il y a du bois offert par Mobutu, ami de Ceausescu, des tapis grands comme des terrains de tennis, des toits en verres, des rideaux de plusieurs centaines de kilogrammes, des escaliers monumentaux...On ne voit que 5% du site d'après le guide mais c'est déjà une belle marche. On croise aussi un tas de gens qui travaillent dans cette ruche. Il faut s'imaginer les assemblées parisiennes rassemblées en un même endroit avec des centaines de pièces en plus, simplement. Quant à l'abri anti atomique en sous-sol ou le réseau de tunnels secrets...cela reste secret comme dit le guide..
Il n'y a pas que du sombre dans ces régime autoritaires. Le discours d'Irina, qui a vécu ce que je ne peux qu'imaginer est assez nuancé. Elle me parle du plein emploi, du rejet du capitalisme, de l'absence de liberté qui est aussi d'actualité aujourd'hui, de manière plus subtile. Elle me montre les Cenaclul Flacara, rassemblement de contre culture animés de 1973 à 1985 par le poète Adrian Paunescu. On y voit un peuple chanter et écouter des poèmes main dans la main, les larmes aux yeux dans des moments émouvants où la cohésion « crée une vibration » comme dit Irina. Nous payons notre « liberté » actuelle d'un autre prix, rien n'est offert à l'homme gratuitement mais je ne regrette pas ma jeunesse en France, aurais-je été plus heureux en Ouganda ou en Libye ? J'en doute fortement. Mais il est sûr que le confort rend moins créatif et que l'absence de liberté soude les gens.
Autres vestiges de passé, l'architecture bien sûr, comme dans le bâtiment imposant du Parti du toit duquel s'évada Ceausescu en hélicoptère, à la chute de son régime.
Et puis en vrac : les marchands de fleurs un peu partout qui égayent la ville dans leurs petites boutiques colorées, le petit café Camera Din Fata, avec son plancher et son décor de l'ancien temps de Bucarest. Un des endroits préférés d'Irina, malheureusement déjà dans les guides pour touristes qu'elle déteste. Comment garder en 2018 un bon plan pour soi seul ? Difficile. Le métro, bien loin du modernisme de Chengdu. Le contraste est en fait édifiant entre notre vieille Europe et tout ce modernisme rencontré en Chine il y a quelques mois. Nous sommes une antiquité.

Quelques PHOTOS de Bucarest.
SIBIU: ambiance saxonne au coeur de la Transylvanie
Plus de 5 heures de bus sont nécessaires pour rejoindre la « plus belle ville de Roumanie » selon certain même si Cluj Napoca aura la préférence de George qui me logera bientôt. Le trajet est assez confortable dans un bus à moitié rempli, avec un conducteur et des passagers relax. Pas grand-chose à noter sur le trajet. Des zones industrielles géantes avec des Auchan, Carrefour ou Décathlon promettant un avenir peu dépaysant aux voyageurs. En route, on découvre l'habitat rural de Roumanie et un tas de maisons et de petites villes un peu ternes et tristes. Je remarque beaucoup de pollution au plastique, peut-être du à toutes ces poubelles éventrées par ces hordes de chiens errants que l'on rencontre un peu partout. Je remarque aussi ces nombreux tas de foin en cône si caractéristiques du pays. Des paysans charge du fourrage sur des charrettes tirées par des chevaux. Même en ville j'ai observé quelques artisans du bâtiment les utilisant. Un peu avant Sibiu, on traverse des gorges qui semblent touristiques. Au loin les Carpates sont impressionnantes et bien blanches. Dommage que la neige ne soit pas plus présente à basse altitude.
La ville de Sibiu est à n'en pas douter à l'opposé de Bucarest. Il suffit de se rapprocher de la Vieille Ville pour vite comprendre que l'on a là tous les ingrédients pour se transporter dans le temps : rues pavées sombres et silencieuses, maisons bourgeoises, grande place, clochers, petit pont. Ma superbe chambre d'hôtes avec vue sur la ville est un régal. Je me crois dans ces hôtels à 150 euros la nuit d’Angleterre. C'est raffiné, calme, aristocratique et je vais y passer 3 jours. Tant mieux.
La première sortie nocturne donne déjà le ton du séjour. Peu de monde dans les rues, éclairages duveteux, son des cloches ...Une sacré ambiance qui pousse à la déambulation contemplative. Je finirai dans un restaurant traditionnel avec cave voûtée en sous-sol. A côté de moi, des Français, des Italiens, des Anglais...Zut, le restaurant est dans les guides ! Et veille de St Valentin, beaucoup de couples. Très bon même pour un voyageur solitaire. Le lendemain je testerai un très bon restaurant végan « she's green ». Je suis épaté par ce que je mange, c'est une première et je ressors de là très fier de ne pas avoir mangé de viande, plus en accord avec moi-même.
La vieille ville va m'occuper toute la journée du lendemain. Je prends mon temps et déambule sans vraiment de plan précis. Il neige dehors mais cela ne tient pas trop au sol, un peu sur les toits quand même, assez pour que l'ambiance hivernale apporte charme à l'endroit. Je pars un peu au hasard, retournant sur mes pas mais la ville n'est pas immense et des panneaux touristiques bien clairs ne permettent pas vraiment de se perdre. Je me retrouve au marché où certains ne vendent ...que de l'ail. Surprenant...et terrifiant. J'observe les dames roumaines bien joufflues emmitouflées dans plusieurs épaisseurs de laine proposer leurs conserves maisons ou des fruits et des légumes. Les marchés sont toujours où qu'on aille un spectacle immanquable, comme si l'âme d'un pays se trouvait dans les produits de sa terre et de ceux qui l'exploitent.
Le centre tourne autour de trois grandes places : Piata Mare, Piata Mica et Piata Huet. Elles se rejoignent par de petits passages parfois couverts et donnent envie d'y tourner et d'y tourner encore tant elles sont agréables.
Quelques édifices religieux sont intéressants à visiter. La cathédrale orthodoxe, pas loin du petit parc Astra, est assez jolie de l'extérieur et de l'intérieur même si l'impression de déjà-vu prédomine. Le problème de ces lieux...ils sont gratuits alors je les visite, avec l'espoir d'y être émerveillé. Parfois la grâce me touche mais rarement.
La cathédrale évangélique se trouve sur la place Huet. On paye ( 8 Lei, environ 2 euros) pour une exposition de pierres funéraires sans grand intérêt mais surtout pour un accès à la tour qui les vaut vraiment. 73 m de hauteur et une montée qui pourrait donner le vertige à certains. On se retrouve vite isolé sur des escaliers en planches antiques, s'accrochant à des rambardes sur lesquelles il est déconseillé quand même de trop s'appuyer (dixit les panneaux, rassurant). Tout est rouillé, il y a des fientes de pigeons partout, quelle ambiance ! On arrive au niveau des cloches puis au sommet. La vue est très intéressante, dommage que le temps soit gris, je suis sûr que l'on pourrait voir les montagnes d'ici. Une montée immanquable mais un clocher dans une vieille ville en Europe est rarement décevant je dois avouer.
Une autre grande église catholique se trouve le long de la Piata Mare. Drôle d'ambiance à l'intérieur. Pas un bruit si ce n'est la gardienne qui balaie le sol. Grand, classique et un peu lugubre quand même.
Je vais visiter le musée Brukenthal, immanquable sur la Piata Mare. Le premier étage ne m'emballe pas vraiment. Beaucoup de salles avec de l'art religieux, des horloges, des vitrines d'art décoratif, des portraits, un salon de musique. Je m'y promène sans grande émotion. L'étage au-dessus est bien plus excitant avec les chefs-d’œuvre la collection Brukenthal. Là les tableaux sont d'un autre niveau, Van Eycke, Brueghel (terrible toile sur un massacre d'enfant dans un village), Dürer... Il y a aussi une exposition de tapis, une autre sur l'art roumain avec quelques pièces qui m'interpellent. Dans le musée, en sous-sol, je visite une exposition sur le gothique. Intéressante, elle explique l'origine de ce mouvement, traite des héros Byroniens, du pouvoir des ruines, des réflexions sur la brièveté de la vie...le tout dans un décors parfois un peu grotesque (Dracula...) mais avec peu d'effets on ressent bien l'ambiance je trouve. Cela reste quand même une attraction modeste. Un peu plus loin , après avoir traversé la cour et le petit jardin intérieur du palais, on visite une exposition sur les essais de Dürer , puis une autre sur des sculptures de bustes. Sans grand intérêt pour moi.
Il y a en ville d'autres musées comme celui de la pharmacie mais je ne les visiterai pas. Le musée d'histoire était quand à lui fermé ce jour.
Au sud de la vieille ville, à noter un endroit agréable avec 3 tours (Olarilor, Dulgherilor, Gros ) alignés sur l'enceinte. On s'y promène avec joie.
Du haut de la Council Tower, je vais profiter pour ma dernière soirée d'une très belle vue sur la ville avec même au loin les collines enneigées.
Sibiu est une ville vraiment très agréable. De celles où on se promène, où l'on repasse même tous les soirs aux mêmes endroits, juste pour l'ambiance. 3 jours n'étaient pas de trop. J'aime m'infuser dans ces lieux d'histoires.

Quelques PHOTOS de Sibiu.
Une toute petite vidéo pour l'ambiance sur la Piata Mare le soir.
Musée ASTRA et ZOO
Quel plaisir de se réveiller avec la ville sous la neige! J’ai vraiment de la chance d'autant que je pars un peu en dehors du centre, à 5 kilomètres en bus, pour visiter le plus grand parc ethnologique d'Europe. Le bus y a son terminus, c'est un endroit sûrement très touristique vu la taille des parkings aux alentours. Le bâtiment où l'on prend les tickets est très moderne et fonctionnel avec même de petites expositions sur la vie pastorale et artisanale. Je vais beaucoup aimer cet endroit. Le site est très grand, je vais y passer au moins 3 heures. Le matin, avec la neige fraîche et le calme c'est vraiment un voyage sensoriel. Je parlais du Bal des Vampires dans mon introduction, j'étais venu en Transylvanie rechercher un peu de cette ambiance. Et bien je l'ai trouvée par endroit. Le bruit des sabots d'un cheval au loin transportant quelques rares touristes (tous roumains) sur une charrette, la vue d'une église en bois et de ces maisons aux toits de chaume, le crissement des pas dans la neige...
Je n'étais pas loin d'un décor de cinéma. Ici bien sûr pas de vrai village mais de vrais édifices démontés et remontés ici, sauvés de la destruction. On trouve de tout, il y a 400 édifices, en bois, en briques ou en pierre ! Des maisons de marchands, une forge, plusieurs églises, des maisons de mineurs, une école de l'époque Stalinienne, un kiosque à musique, une pêcherie, des étables, des moulins à vent, à eau, à force animale...J'ai vraiment l'impression de vivre en condensé un séjour dans toutes les plus reculées régions du pays, au milieu des Saxons, des Roumains, des Hongrois, des Roms, des Juifs et autres minorités. Je vais ouvrir les portes (même si la plupart sont fermées en hiver), passer dans les jardins où je ne dérange que les chats, les oies, ou quelques chiens gardiens, monter les escaliers pour aller regarder à la fenêtre si je n’aperçois pas une mamie de l'ancien temps. La neige fond vite, le sol devient boueux mais l'endroit ne perd rien de son charme. Le grand lac gelé a un sacré cachet avec ses canards et ses oies qui s'y ébattent et ses roseaux sur les berges.
Je m'aperçois que le Zoo de la ville est juste à côté du site. J'entends même quelques cris d'animaux que je n'arrive pas encore à identifier. J'ai le temps, c'est à 10 minutes à pied, sur ma route, cela coûte moins d'un euro et en plus j'ai bien envie de voir des animaux, comme toujours d'ailleurs. Sous la neige, cela peut être intéressant. Le site est assez nature, au bord d'un lac, et le béton n'est pas de mise comme dans certains vieux parcs urbains. Pas grand monde mais quand même quelques roumains, pas d'enfants, mais des couples ou des groupes d'amis. C'est plutôt bon signe de voir des locaux. L'ambiance est à l'opposée de celle du zoo de la Palmyre en août par exemple. Pas de bruit, beaucoup de buvettes fermées et des allées calmes. Le site fait 15 hectares pour 207 animaux et plus de 50 espèces. Ce n'est pas un grand zoo, mais pour moins d'un euro l'entrée le rapport qualité prix est excellent. Il faudrait même payer un peu plus pour permettre plus de conforts à certains de ses pensionnaires. Le zoo date de 1929, c'est le plus vieux de Roumanie mais les panneaux sont neufs, bien faits, il y a de la couleur sur les affiches, des petits terrains de jeu pour enfants. Bref c'est propre pour le touriste, un peu moins pour l'animal.Bon forcément si on ne veut pas de béton partout mais du vrai sol, cela fait de la boue, partout. Le sanglier ne semble pas en être opportuné mais j'ai quand même eu pitié d'une louve qui tremblait de froid dans la boue sans vraiment d'endroit sec pour s'abriter, de même pour les ours bruns, impressionnants par leur taille. Le Tigre de Sibérie faisait les 100 pas dans son enclos et feulait régulièrement, à vous glacer le sang. C'est la première fois que je vois cela en vrai. Le lion et la lionne sont rentrés. Lui tourne comme un lion en cage derrière une vitre. Même avec cette protection on n'ose trop s'approcher tant l'animal est majestueux et imposant.

Quelques PHOTOS du musée Astra et du zoo.
Une petite vidéo sur le magnifique musée ASTRA.
TARGU MURES: Simple et authentique
Je visite ensuite les environs de la place Trandafirilor, grand rectangle autour duquel se trouve la plupart des sites d'importance. Je commence par le petit musée d'ethnographie, immanquable selon le Lonely Planet. L'endroit est plein ce matin avec des enfants qui jouent, peignent et dessinent, des parents qui mangent et échangent, comme s'il y avait un repas de quartier à l'intérieur. Je suis le seul visiteur et on ouvre et allume les salles pour moi. L'endroit ne me fascine par outre mesure. C'est petit et finalement assez léger je trouve. Quelques scènes en habits du temps d'avant avec les traditionnels outils en bois, les paniers, les robes, une autre salle avec des meubles et quelques poteries, une autre enfin avec une exposition sur la première guerre mondiale, mais rien n'est traduit en anglais. Un peu court, à moins que la dame ait oublié de tout me montrer.
Je visite ensuite deux gros édifices religieux qui se font face : la cathédrale orthodoxe, début XX ème, pas bien différente des autres. Une famille pose avec un enfant pour un baptême je pense. Et l'église catholique , début XVIII ème. Sombre, déprimante avec une personne en train de prier dans le silence. Cela ne m'atteint pas et je sors vite de là.
Le Palais de la Culture se visite (payant), on jette un œil sur la grande salle de concert où des jeunes répètent un spectacle pour ce soir. On passe dans une très belle galerie des miroirs avec de beaux vitraux racontant la vie des villageois ou de célèbres contes. Je visite ensuite une intéressante exposition de photos de la première guerre mondiale prise avec la technique du stéréoscope.

Quelques PHOTOS de Targu Mures.
SIGHISOARA: voyage au coeur de la Transylvanie
George m’amène dans une petite gare routière où je me retrouve un peu seul : une mamie et deux chiens errants autour de moi. Il a bien neigé cette nuit et le trajet pour Sighişoara, à un peu plus d'une heure de là, sera bien agréable au milieu des champs blanchis. Nous sommes dimanche, je passe pour la sortie de la messe devant la grande église orthodoxe en bordure de rivière. Je rejoins ensuite la citadelle en haut d'une colline, par de petits passages enneigés bien agréables. Ma pension, Casa Legenda, est en plein dans la vieille cité, tout près de la place principale Cetattii. Décorée à l'ancienne, un peu rustique mais très confortable, c'est exactement l'ambiance que je voulais. Je vais adorer cette étape. Rarement un endroit aura été aussi inspirant et évocateur. Ce petit bijou de petite ville sous la neige est un must. L'endroit est assez petit et tout se découvre facilement à pied mais je vais parfois revenir 3 fois au même endroit : le jour, la nuit, le matin pour ressentir l'ambiance. Les maisons sont colorées, les sols pavés, c'est calme malgré les quelques touristes du dimanche. Je pense que ce doit être l'enfer en été. La plupart des maisons sont des pensions et on vend des souvenirs sur Vlad Tepes, l'enfant du pays dont on voit la maison natale, un peu partout. Il a même sa statue. On empalait aussi sur la place, entre autres sévices corporels. En février tout cela reste quand même très discret mais j'imagine le cirque estival. Un violoniste sous un porche, deux joueurs de guitares avec CD au sommet de la colline, c'est déjà assez pour moi.

Quelques PHOTOS de Sighisoara.
L'ambiance gothique de Sighioara en musique.
BRASOV: belle ville au milieu des montagnes
Le train est bien confortable (en 1ère) et il passe au milieu de beaux paysages champêtres recouverts de neige. La vue est très dégagée, comme sur un plateau avec quelques collines ou petites montagnes au loin. Je suis surpris de voir tant de neige en arrivant à Brasov mais la ville est à 757 m d'altitude, ce qui explique l'ambiance montagnarde. Je trouve vite mon très bel appartement, avec vue sur le Mont Tampa, les lettre illuminées BRASOV façon Hollywood et sur l'église noire. Le top du confort, je sens que je vais me plaire dans cette ville, située au pied des montagnes.
Brasov est une grande ville de plus de 270 000 habitants mais la partie ancienne se visite aisément à pied. Une journée est bien trop juste pour tout voir, en prévoir deux et plus si on y ajoute les musées et le sorties. Je vais beaucoup aimer m'y promener malgré le froid mordant et les trottoirs recouverts de glace.
Le premier soir, je vais m'occuper du nord de la vieille -ville en montant d'abord à la Citadelle, sur une colline. Le chemin pour y arriver est très agréable par un petit sentier tranquille. Là-haut, c'est le désert, juste un gars promenant son chien. La vue est superbe et panoramique et les murs éclairés apportent beaucoup de cachet. Malheureusement je vais trouver porte close. L'endroit n'a pas l'air du tout abandonné comme parfois dans ce type d'édifice militaire. La descente me mène au milieu de maisons anciennes bourgeoises vers un petit parc sur lequel un mémorial des victimes de la révolution de 1989 est disposés devant quelques tombes. La lumière est très belle sous les lampadaires. Juste à côté je découvre une petite église et son petit cimetière, tout petit, tout droit sorti d'une comédie romantique. A deux pas de l'agitation, des sapins enneigés et des tombes sous la poudreuse. Un petit décor de cinéma.
Je vais rentrer dans l'autre symbole religieux de la ville, la cathédrale St Nicolas. L'intérieur, typiquement orthodoxe dans sa décoration, ne me marquera pas. Le cimetière attenant est plus intéressant. J'y observe les tombes immaculées, où les fleurs ont disparu depuis bien longtemps, les photos qui s'effacent et j'y vois comme toujours l'érosion de nos vies et de nos mémoires. Des regards partout qui ne disent plus rien à personne, c'est poignant, tragique comme dirait mon ami Nick.
Il y aussi cette petite rue, marrante, la rue Sforii, l'une des plus étroites d'Europe, où l'on peut toucher les murs en tendant les deux bras.
A plus de 900 m d'altitude il est immanquable de tout point de la ville avec son téléphérique, son antenne et ses lettres BRASOV façon Hollywood. Le départ du téléphérique est déjà dans un endroit très sympa, le long des remparts de la ville avec un tas de tours et de bastions très bien conservés. Les gens y viennent faire du sport ou promener leurs chiens. La petite benne me mène au sommet où, vers 16h, juste avant la fermeture, tout est bien désert. Belles vues forcément sur la ville mais aussi bien au-delà. Je crois même voir au loin dans la plaine l'église d'Harman par exemple. Des sentiers démarrent du sommet. Cela me rappelle un peu le téléphérique de Palm Springs. Des panneaux annoncent que nous entrons dans une zone sauvage, avec photos d’ours, de lynx etc...Là-bas c'était des pumas. En quelques minutes je me retrouve au pied des lettres. Je ne l'ai pas fait en Californie, là j'y suis. C'est forcément très beau avec une vue plongeante sur tous les sites que je reconnais bien maintenant. Je n'avais pas remarqué ce stade où les gens s'entraînent et cette patinoire à ciel ouvert Le son porte loin, c'est du Adèle !
Je voulais absolument voir une de ces églises classées à l'Unesco que les Saxons avaient construites au XIII ème siècle en Transylvanie. Je pensais en faire deux facilement mais vu la galère pour trouver des horaires de bus corrects et les temps d'attente, une seule suffira. Elle n'est pas bien loin, 12 kilomètre de Brasov mais je vais encore attendre 1 h à la gare des bus car les horaires de train trouvés sur internet sont encore faux. Un petit bus de ville m'y amène enfin pour moins d'un euro. L'endroit est assez impressionnant. Une église entourée par des remparts blancs et épais de plusieurs mètres. Je serai le seul visiteur, attendant même longuement dans le bureau de l'employé, avec son chat et devant le poêle, avant qu'il arrive enfin. Il fait très froid mais la visite est marquante. L'église d’abord, au centre de l'édifice, notable pour ses bancs sans dossiers en bois pour que les femmes et leurs robes particulières puissent s'y asseoir. Je monte au clocher. Toujours un peu périlleux d'autant plus que l'on vous annonce en haut que les cloches fonctionnent et que cela peut faire mal aux oreilles.

Quelques PHOTOS de Harman.
Le château de Bran est un immanquable du pays, même si il y a tout à craindre que ce soit un peu un Disneyland sur le thème des vampires. Mais ce n'est pas bien loin, 45 minutes en bus depuis une gare routière un peu éloignée du centre historique, alors je vais y jeter un œil d'autant qu'un autre site d'intérêt majeur se trouve dans le coin, la forteresse de Rasnov. Le paysage est très agréable pour y arriver. De la neige un peu partout, une sorte de grande plaine et au loin des montagnes parfois recouvertes de forêts, parfois nues, à plus de 2500 mètres d'altitude. L'arrivée au pied du château de Bran fait son effet. Il semble, il est vrai, tout droit sorti d'un conte. Dire qu'il semble lugubre serait exagéré, je dirais plus qu'il inspire la douceur, et ce malgré la saison et le froid glacial (il ne fera pas plus de 0,9 °C dans les salles!). Sa forme toute biscornue, ses tours, son implantation sur un rocher à l'entrée d'un petit défilé stratégique montre à l'évidence pourquoi c'est celui-là et pas un autre qui est symbolique. Alors bien sûr il faut, de l'arrêt dans la petite ville de Bran, passer devant ce dont tout touriste a besoin: stands de nourritures, stands de souvenirs, file de taxis, musée de l'horreur ...Bon cela ne dure pas longtemps et espérons que cela fait vivre les gens du coin.

Quelques PHOTOS du château de Bran.

Quelques PHOTOS de la forteresse de Rasnov.
De retour à Brasov je prends un bus sans ticket. Un gars et une dame essayent de m'aider, ils demandent aux autres voyageurs si il n'y en a pas un qui pourrait me vendre un ticket. Ils en trouvent un. Je me dis qu'ils sont bien aimables et qu'ils ont peur que je me fasse contrôler. Quelques minutes plus tard ils sortent leur badges et verbalisent un jeune. Assez drôle. Ce sont les contrôleurs qui m'ont sauvé d'eux-mêmes !

Le lien vers les quelques PHOTOS de Brasov.
Une petite vidéo sur Brasov et le Mt Tampa.
SINAIA: Nature et famille royale
Dans la ville plus moderne juste en contrebas, on trouve bien sûr de quoi satisfaire les skieurs : boutiques, supermarchés, restaurants. Rien de transcendant mais rien non plus de dérangeant. Sous la neige tout devient acceptable. La halle du marché non loin reste quand même très typique et n'a rien de branchée. C'est même un lieu unplugged je dirais. J'y achèterai du miel. Depuis le centre part un téléphérique, mais je trouve qu'il n'y pas foule quand je passe à son pied. Peut-être le manque de visibilité là-haut.
• Le hall d'honneur, dont le plafond est orné de vitraux aux motifs allégoriques ou héraldiques.
• La salle des glaces
• Les salles d'armes, qui abritent une riche collection d'armes et d'armures dont une épée de bourreau du XVIe siècle utilisée pour décapiter les nobles et une épée orientale utilisée par les samouraïs pour se faire seppuku.
• Le salon florentin, abritant des candélabres de Murano.
• Le salon de musique, au mobilier en bois de teck et dont les sujets des vitraux sont inspirés des contes roumains.
• Le salon mauresque possédant une fontaine de marbre.
• Le salon français
• Le salon turc
• La salle du théâtre. On y projeta le premier film romain. Très coquette.
Et puis aussi la salle à manger, tout droit sorti d'un film avec sa grande table en bois ou la bibliothèque. D'ailleurs autant Bran était parfait pour l'ambiance extérieure autant celui -là est très plus inspirant de l'intérieur. J'ai adoré le mélange des styles, un peu en Italie, un peu en Allemagne, un peu à Istanbul, un peu au Maroc. Et puis j'imagine le roi derrière son bureau en train de travailler dans un tel luxe et avec un telle vue, ce qui est bon signe. Trop souvent les visites de château ne donnent qu'une lointaine image de la vie des monarques. Ici il y a une âme.
Quelques saucisses dans les poches (j'en partagerai une avec un petit chien bien content de m'avoir rencontré), un peu de pain, cela suffira. La jeune fille de l'office du tourisme me disait qu'il n'était pas possible d'emprunter le sentier pour le Poiana Stanii, à un peu moins de 1300m d’altitude. Ce n'est pas l'épaisseur de neige qui m'inquiétait le plus mais les nombreux panneaux indiquant la présence d'ours et du danger réel de toute rencontre. J'ai hésité mais la forêt était trop belle avec cette épaisseur de neige et je ne partais pas non plus pour la journée.

Le lien vers les quelques PHOTOS de Sinaia.
L'ambiance hivernale de la belle ville de Sinaia.
CONCLUSION
Je suis assis derrière une vitre de l'aéroport de Bucarest. Le ciel est bas, gris. Il neige. Si je me retourne sur ce voyage, je retrouve cette ambiance monochrome. Il n'y avait rien de bien joyeux dans les rues, ce n'est pas la bonne saison pour cela. Il y a sûrement un côté festif de la Roumanie auprès duquel je suis passé à côté mais ce n'était pas cela que je cherchais. Ce voyage n'était pas vraiment une découverte du peuple romain non plus, c'était pour moi une sorte de retraite. Je voulais m'isoler dans une bulle blanche et grise, sentir les contrastes et vivre paisiblement un hiver roumain. Malgré ce tableau d'apparence sombre ce voyage a été une vraie réussite. Je pense à ces tableaux de Bruegel. Souvent des chefs-d'œuvre et pourtant on y voit rarement le soleil. Tout est neige et glace. J'ai adoré ces ambiances parfois gothiques, j'avais le sentiment bien souvent d'être le seul visiteur du jour et je me sentais vraiment dans la Transylvanie des contes. Ce n'était pas le voyage de la communication bien que j'aie visité 2 familles, à Bucarest ou à Targu Mures pour un peu moins que la moitié de mes nuitées. J'ai relu le carnet de voyage de mon ami Thierry. Il était parti pour voir les Roumains, je crois avoir cette fois limité mes interactions avec les locaux, non pas qu'ils ne soient pas dignes d'intérêt mais c'était plus un voyage contemplatif et solitaire qu'un voyage d'échange. Je quitte le pays à regret tant je me suis habitué à ces sorties journalières excitantes, ici dans un château pittoresque, là sur une citadelle perchée, dans un clocher surplombant une place médiévale, au pied d'un bastion, dans les forêts enneigées ou dans un cimetière. Le pays est plus attachant que certains pourraient l'imaginer. Il y a même des lieux véritablement romantiques à découvrir, sûrement plus que certains endroits de ma capitale qui font pourtant rêver tant de jeunes mariés. Il reste bien sûr un côté sombre et décati dans de nombreux endroits encore, on sent que le changement est en cours mais loin d'avoir encore effacé des années plus tristes de l'histoire du pays. Pourtant je n'ai rien ressenti de froid, ni de dur dans la population. Le Roumain est un latin, il n'a pas l'âme slave. Ainsi on se sent porté par un agréable courant familier. La Roumanie est un carrefour d'influences : germaniques, hongroises, ottomanes, c'est difficilement exprimable mais je ne me suis pas vraiment senti dans un pays de l'est. Il y a une identité propre au pays, ce qui est encore, et je le souhaite pour longtemps, une bonne et heureuse découverte à l'heure de la standardisation de l'Europe. A l'aéroport, les boutiques de souvenirs n'acceptent pas leur monnaie. L'euro grignote, il dévore, mais j'aurais eu ma part de Roumanie avant cela.
LE SEJOUR EN 5 COUPS DE COEUR :
-La visite des reliques de l'époque communiste avec la villa des Ceausescu et le Palais du Parlement
-La Vieille-Ville de Sibiu et ses ruelles tranquilles.
-L'ambiance d'antan dans le musée ethnographique en plein air Astra.
-Passer une nuit dans la citadelle de Sighişoara, magique sous la neige.
-La ville de Brasov et ses points de vue remarquables
-L'ambiance surannée de la ville de Sinaia sous la neige avec les superbes châteaux de Peles et Pelisor.
LE POUR : l'ambiance gothique des vieilles-villes, la neige et l'ambiance hivernale, le calme des Roumains, l'accueil des locaux, la tranquilité du voyage, le passé historique bien préservé, le coût des hébergements.
LE CONTRE : la présence de l'euro , de plus en plus, la taxe pour les appareils photos dans les musées parfois, les petits bus souvent complets entre les villes.