SLOVAQUIE

Pourquoi la SLOVAQUIE ?

Tout fut cette fois très simple.Je voulais cette année bien m'organiser pour ne pas perdre de temps dans les préparatifs. Trouver rapidement ma destination, réserver  bien à l'avance mon billet d'avion  et attendre sans stress le jour du départ. 3 mois avant le départ j'avais donc un vol pour Kiev et l'esprit tranquille. Puis, juste après l'achat du billet, les manifestations commencèrent dans la capitale ukrainienne, de plus en plus violentes. Je commençais à hésiter, d'autant plus que la visite de la capitale, sans les  barricades, était un de mes objectifs principaux. Le jour J arriva, le prix des vols intérieurs augmentant, mon envie déclina et je me résolu à annuler mon billet, prudent, perdant au passage 140 euros, pour trouver dans l'urgence 3 jours avant le départ, un vol pour Prague ! De là je pourrai partir en Slovaquie et par la même utiliser mon vieux guide du routard 2005/2006  que j'avais acheté  pour la République Tchèque. Les dernières heures avant le départ furent assez pénibles.Difficile de bien s'organiser en urgence quand on veut faire du couchsurfing. Le vendredi fut sans repos, à faire le sac, à écrire un peu partout pour trouver des canapés de libre. Et puis vint le départ, déposé par ma mère se rendant au ski en famille, achetant ma parka une heure avant le vol ; au Décathlon de Blagnac...Un voyage qui démarre donc dans l'urgence et un peu dans le stress...alors que je n'ai qu'une envie:me reposer tranquille dans la nature. Je pars ni excité ni angoissé. Je pars juste sans trop savoir ce qui m'attend.  On verra bien. Pendant ce temps Thierry part à Kiev où il transporte une valise contenant de l'argent...Peut-être le verra-t-on tout nu accroché à un réverbère sur la Place Maïdan ?

PLAN DU VOYAGE

Voyage seul, du 15 février au 1er mars  2014.

Arrivé par Prague je suis parti directement à Olomouc pour y passer 2 nuits puis direction la Slovaquie.  Au retour je suis rentré directement de Zilina vers Prague, en train.  

PERIODE :
Au niveau du climat je pensais avoir bien plus froid que cela. Pas de neige au sol dans une grande partie du pays, il fallait monter vers 1000 m pour en trouver. C'est cependant un cas assez exceptionnel.  La première semaine fut pluvieuse, la deuxième plus ensoleillée. Une bonne paire de chaussures d'hiver et une parka chaude sont quand même indispensables car marcher sur les pavés dans l'humidité toute la journée refroidit bien le corps.  Je pense quand même qu'une bonne couche de neige aurait blanchi ce pays un peu polué et m'en aurait donné une image bien différente. 
Pour en savoir plus sur le climat et les bonnes périodes , voir sur le site de quand partir sur la Slovaquie.
Au niveau fréquentation on est en basse saison. Beaucoup de sites sont fermés ou du moins ont des horaires d'ouvertures très réduits.  Cela ne m'a finalement pas trop handicapé. Le plaisir de se retrouver quasiment seul dans tous les endroits visités est à ce prix. Ne pas s'attendre donc à  une masse touristique du genre de celle de Prague et c'est tant mieux. 

NIVEAU :

Très  facile.
Pour peu que vous parliez un peu anglais il est aisé de voyager  dans ce pays. Le paiement est en euros, le système de transport est très bien fait et ponctuel, les gares modernes, les horaires affichés un peu partout, les cartes bancaires sont acceptés un peu partout. Bref, pas plus compliqué que la Belgique ou que l'Allemagne. Bien prononcer les mots aux chauffeurs de bus ou de taxi suffit pour se faire comprendre. Souvent les gens ne parlent pas anglais mais pour les choses basiques cela ne pose pas tant de problèmes que cela.
Pour trouver un hébergement c'est assez simple hors saison. Se servir des sites en ligne de reservation et tout est très simple. Là encore étant en hors saison j'étais souvent l'unique ou l'un des rares clients. 

Niveau physique...rien à dire.   Bien équipé et je le répète avec de bonnes chaussures de marche isolées  on peut marcher de longues heures dans les villes, les sites et les montagnes.


Niveau hygiène, pas une seule alerte de santé et j'ai mangé partout, de tout. L'eau du robinet est potable. Rien de spécial.

Peu de  sentiment d'insécurité sauf parfois dans des villes un peu sinistrés,  au milieu de jeunes skinheads,  ou alors une fois près d'une décharge où 4 gars un peu louches m'ont  poussé à changer de voie...mais je n'avais rien à faire dans ce coin vraiment moche!

Un voyage  confortable ,relaxant niveau moral mais je rentre quand même un peu fatigué. 


HEBERGEMENT ET BUDGET (2014) :

Le voyage m'est revenu à 640  euros pour 14  jours ( 225  euros d'avion et de transport +415  euros sur place)  . Ce qui est bon marché ... Je n'ai jamais lésiné sur les entrées de musées, sur les verres et les restaurants à offri à ceux qui me logeaient.
Les transports sont peu chers mais compte quand même pour beaucoup dans le budget. Exemples: un Prague -Olomouc en pendolino ( train classe) autour de 20 euros, un Zilina-Prague à 35 euros pour plus de 5 heures de train, 5 km en taxi pour 7euros 50 , de 0.80 à 5 euros pour les trajets en bus.
Pour se nourrir, je mangeais le matin pour environ 4 euros un gros petit déjeuner dans les pensions. On trouve pour midi de supers menus à 3euros 50 avec soupe, plat et dessert. Vraiment un très bon rapport qualité prix et souvent dans des endoits plutôt classe. Dîner pour moins de 10 euros pour sûr dans des bons restaurants à la carte.  Bref la nourriture est vraiment pas chère, en particulier en république tchèque.

Niveau dodo j'ai payé   15  et  18 euros  pour la nuit parfois avec le petit déjeuner inclu.   Très bon rapport qualité prix. C'est donc vraiment pas cher et souvent j'aurais pu partager avec une autre personne.

Pas mal de couchsurfing aussi qui a bien baissé le budget.

Pour préparer ce voyage j'ai utilisé :

SITES GENERALISTES

  • le site du Routard . Toujours une bonne base pour ces choix. Et le bon vieux guide papier de 2005/2006 qui m'a bien servi.
  • le site officiel de l'office du tourisme de Slovaquie  ( en anglais) . Très bien fait. Une mine d'informations. Utile pour trouver un itinéraire.
  • un site très bien fait pour les cartes de randonnées.
  • le site du Lonely Planet
  • le site du Petit Futé. Je ne me suis servi que de leur site internet pour trouver des idées d'itinéraires.
  • un site très bien fait pour les transports en bus et en train.



OLOMOUC ET LA REPUBLIQUE TCHEQUE

fddddddddddd

Jours 1:

Le vol est forcément très tranquille et l'aéroport de Toulouse toujours aussi performant et agréable à utiliser. Un peu d'attente confortable à l'aéroport de Munich à observer les belles montres et  les grosses berlines. Très beau temps, pas de neige dans la région et ma grosse parka sous le bras. Je suis attendu ce soir à Olomouc à l'est de la Moravie et  je vais devoir trouver un train à Prague, ce qui ne devrait pas être trop compliqué.



Un peu surpris de ne pas trouver  de neige sur la plaine tchèque je ressens un peu d'émotion à la vue de la Cathédrale St-Guy , me rappelant le beau séjour passé ici en 2006. L'aéroport est très moderne, clean , assez vide et très pratique. Je trouve facilement un bus direct pour 60 KCZ en direction de la gare centrale. Du bus j'aperçois bien sûr quelques façades déglinguées et des immeubles un peu vieillots mais aussi toutes les grandes marques habituelles et les mêmes voitures que partout. L'Europe ne deviendrait-elle pas un grand pays ? Pas vraiment dépaysant donc . Seul le tramway apporte un peu de cachet. La gare est aussi très moderne, calme et je trouve sans problème une place confortable dans un train à l'allemande. Ponctuel, propre avec une boisson offerte et le WIFI qui offre une carte interactive avec la position en temps réel du train ! Vraiment aucun stress et pas du tout le sentiment de voyager aujourd'hui dans un pays de l'Est mais ce terme a-t-il encore du sens en 2014 ? Alors qu'il y a 10 ans je relevais quelques coupes de cheveux, quelques habits un peu différents, je vois aujourd'hui l'uniformisation gagner du terrain et hormis la langue et l'incapacité des gens de la rue à parler anglais , rien ne les différencie trop des Bordelais. 10 ans de voyages et 38 ans de vie suffisent amplement pour ressentir la mutation de ce monde post-internet. Je me souviens et parle déjà comme un vieux des pesetas et du touron en Aragon, des breakfast et des intérieurs anglais dans les années 80  ou encore du Pas de la Case version Beurre et Pastis.  Les temps changent ,et ma voisine tchèque comme mon voisin sont comme moi dans ce train occupés sur leur netbook.
Arrivé à Olomouc je suis accueilli par la jeune Jitka, étudiante en histoire de l'art. Elle me mène à travers les rues désertes de la ville vers sa collocation qu'elle partage avec deux autres étudiantes. Surprenant ce silence et ce vide dans les rues d'une ville de plus de 100 000 habitants. Nous passons la soirée à discuter de mon futur programme, à parler de la République Tchèque et de la Slovaquie. Je ressens avec mes questions que ces jeunes filles ne sont pas très mobiles à cause du manque d'argent et mesure le fossé entre un travailleur français au salaire honnête de 38 ans et des étudiantes tchèques.  Bonne ambiance, je termine la soirée crevé, enfin en vacances.

Cathédrale St Venceslas

Jour 2:

​Après une très bonne nuit dans ma petite chambre je me réveille dans la maison silencieuse, observe dans le parc de l'immeuble les jeunes du quartier jouer au hockey sur gravier puis attend le réveil de Jitka. Dans ces moments là il n'est pas facile de savoir quoi faire, partir sans elle et vexer ou attendre assis au bord de  la table de la cuisine, à attendre sans rien faire.  Elle se réveille juste avant que je choisisse de laisser un mot, disons que je souhaiterais voir le carillon de l'horloge de l'hôtel de ville qui sonne de manière originale à midi. Après un petit déjeuner d'un gâteau très original, qui n'aurait pas trop de succès en France, nous partons pour la visite de la ville. Bien calme, frais, nuageux, pas très riant ...là je ne me sens plus dans mon sud de la France. Quelques joggeurs près  de la rivière, les magasins fermés avec leurs produits un peu kitsch parfois, les façades anciennes mais pas encore parfaitement restaurées. La ville a un côté un peu destroy.  Il y a du potentiel c'est certain et je me crois parfois dans les villes hanséatiques d'Estonie ou d'Allemagne. Il manque juste peut-être le ciel bleu, ou la fine couche de neige pour rendre le tout féerique. C'est très sympa mais soit j'ai un sentiment de déjà-vu soit il manque le je-ne-sais-quoi de poésie pour s'émerveiller et se transporter dans le temps.  Nous commençons par la  ​cathédrale St-Venceslas et et son musée attenant. C'est un plaisir de se trouver là, hors saison, profitant du calme d'un dimanche. L'édifice est assez imposant mais glacial  et lugubre à l'intérieur. Le musée à côté, gratuit le dimanche, montre beaucoup d'art religieux, les fondations de l’archevêché mais ne m'emballe pas plus que cela. Seules les salles dédiées aux peintures me plairont vraiment: parquet odorant et lumière douce,  pantoufles aux pieds, c'est un plaisir de se promener au milieu des peintures.  Autant pour l'ambiance que pour ce qu'il y a voir. Puis  nous arrivons dans le centre historique, près de la grande place. 



 

Du déjà-vu avec son hôtel de ville , son horloge façon Prague en moins beau , ses façades colorées et ses restaurants pour touristes. Quelques enseignes gâchent le paysage ( Japan Sushi, China Restaurant,Mc Donald's) mais c'est quand même très beau. Et surtout très grand, l'alignement des maisons anciennes s'étendant sur une très grande surface . Nous mangerons dans un petit restaurant populaire des plats typiques dont une soupe reconfortante et un plat mutant à base de bœuf, confiture, chantilly, tranche de citron et knedliky, sorte de gros pain sans goût mais roboratif. Pas terrible mais , avec la saveur de l'exotisme tchèque, cela passe. Nous poursuivons par d'autres églises, toujours aussi glaciales, dont une baroque avec en son sous-sol une petite source que l'on atteint par un escalier étroit et où l'on peut prier. Aussi une tour avec de belles cloches rénovées. Après quelques autres rues pavées, après quelques observations de street art nous finissons la journée dans le musée d'art moderne pour y voir une superbe exhibition du maître tchèque du comics : Kaja Saudek. Une sorte de Liechtenstein national qui a en tout le talent. Extraordinaires dessins et profusion d’œuvres géniales : de scènes érotiques superbes à des affiches de films en passant par des publicités, des flyers de boite de nuit, des bandes dessinées et...Vraiment génial avec ces couleurs intenses et cette qualité de dessin extraordinaire. Le reste du musée est pas mal non plus ( et de plus, encore gratuit le dimanche). J'apprécie en particulier la vue des toits sur la ville, un petit Prague vu d'en haut. Des œuvres toujours un peu bizarres, quelques unes interpellent mon regard. Beaucoup de monde dans ce musée de qualité. Nous rentrons en fin d'après midi, après une visite complète et bien remplie. Ville intéressante mais je ne peux pas dire qu'elle est charmante. C'est quand même, vu avec le ciel bas et en hiver, un brin lugubre parfois pour un Lot et Garonnais. 

 


Il reste en rentrant à sacrifier encore pas mal de temps pour écrire un peu à l'aveugle dans des villes supposées visitables, à la recherche de canapés.Je déguste  ce soir quelques spécialités locales comme cette galette de pommes de terre à l'ail servi avec du choux puis nous partons au pub, ce qui constitue la sortie favorite et régulière des filles qui m'hébergent. Le pub n'est pas très britannique dans le style , c'est juste un bar avec deux trois décorations médiévales , un arc et un blason pour donner, sans y arriver du tout, un petit côté ancien au lieu. Dans la salle non fumeur, enfin moins enfumée, nous partageons les rires bruyants de nos voisines qui fêtent un anniversaire. Très peu discrètes ni distinguées. Les chopes ici rendraient nos demis bien ridicules, une pour moi mais deux pour mes compagnes qui mangent peu mais se nourrissent de matière liquide. Nous passerons la soirée à comparer nos rites : St Valentin et les hommes tchèques peu romantiques, leur Noëls et leurs mariages à base de Schnitzels, leur fête où l'on s'embrasse sous une branche de cerisier etc...

BRATISLAVA

Jour 3:

Je profite bien de ma matinée, ayant je ne sais pourquoi,  beaucoup de  fatigue à récupérer. Jitka me raccompagne poliment à la gare où j'embarque en fin de matinée pour Bratislava. Sympathique étape que cette colocation de jeunes filles.  Je retrouve dans ces trains l'ambiance des compartiments, moyen de voyager révolu maintenant en France. C'est toujours plus classe je trouve, surtout quand on est seul, au calme. Je vois défiler pas mal d'usines désaffectées, des villes peu aguichantes mais quand même je ne ressens  plus vraiment  la différence que l'on pouvait encore ressentir il y a 10 ans. L'uniformisation rampante accomplit  son travail de régulateur, estompe et érode.  Bien sûr le gars en face de moi a une coupe de cheveux improbable en France mais cela ne suffira pas à me transporter dans un ailleurs. L'arrivée à la gare de Bratislava est quelconque, la gare bien petite je trouve pour une capitale et pas très moderne.  Je laisse mon sac à  la consigne  puis pars explorer la ville, sous un chaud soleil d'hiver...supportant juste ma grosse parka. Que retenir de cette première approche ? D'abord je n'y ai pas connu d'émotion particulière. Non pas que les sites ne soient pas beaux , ni que le quartier historique n'ait pas de charme mais il manque de cette magie qui m'enthousiasma à Prague ou à Tallin. Peut-être les prix en euros, le côté propret des rues à touristes avec ses bars branchés et ses clup VIP, je ne sais pas , mais j'accumule les visites comme on coche une to do list sans vraiment m'éclater. 

Porte Michel


​C'est bien fade en comparaison d'un tour du lac Charpal en Lozère par exemple, ou de la visite de la pourtant anonyme église de Châteauneuf de Randon. Il manque sûrement le transport temporel qui est je crois mon unique critère de  choix quand je voyage seul. Accompagné, les choses sont vues différemment  et le partage avec l'autre compte souvent autant que le site. Seul,  l'émotion ne suit pas les mêmes chemins. Pas d'exaltation donc malgré la multitude de monuments . En vrac : l'église des Clarisses Klariska ( jolie cadre mais déjà-vu) , la cathédrale St-Martin ( trop près de la route, bruit, sombre et glaciale), la pharmacie Salvatore ( en ruine, en cours de rénovation), l'académie Istropolitana ( juste une plaque ) , le Palais Palfy ( banal, en rénovation), la Porte Michel ( bel endroit mais rue touristique) , l'église des Trinitaires( en partie fermée, banale), la place de l'hôtel de ville  avec sa statue de Maximilien ( très bel endroit, vieux cafés , mais il manque quelque chose...), l'église des Franciscains ( en partie fermée), le palais Grassalkovitch ( deux gardes et des grilles) , le palais Reduta et le théâtre national Slovaque ( deux beaux bâtiments mais il faudrait assister aux concerts...) , la fontaine des canards, l'église Bleue ( en partie fermée aussi)...Bref pas mal de richesses mais cela reste une accumulation agréable,  sans plus. Même la promenade le long du Danube manque de magie. Je rajoute pas mal de belles femmes un peu clonées ( même veste avec col en fausse fourrure, même style , mêmes gênes) , une patinoire en plein air devant un écran géant retranscrivant les JO, et voilà. Je rejoins la gare un peu fatigué et pas vraiment souriant vers 18h, un peu blasé mais peut-être juste fatigué. J'y rejoins Andréa  qui m'héberge ce soir. C'est déjà plus amusant. Jeune psychologue souriante et passionnée de danse elle me compte les histoires de la Slovaquie d'avant la chute du rideau de fer, le manque de liberté, le choix entre 3 paires de chaussures, le fromage unique, le lait unique, le danger des livres étrangers, les chants à la gloire de la russie, la délation, l'écoute de la radio clandestine etc...C'est la partie la plus intéressante de la journée, là-bas dans les lointains faubourgs de la ville.

Jour 4:

Très bonne nuit, je prends le rythme de celle qui me loge avec réveil à 10 h et un petit déjeuner salé. Au programme du jour : les musées ! Encore une fois ce ne sera pas l'extase, c'est bien , c'est tout. Il manque le je-ne-sais-quoi pour faire la passage entre le bien et la grande émotion. Disons que les sens ne sont pas tous en éveil:pas vraiment d'odeurs particulières, ni de sons dans ces musées où j'étais quasiment  le seul visiteur et puis parfois un sentiment de déjà-vu. Difficile d'être neuf à chaque instant et de se débarrasser du poids de sa mémoire. Je commence par lemusée national slovaque qui siège dans un gros bâtiment à l'ancienne, en bordure du Danube. Il devait être il y peu bien austère mais la muséographie est maintenant  moderne avec les classiques dioramas, les bornes interactives, les salles de cinéma etc...Bien sûr on est loin de l'extase des plus grands musées du genre, c'est un musée entre-deux. J'aime le côté austère de ces vieux musées poussiéreux laissés dans leur jus ( formol?) depuis des dizaines d'années, ceux où l'on s'attend à croiser un vieux savant avec ses cornus et ses potions fumantes. Les musées ultra-modernes ont aussi leurs avantages, je pense à l'animatronic Tyranosaure du musée de Londres par exemple. Ici il perd d'un côté et ne s'élève pas tant que ça de l'autre. Les dioramas sont bien faits, les objets bien présentés mais pas époustouflants. Cela reste quand même toujours un plaisir, d'autant que j'étais bien seul. 

J'ai aussi passé par mal de temps à somnoler dans les salles de projections en particulier devant un film sur les Hautes Tatras qui me pousse vraiment à partir dès que possible vers la montagne. J'enchaîne ensuite par la visite du musée de la ville dans l'ancien hôtel de ville. Intéressante vue depuis la tour sur la place mais là encore il n'y a pas pour moi ce supplément d'âme qu'ont les lieux équivalents des villes hanséatiques. Peut-être que les marchands nordiques, l'accès à la mer, la latitude plus élevée simplement font la différence pour moi ? Le musée est quand même très intéressant avec de grandes et belles salles montrant un tas d'objets relatant l'histoire de la ville : les guildes de commerçants, les photos des magasins du début du siècle, l'évolution du commerce, l'aristocratie, les anciens plans de la ville, les archives...

C'est bien fait, on profite de belles vues sur la place de derrière les vitraux mais j'ai un peu la tête ailleurs et les jambes fatiguent . Vers 17 h, alors que l'on ferme derrière moi, je pousse un peu plus loin dans la muséïte en visitant le petit musée dédié au musicien Hummel. Je ne le connaissais pas mais il semble être un personnage influent de la fin du XVIIIème siècle. Né dans la ville, sa maison natale fait office de musée, dans une petite cour , derrière un magasin de musique. Tout petit, 2 pièces avec quelques objets. Et malgré tout je m'y plais bien. Écouter la musique du compositeur assis, seul, devant le petit piano d'étude où il prenait ses cours avec Mozart suffit à me combler. S'imaginer Mozart et ce bonhomme,  là, devant le piano qui me regarde, me transporte dans le temps sans trop d'efforts. Les hommes sont poussières et le piano ne bouge pas : garde t-il la mémoire de ceux qui l'ont tellement pratiqué ? Je veux y croire. Il me reste alors à errer un peu en ville avec 2 heures à tuer devant moi. Hésitant devant ces cafés pour étudiants bondés je finis, sous la pluie , par trouver un petit café pour faire mon travail de couchsurfeur, avec difficulté vue la lenteur du réseau. C'est ça de partir à l'arrache, on perd du temps à s'organiser sur place. A vrai dire je ne sais pas vraiment où se passeront mes prochains jours. Je termine la journée à attendre Andréa dans la déserte gare des bus , qui n'a pas grand -chose à voir avec ce que l'on s'attend à trouver dans une capitale. 4 ou 5 clients en attente ou en perdition, pas un bruit. Pas glauque mais désert. Après un long trajet en bus nous finissons par une bonne soupe aux lentilles dans le petit snack turc du coin. Enfin une bonne chose à se mettre sous la dent, car aujourd'hui c'était plutôt junk food et hyperglicémie ! Une journée donc riche en culture mais pas en émotion. Et encore....je n'étais pas vraiment là en tant qu'étudiant en histoire ou en architecture  mais en tant que chercheur d'atmosphère. J'ai beaucoup lu certes mais par réflexe et pas vraiment pour imprimer. Et déjà que quand je souhaite imprimer ce n'est pas toujours aisé...là je ne crois pas que  la liste des maires de la ville et la lignée des rois de Hongrie reste longtemps dans ma mémoire.

Bonne soirée à discuter...avec une psychologue, c'est facile.

Jour 5:

Andréa, confiante, me laisse ses clés et part ce matin discrètement à son travail. J'apprécie vraiment cette confiance qui me permet de ne pas suivre les gens qui me logent lors de leurs heures de travail. En vacances, on aime quand même bien dormir un peu plus que d'habitude. Ayant rendez-vous  vers midi  près de l'hôtel de ville, j'ai toute la matinée devant moi. 5 minutes de télévision pour voir Martin Fourcade savourer sa médaille d'argent en biathlon à Sotchi. Puis, une banane avalée, je rejoins le centre ville par mon bus de banlieue et retrouve le centre historique et le palais primatial. Pas immense, je reste une vingtaine de minutes à observer, seul, de grandes tapisseries, des pièces remplies de glaces donnant une impression de profondeur , quelques tableaux et enfin une petite chapelle vue d'en haut, à l'intérieur du palais.Sympathique mais rien d'inoubliable. Andréa m'emmène ensuite dans une rue commerçante de la ville pour découvrir un pub slovaque typique  (en fait une chaîne!) et de caractère. Du bois partout, une entrée en forme de nef d'église, des costumes traditionnels, une cheminée, des tas de bûches...et même des animaux empaillés dont un a été tué et par le grand-père d'Andréa ! Pas mal d'étudiants mais aussi des gens plus âgés. Un très bel endroit où je suis très content de goûter des plats inconnus , le tout arrosé de Kofola, la boisson au cola nationale! Finalement plus plaisant que la visite du musée ce matin et pas beaucoup plus onéreux. Je converge ensuite vers le château que je rejoins à pied. La montée n'est pas très pittoresque, d'ailleurs rien ne l'est là-haut. 

Le château est très imposant mais semble bien neuf ( il l'est) , je m'y promène au milieu des quelques touristes, marchant au pied des remparts, observant les cités-dortoirs imposantes de l'autre côté du Danube, jetant un œil sur le grand chantier de fouilles dans la cour. Pour dire si il y a du monde, je rate même l'entrée du musée. J'hésite, il est 15 h et je n'ai pas encore forcément envie de m'enfermer. L'accumulation de salles de ces derniers jours ne m'ayant pas apporté l'exaltation attendue, je deviens méfiant. Un petit tour dans l'enceinte rectangulaire du bâtiment principal puis je tourne les talons et redescends de là-haut par une rue qui pourrait être très touristique car étroite et en pierre mais qui aujourd'hui est bien trop taguée et mal en point. Bref une escapade au sommet de la ville non inoubliable. Sous la pluie, je rejoins la porte Michel, hésite encore devant le petit musée des armes, renonce et finis dans le palais Mirbach autour d'une exhibition sur Mucha. Je ne suis pas si fan que ça mais j'apprécie particulièrement les gravures dans leur cadre en bois alignés dans deux pièces adjacentes. Sinon rien qui m'émeut particulièrement. Je me retrouve enfin sur la vieille place, à l'institut français, idéalement situé. C'est toujours un plaisir pour moi de retrouver quelques mètres carrés de mon pays en terre étrangère.  Je fais alors  mon travail de Couchsurfeur, apprenant sur TV 5 monde et dans mes mails que la situation dégénère à Kiev. Je ne regrette pas mon choix d'avoir annulé . La place humide, la nuit,  a un certain charme et je me plais finalement dans cette ville. Plus dans les choses simples, dans ce qui pourrait être une vie de tous les jours , que dans le côté touristique. Je rentre tranquillement dans mon bus , profitant de mes derniers instants dans le centre historique et me retrouve, comme hier soir , mais seul, dans mon snack turc de bonne facture, savourant ma soupe avec un copieux pide ( sorte de pizza en plus savoureux).  Une journée à petit rythme, agréable, surtout dans ces moments de repos. Et toujours de bonnes discussions avec Andréa pour finir en douceur.

La première vidéo du séjour. Promenade tranquille dans les deux villes d'Olomouc et de Bratislava sur une musique de Death Cab and the Cutie

BANSKA STIAVNICA

Jour 6:

Je quitte ce matin en fin de matinée Bratislava.L'étape fut très confortable grâce à l'accueil d'Andréa, et son appartement au cœur de la vie des locaux, donc à l'opposé de la vieille ville !  Ce sont mêmes ces moments de partage qui auront été finalement les plus marquants. Le trajet en bus d'aujourd'hui ne sera pas passionnant. Passage par Nitra, puis arrêt à Zarnovica. Bus plein, assez confortable, pas un bruit. Quelques collines ( sans neige), de l'autoroute...vraiment rien pour flatter l’œil. J'attends un peu à Zarnovica, ville qui semble bien sinistrée : bandes de skin head près de l'arrêt du bus, 2 roms crasseux qui traînent de la ferraille dans un chariot, et une très grande usine désaffectée...Rien de bien glamour. La route s'élève ensuite pour atteindre Vhyme. On rentre dans la Slovaquie rurale. Quelques pensions mais j'avoue avoir du mal à comprendre en quoi ce coin est touristique. Beaucoup de maisons un peu délabrées et autant de chiens tristes accrochés à des chaînes. Des usines encore désaffectées, des immeubles gris et une forêt terne qui aurait mérité un coup de blanc. Un peu de neige vers le « col » un lac un peu gelé mais pas de quoi rêver à de belles randonnées. Au sommet de la route quelques immeubles très glauques pour ce qui semble être un lieu de vie de la communauté Rom. Pas envie de s'arrêter ni de soutenir le regard de ces gars qui regardent passer le bus. Glauque ! Puis arrive Banska Stiavnica. Les environs de la ville sont laids, le cadre quelconque, je me demande ce que je viens faire là pour 2 jours. Je m'attendais à quelques chose de plus sauvage. 

 Mais bon, la vieille ville que je visiterai demain vaudra sûrement le voyage. Je me retrouve enfin après un dernier bus dans ma petite pension Stary Hostvinec, à St Anton, à 5 km de là. Petit village d'après le routard...mais je suis loin de l'image que j'en avais. Des maisons alignées le long de la route, un château et une église et rien d'autre. A la pension, par contre très coquette, je cherche des informations pour m'occuper en cette fin d'après-midi mais il n'y a pas grand -chose . Je pars alors voir le parc du château et m'occupe à marcher une petite heure à peine dans ce bois très banal, observant des petits lacs artificiels, des sculptures, des panneaux en slovaque pour enfin rentrer à 16H30 dans ma chambre. Ce sera l'étape de repos. Il n'y a rien ici pour me nourrir l'esprit ou m'émouvoir. Je voulais pour ce séjour de la neige, de la nature...je suis loin de tout ça pour l'instant. Peut-être pour ça que je n'arrive pas encore complètement à me sentir dedans , peut-être que ce voyage ne répond pas à mes attentes . Il reste les gens qui seront sûrement la meilleure partie du séjour. Le repos sera un bon moment, seul client de l'auberge je me gave d'une soupe à l'ail et d'un plat régional à base de chou, de bacon (en fait du gras de cochon!) , et d'une sorte de gnocchi. Très bourratif, j'ai du mal à finir. C'est toujours ces ambiance de hors saison que je recherche, où l'on ne se sent pas suivre le train touristique. Ici personne ne parle français ni même anglais et c'est tant mieux.

Jour 7:

Après une très bonne nuit et un copieux petit déjeuner j'arrête un bus devant la pension et me rends à la ville toute proche de Banska Stiavnica. De l'arrêt des bus ( et non un gare) , sous un temps pluvieux qui durera toute la journée, je remonte un bon kilomètre vers la vieille ville observant au fur et  à mesure les maisons devenir de plus en plus belles. La ville qui de loin et dans ses banlieues n'a rien d'attirant semble enfin mériter son classement à l'Unesco. Je vais y passer une très agréable journée, parfois bien transporté dans le temps.
Première étape et une de mes préférées, la visite du jardin botanique de la ville. L'accès est vraiment intéressant. 3 grands bâtiments aujourd'hui assez désertés servaient d'université à la ville. Passé un grand portail, un grand escalier qui pourrait très bien convenir à une demeure d'aristocrate, mène à deux d'entre eux. 

J'avoue adorer l'ambiance. Il n'y a personne, pas un bruit, des drapeaux flottent au dessus de l'entrée, quelques carreaux sont cassés et je ne sais pas vraiment si les lieux sont fréquentés. Pourtant par ci par là on aperçoit une plante, une lumière allumée ...Mystère. Peut-être quelques gardiens. On devine en tout cas le faste de l'endroit. Je me rends ensuite au milieu d'églises (toutes fermées en hiver) sur la place sur laquelle se dresse une grande colonne de la Peste. Quelques bâtiments, comme partout en ville, sont à rénover mais l'ensemble ne fait pas Disneyland au moins. La visite du vieux Château sera un grand moment de la journée. A mi-chemin entre un château fort et une église, il m'occupera un bon moment malgré une taille loin d'être immense. Je suis un guide avec quelques touristes tous locaux, eux écoutant , moi lisant des fiches en anglais. 

 Beaucoup à voir : les panneaux sculptés en bois du Calvaire qui domine la ville , mis là pour les protéger des vandales, des pièces consacrées à l'archéologie, une pièce avec des cibles en bois peintes utilisées pour s'entraîner avant l'attaque des Turcs, une salle sur la fabrication des pipes, une grande salle de réception avec Sisi peinte en grandeur nature, puis des tours dont une ,avec sa cloche en haut, permet d'avoir  une superbe vue sur la ville, une salle consacrée aux horloges, des catapultes dans la cour, une tour prison...Bref c'est très riche et varié et malgré le froid ( des radiateurs partout mais le thermostat est à 6°C!)  et la pluie,  j'apprécie beaucoup l'endroit avec tous ses recoins et sa diversité.  Je rejoins ensuite le nouveau  château, plus récent, qui domine la ville. D'allure bien plus modeste il pourrait sortir d'un Shrek avec son profil de petit château de conte de fées. Il y a dedans 4 étages consacrés à des expositions sur l'histoire de la ville face à l'invasion des Turcs. C'est assez intéressant et la vue du sommet doit  être très belle sans brouillard. Des armes, des gravures...pas de pièces extraordinaires mais l'ensemble est plaisant. De là je rejoins le barrage Klinger, un petit plan d'eau au-dessus de la ville que j'atteins par un mélange de route et de sentiers boueux en sous-bois. Un peu de neige mais aussi pas mal de pollution, on est loin de l'Alaska. Un peu gelé le lac a un peu de cachet mais cela mériterait une bonne couche de neige pour laver tout ça. Sympathique quand même. Je termine ma journée par savourer un chocolat chaud dans un des nombreux cafés de la ville, un peu désertée par les touristes aujourd'hui. Il faut dire que c'est un peu loin de tout et surtout des capitales Vienne, Bratislava et Prague.  J'attrape de justesse mon bus et me retrouve bien heureux pour savourer ma soirée dans mon auberge où le poêle fume  dans la salle à manger. Une bien belle étape et encore une fois cela m'apprend à être  patient. Je me demandais hier ce que je faisais là mais comme très souvent il faut éviter de courir de site en site, se poser et apprécier les journées sans transports et le confort de sa petite pension isolée. Une belle ville qui doit être magique sous la neige.

LIEN VERS L'ALBUM PHOTO

BANSKA BYSTRICA

Jour 8:

Je quitte avec regret  ma petite pension et me rends en bus ce matin à Banska Bystrica où m'attend mon canapé suivant ( en fait ce sera encore une chambre bien confortable!) . Le trajet est un peu déprimant. Je passe d'abord en face de la célèbre grotte à 42°C où un spa est construit autour. Cela semble un peu désert et il n'y a rien à faire d'autre dans ce petit village où les vieilles dames portent le fichu. Quittant les hauteurs cela devient franchement laid en particulier vers Ziar où je change de bus. D'immenses complexes industriels parfois assez neufs parfois délabrés occupent l'espace et n'inspirent pas la gaieté. Le ciel est encore bas : nuages, pluie et  montagnes hivernales marrons foncés sans une touche de vert ou de couleur. Arrivé à la grande ville de Banska Bystrica, je suis accueilli par le père de Véronika, la couchsurfeuse qui me loge ce soir. Il parle assez d'anglais pour pouvoir communiquer. Il m'amène dans leur appartement en bordure de ville dans ces immenses barres d'immeubles assez affreuses qui me suivent depuis le début du séjour de derrière les fenêtres des bus. Ascenseur désuet, petit et bien dangereux, où il ne faut pas  coincer la sangle de son sac à dos, sous peine d'étranglement certain. L'appartement est grand, moderne et confortable. Peter et Lida me servent une soupe aux betteraves et aux graines de courges puis  un plat végétarien.Charmante attention. Ils me proposent ensuite une visite à Spania Dolina, un petit village minier voisin. 10 km de voiture, une route dans la forêt un peu cabossée et nous y voilà. L'air y est frais, il y a des restes de neige dans les rues , une bonne odeur de feu de bois et des groupes de randonneurs du samedi. Enfin je trouve un peu l'ambiance montagne attendue. Nous grimpons vers l'ancienne église puis prenons un sentier à flanc d'une sorte de grand terril. Ambiance Verdun avec ce sol minéral sur lequel aucune plante ne pousse. Quelques belles vues sur les montagnes-collines environnantes. Les dames du village confectionnent  des draperies  en crochet traditionnelles et les vendent aux touristes depuis leur fenêtre, je ne suis pas intéressé. Une bonne étape que nous concluons par un petit café dans la taverne des randonneurs du coin. Dehors un petit train minier prend la pose, il y a une horloge qui sonne les heures ( comme du temps des mineurs) avec une sorte de carillon qui ne fonctionne pas aujourd'hui. Et puis des sculptures dont une de Véronika, qui semble bien célèbre vu qu'elle expose déjà dans plusieurs pays.



Nous partons ensuite en ville et nous nous garons tranquillement en plein centre. Ici les magasins sont fermés le samedi après-midi donc la ville est quasi déserte, si l'on excepte les parents qui poussent les poussettes et quelques jeunes peinturlurés qui jouent au foot en tee-shirt devant l'église. La place centrale est très grande et entouré de jolis monuments : l'église de l'Assomption de la Vierge Marie, la Tour de l'Horloge ( penchée mais ce n'est pas évident à voir) ,la barbacane, la maison de Matej dans laquelle nous visitons le musée de la Slovaquie Centrale. Rien d'impressionnant : collections d'armes, meubles, bureau du maire, collection d'art religieux. Mais je passe quand même une bonne après-midi avec des gens forts sympathiques. Pour la soirée, je joue mon rôle d'agitateur de famille en proposant à tout le monde d'aller voir la comédie musicale « My fair lady » à l'opéra de la ville. Lida se prépare une bonne demi-heure, les plus beaux habits sont sortis et on se rend compte alors sur le site que la soirée est complet ! On appelle et se décide quand même à y aller. Ce la aurait été vraiment une grosse désillusion je pense. Avec un peu de chance et juste avant le début de la représentation nous trouvons trois places, je me retrouve ainsi au 3 ème rang, nickel ! Les gens sont tous très chics ce soir, je dois être le seul en jeans. Très belle soirée même si je ne comprends pas un mot du récit. 3 heures de spectacles, entracte compris : pas évident de garder l'attention constante. Ici on est loin de l'ambiance classe de l'opéra de Toulouse par exemple, ce sera Bounty pour tout le monde à l'entracte ! Applaudissements cadencés et polis de la salle, pas vraiment prestigieuse,  mais dans laquelle je passe un bon moment. Pas le plus haut niveau de chant rencontré mais c'est bien joué et Olga la soprano ne manque pas de charme. Les parents de Veronika me remercient pour cette soirée culturelle, comme si le visiteur poussait un peu les habitudes et forçait un peu à quitter sa routine.C'est sûrement vrai. J'espère que tout le monde y trouve son compte ! Nous passons ensuite le reste de la soirée à lire le livre d'art de Véronika, une vraie artiste internationale, qui a exposé à Prague, Bratislava, Metz, Toulouse,en Suisse...Impressionnant, d'autant que son œuvre est très compréhensible et très technique : beaucoup de portraits d'une grande qualité, des bustes sculptés et de l'abstraction parfois. Lida me montre aussi ce qui lui tient à cœur : les vidéos et les photos de son petit-fils de 2 mois, le livre de mariage de sa fille mais aussi nous parcourons sur Google Earth les Pyrénées à la recherche des sites qu'ils ont visités il y peu, à l'occasion d'une exposition de Veronika à St Béat . C'est amusant de parcourir ces montagnes que je connais si bien en faisant mon guide, depuis le milieu de la Slovaquie ! Très bonne soirée avec des gens attachants.

Jour 9:

Après un long somme de près de 10 heures je me réveille au son du piano, joué par Véronika,  qui s'est levée à 4 h du matin pour arriver le plus tôt possible chez ses parents. Nous partageons tous ensemble le petit-déjeuner dans la cuisine avec vue dégagée sur les autres immeubles mais l'image n'est pas si sombre qu'elle semble l'être. L'immeuble est silencieux, l'appartement est nickel et bien plus confortable que le vieil ascenseur ne laissait présager. Je ne sais pas vraiment ce que l'on va faire mais ils me proposent vite de partir à une cinquantaine de kilomètres de là pour voir les 2 grand-mères qui vivent à Bojnice, près du célèbre château. C'est une superbe occasion de passer un dimanche en famille dans un beau coin , en plus sous un très beau soleil!Pendant que Lida prépare un gros gâteau au chocolat nous partons en voiture avec Veronika et son père pour aller voir un calvaire au dessus de la ville. Au bout d'une route, une petite chapelle sans intérêt mais offrant une très belle vue sur la ville et sur les sommets. Enfin une belle journée et cela change tout. Veronika m'avoue et je la comprends que toutes les villes slovaques sous les nuages ont un côté très sombre et peu engageant. Aujourd'hui ce n'est pas le cas et voir enfin au loin me ravit. Quelques sommets sont bien blancs et je m'imagine déjà marcher dans la neige les jours suivants. Nous marchons alors sur les terres d'un monastère moderne, terres qui seront sûrement bientôt vendues pour offrir des belles maisons avec vue aux riches de la ville. 

 Au sommet d'une colline, les restes d'un bâtiment qui aurait du servir à faire le sommet de pistes de ski. De là-haut,  on aperçoit la ville et ses buildings et on s'imagine, surtout Peter, le temps où tout n'était que champ à perte de vue. Les discussions avec Veronika commencent en marchant, on est vite sur la même longueur d'onde, parlant d'entrée de ce qui nous touche, les relations humaines, les rites, la famille...Nous passerons la journée à réfléchir sur ces sujets,  autant dire que je me régale d'avoir une personne en face de moi aussi ouverte à l'introspection. Retour pour le repas puis nous partons en voiture, direction Bojnice. A l'arrière avec Véronika je me sens vraiment en vacances : en famille pour aller voir les grand-mères, rien de plus authentique. Le paysage sous le soleil est alors bien plus plaisant que d'habitude, les collines plus accueillantes.  Alors que la première grand-mère sera visitée, nous partons avec Véronika pour voir le château. Il est vraiment impressionnant mais fermant à 15 heures en hiver je n'en ferai que le tour. Entouré de douves, avec canards et cygnes blancs, il en impose et aurait sa place dans Dracula si transporté dans les montagnes.  Les locaux défilent avec enfants et poussettes et vont peut-être au zoo, tout proche de là. Nous achetons des sortes de gaufrettes locales à un prix dérisoire puis passons 2 heures à discuter sur un banc, au soleil,  puis dans le froid. La création, l'égo, les contradictions, le devenir, la perception..autant de thèmes qui me passionnent. 

On sent chez Véronika l'âme, la sincérité, la maturité d'une artiste hors norme. Le froid arrivant nous nous réchauffons dans un café en attendant les parents. Voilà une bien belle après-midi, sans rien vois ou presque, juste à prendre le temps de discuter. Un luxe. Nous rendons ensuite visite à l'autre grand-mère de 89 ans. J'ai adoré me retrouver dans cette petite maison avec tous les souvenirs forcément un peu désuets, les photos et l'ambiance d'une vieille maison de grand-mère. Autour d'une table elle nous sert le Doubichu du « Père Noël est une ordure », puis j'ai droit à la grosse part de gâteau et nous regardons les photos du petit fils qu'elle n' a pas encore vu. Je me sens bien plus intéressé par observer les photos du grand père décédé ( ruban noir sur le coin ) , les céramiques, les canevas au mur (œuvre du grand père) . Je me sens tellement transporté par l'histoire alors que la vue du gamin ne m'inspire rien. Il me parle d'un monde que je connais. Il aura bientôt un portable, le même jean que mes nièces et sera européen. Sans intérêt. Mais le grand-père ,lui, il m'intrigue. Je vois d'habitude ces photos dans des musées mais là le bonhomme en noir et blanc est dans sa famille, dans la vitrine d'une dame qui l'a sûrement aimé. Le lien est là, il n'est plus un anonyme et cela change tout. Il est comme vivant car encore vivant dans les souvenirs des gens présents autour de moi.Véronika m’amène donc à l'étage et me montre les photos de famille. Le jeune soldat qui est là aurait pu combattre mon pays pendant la 2ème guerre mondiale et je me retrouve là ,chez lui,  en tant de paix. Ce choc de l'histoire me bouleverse. Je vois un  diplôme de la mère de Véronika des années 70 avec le style typographique et un graphisme tellement russe de l'époque communiste.  Puis une photo de la famille de la grand-mère avec l'arrière grand-père et sa femme. Là  on arrive avant la guerre de 14 ! J'adore ces ponts temporels. La mamie qui est en bas a été élevée par un Slovaque né avec le début du 20 ème siècle. Quel voyage!La maison sent bon les souvenirs d'enfance de Véronika qui y retrouve avec plaisir les gros édredons que j'ai connus. On a pour la plupart en nous ces souvenirs des vacances chez les mamies, avant 15 ans. Qu'ils durent toute la vie et comme je conseille à Véronika : profite de ta grand-mère, c'est un bien précieux et rare. En bas cela mange , du sucré...et Véronika regrette ces rites où on doit se gaver de sucre . Moi je suis ravi par cette rencontre, entre les parents, l'oncle en sous-pull rouge, les canevas,  et la grand-mère. Un vrai bol de Slovaquie d'avant l'uniformisation. Les parents vivent comme moi mais il reste chez les mamies des racines temporelles à la saveur éphémère dont je suis un des derniers à pouvoir profiter. Sur le chemin du retour ils m’emmènent à Hronsek , ultime attention, voir une église en bois montée sans clou, un patrimoine historique rare que nous observons à la lueur d'un porte clé. Tous crevés, nous rentrons et ne tardons pas à sombrer. Pas de repas pour moi ce soir.Trop de sucre à éliminer. Une journée géniale, la plus marquante du séjour. Authenticité et dépaysement. Une réussite totale. Et des gens vraiment charmants.

RUZOMBEROK

Jour 10:

Après un plaisant  petit-déjeuner dans la toujours très accueillante famille, je dis au revoir à ma chambre, aux sculptures et aux peintures. Lida et Veronika m’amènent très gentiment à la gare des bus où je vais rejoindre  Rozumberok, une ville à 1 h de route au nord . Le temps est encore beau et je profite du paysage de plus en plus montagneux au fur et à mesure que l'on se rapproche du sommet de la route où se situe une assez importante station de ski : Donovaly. Pas mal de monde, mais pas beaucoup de neige hors des pistes. Cela a l'air assez moderne. La route ne m'inspire pas beaucoup d'émotions, quelques collines enneigées parfois mais ce n'est pas du grand spectacle. Arrivé sans fatigue à la gare de Ruzomberok, je suis attendu par Olli, un ingénieur finlandais de 28 ans, qui m'accueille pour les deux prochaines nuits.Il travaille ici sur un projet de construction d'une usine. Nous partons déjeuner dans un bon petit restaurant passant de la musique française à des prix incroyables  ( 3, 5 euros la soupe, le plat et du jus de fruit à volonté). Il habite dans une sorte de condominium de luxe composé de chalet genre nordiques dans un petit village à l'écart de la ville : Liptovska Stiavnica. C'est très confortable et vraiment chaleureux. Nous parlerons longuement des avantages de la vie d'expatrié. Je vais cette après-midi partir depuis son village marcher vers les montagnes environnantes, plein sud. Erreur, ce sera sans intérêt. Le sentier démarre bien mais je me retrouve vite sur des pistes forestières remplies de neige et de gadoue, raides et sans aucune vue. C'est de la marche forcée, sans balisage et je ne sais pas où cela me mènera. Je fais demi-tour au bout d'une heure et demi, un peu déçu mais satisfait par un peu d'exercice physique. Bonne soirée à discuter avec Olli autour d'un bon repas, devant un feu de bois.

Jour 11:

Alors que Olli est déjà depuis quelques temps au travail, je quitte la maison tranquillement autour de 10 h pour partir marcher dans les environs. Le temps est prometteur, un peu de brouillard mais le ciel bleu est derrière. Je pars léger, laissant ma grosse parka à la maison. Ce sera un bon choix tant la journée sera belle. Au dernier moment je choisis de ne pas prendre le bus qui devait m'amener en ville et choisis de partir  sur des petites pistes vers le but de ma journée : le petit village classé par l'Unesco de Vlkolinec. Le sentier n'est pas difficile à trouver mais il est boueux et longe une sorte d'usine. Les vues sur les montagnes commencent à se dégager et j'aperçois déjà bien les Hautes Tatras. On dirait les Pyrénées en moins large, le massif ne faisant que 26 km de long.Et puis cela empire un peu, au dessus du village de Ludrova vers le « Sedlo Biela Put ». Je remarque d'abord vers ce « petit col » une sorte de carrière avec un trafic de camion. Puis dans les champs pas mal de déchets, une patte de vache(!), une grille avec une toison de mouton, la patte étant comme coincée dans la grille. En fait je randonne vers un col entre une carrière et une décharge. Arrivé au sommet de la route j'aperçois une voiture avec 4 gars dedans. A peine l'un deux me voit-il qu'il replonge dans sa voiture et me montre à ses camarades. Pas bon du tout. Je me sens devenir le gars qui va se faire plumer. Ils démarrent la voiture et font 5 mètres de plus, moi je n'ose pas les dépasser et suivre ma route normale, je reste alors à faire le curieux devant les tractopelles. Le gars m'interpelle et forcément se rend compte que je suis un touriste. Il me demande depuis sa voiture du feu...comme si les gars qui venaient traîner ici pour fumer en manquait. Bref ambiance un peu angoissante, au bord de la décharge avec des gars louches. Je fais demi-tour et contourne le dépotoir par le Priechod, petite colline proche et en pressant le pas. Un renard mange dans les déchets, je vois 2 cervidés mais je ne suis pas vraiment dans l'ambiance sereine d'une sortie naturaliste. Un peu plus bas je rejoins une route qui mène à une sorte de station d'épuration puis à une route secondaire. Je me sens revenir à la civilisation accueillante mais quelle idée d'avoir choisi ce trajet. 

A l'origine je voulais le faire pour rentrer, je m'imagine ici à la tombée de la nuit ! Glauque. Arrivé au village de Biely Potok , je me ravitaille un peu puis attaque une montée bien raide suivant un panneau « Vlkolinec ». L'arrivée dans le village se fait pour moi par la rue de l'église et son petit cimetière au pied du Sidorovo que je gravirai plus tard. Le village est charmant, avec ces vieilles maisons en bois et ces mamies qui lavent dans une sorte de rivière-rigole qui coule au milieu de la rue centrale. Je suis même surpris d'en voir autant , et sans être du folklore ! L'entrée principale du village près du parking est payante, un peu dommage mais ils n'ont qu'à grimper à pied comme moi ! Une des maisons propose une version musée de l'habitat de ces gens. On y retrouve le lit, le métier à tisser, les pantoufles etc...C'est assez bien fait. A côté une petite boutique de souvenirs, déserte. Il y a bien sûr quelques touristes mais cela ne fait pas encore parc d'attraction, il faudrait voir l'été. Je quitte l'endroit  pour me rendre vers le Sidorovo (1100 m) qui surplombe le village. Le sentier est d'abord simple jusqu'à une sorte de col d'où je vois la station de Malino Brdo avec son manque de neige, ses skieurs courageux et sa sono trop forte. De là je monte droit par un sentier abrupt vers le sommet du pic. Quelques petits cailloux permettent des haltes panoramiques au milieu de cette forêt assez méridionale sous le soleil. J'arrive enfin au sommet , où la neige demeure versant nord. Pas vraiment de vue à 360°  mais vers l'est tout se dégage sur Vlkolinec, la vallée et le village où je dors et au loin sur les Hautes Tatras. Je suis tout seul et le resterai jusqu'à la fin. Le sentier du retour oscille sur la crête et n'est pas toujours de tout repos ou alors est-ce moi qui suis un peu fatigué. Je le suis, par manque de motivation et par une alimentation peu énergétique je pense. 


J'arrive finalement vers un Calvaire en bordure de Ruzomberok avec de belles vues sur l'immense complexe industriel . Un double petit téléski semble abandonné dans les parages, il figure pourtant sur le plan des pistes. Il y a dans ce pays un tas de micro-stations de ski un peu partout : une pente et une colline et hop ils placent un téléski.  Un petit tour sur la place historique de la ville, passable sous le soleil, par la rue piétonne pas très folichonne puis, fatigué, je prends un taxi pour rentrer (luxe à 7euros 50) . Une journée mi-figue mi -raisin avec un départ un peu triste, de belles choses ensuite mais quand même : il manque quelque chose. Je ne prends pas ici autant de plaisir que dans mes sorties en Lozère ou dans les Pyrénées.  La partie montagne n'est pas pour l'instant au niveau de mes attentes et les jours avançant je n'attends plus trop de véritable émerveillement de ce pays. J'imaginais la montagne Slovaque bien plus sauvage et reculée, du genre fin fond de l'Albanie. Pour l'instant un voyage en moyenne assez décevant, qui ne répond pas à mes attentes et à mes besoins du moment. Je verrai à l'heure du bilan. En attendant je passe une bonne partie de la fin d'après-midi sans bouger du canapé, vraiment fatigué. Olli m'emmène ce soir dans une sorte de gros chalet qui pour moi pourrait être scandinave mais qui semble être typiquement slovaque. L'endroit est clean et classe et ne choquerait pas à Megève. Des familles de skieurs, une grande cheminée centrale, des rondins de bois un peu partout et surtout une très bonne cuisine. Soupe à l'ail, schnitzel et frites, je me régale. Nous finirons la soirée à rêver ( pour moi) et à expliquer (pour Olli)  à propos de la Finlande et de ces refuges gratuits au milieu de nulle-part.Le genre d'endroit où je passerais bien une semaine avec ou sans les potes.

Deuxième vidéo du voyage: les villes de Banska Stiavnica, Banska Bystrica et une randonnée autour de  Vlkolinec. 

STEFANOVA ET LES MALA FATRA

Jour 12:

J'avais le choix ce matin, me lever très tôt et galérer pour rejoindre ma prochaine destination ou alors attendre qu'Olli  vienne me chercher dans les environs de 11 h. Souhaitant garder le rythme tranquille de ce séjour,  je vais choisir la version longue...pour le sommeil. Je quitte ce bien bel endroit ( le chalet ...pas la ville) et nous prenons un dernier repas ensemble dans un hôtel qui ne paye pas de mine mais qui va m'enchanter pour sa cuisine. Je me retrouve avec ses collègues, très typés finlandais, calmes voire tristes, dans une salle avec service assez classe. Menu à 3 euros 80 avec soupe, très bon poulet aux champignons et un gâteau en dessert. J'hallucine ! Pour à peine plus que le prix d'un sandwich de supermarché on a là un vrai repas dans un bon restaurant. Les collègues ne seront pas bavards et encore , d'après Olli, aujourd'hui ils étaient dans un bon jour. Je ne peux m'empêcher de supposer  qu'ils pensent à leur home sweet home. Tous ses expats qui bossent dur loin de chez eux ...à quoi rêvent-ils ? 

Eux avouent aimer se couper de l'usine pour faire la pause déjeuner et se retrouver dans ces endroits un peu classe pour un peu se sentir ailleurs, voire chez eux. Olli me laisse à la gare , je me rends à Zilina puis par bus à Stéfanova, porte des randonnées dans le parc de Mala Fatra. La ville ici fut n'est pas très excitante mais sous le soleil et avec le sympathique Olli et ses habitudes confortables, j'ai passé un bon moment. Le trajet en train est pour une fois assez agréable avec de belles vues sur les montagnes sous le soleil. De la neige sur les sommets mais on est loin de l'ambiance hivernale. Arrivé en début d'après-midi dans le village de Stéfanova je trouve ma petite pension bien sympathique, Penzion Starek. A peine les affaires déballées que je fonce dans la montagne avant la tombée de la nuit. 

Le paysage depuis le village est très beau avec ce gros pic rocheux du nom de …..qui surplombe le coin. Une fois sur le sentier c'est vite très agréable. Arrêt à la petite cabane de Podziar qui doit servir en été de buvette et qui indique  le début d'un parcours dans des gorges assez mémorable. C'est d'abord très ludique de monter et descendre ces échelles, de passer ces ponts en acier, d'éviter les plaques de glace, de se pencher dans les passages étroits. Un vrai parcours « aventure » vraiment agréable et dépaysant. J'adore. Par moment je me sens vraiment isolé, pas un bruit  et j'ai même parfois des visions qui me rappellent la Colombie Britannique. Ici aussi il y a des ours et même si l'échelle spatiale est réduite il y quelque chose de nord américain dans ce périple. Je remonte la gorge par un autre chemin , passe par une belle forêt silencieuse et apprécie vraiment la balade. Un très beau coin donc, accessible à tous et enfin un parcours où je peux dire « ouah ! ».De retour au village je me promène un peu au milieu de ces belles maisons en bois dont certaines servent de pension. Des poulets parfois dans les jardins, plus souvent des chiens, et beaucoup de bois partout, en tas ou bien alignés sur des hauteurs considérables. Très bel endroit de séjour et  je vais me relaxer sans difficulté.  Soirée tranquille, je prends mon dîner à 18h45 ( limite avant la fermeture) et  remarque le service un peu trop rapide. La soupe bouillante servie et on t'apporte juste après le plat de pâtes qui refroidit. A peine un plat ou un verre étant fini qu'on vient te débarrasser, meilleur moyen pour ne pas s'attarder à table et pour manger en 20 minutes. Soirée à lire et je me regarde même « Garden State », culte, bien confortablement installé  dans mon lit. Dehors...pas un bruit.

Jour 13:

Après un gros petit-déjeuner à base de fromage, salami et jambon je pars vers 9H15 pour ma grande randonnée dans les Mala Fatra. Temps un peu nuageux et crêtes accrochées. Je prends pourtant le risque de partir sans veste. Tee-shirt, carline, Ulfrotté et un pull au cas où. Cela passera, limite, avec le vent. Je commence du village ( 650 m) par monter vers le Na Gruni (989 m) par une large sentier en forêt sans difficulté . Sur le Na Gruni il y a un chalet buvette  et quelques remontées mécaniques qui par manque de neige ne fonctionnent pas. L'ensemble fait partie de la station de Vratna. L'endroit et assez joli et les pistes assez raides. J'en remonte une d'ailleurs vers le Poludnovy Grun (1460m). C'est raide et sur la fin la neige ralentit pas mal ma progression. Au sommet, l'ambiance change. Avec le vent froid et le givre le paysage devient plus hivernal. La vue est assez belle mais ce sommet n'est qu'une sorte d'antécime sur une crête. Je longe cette crête vers l'est en direction du Stohové Sedlo (1230 m), un col bien sauvage en cette saison, au pied du pic de Stoh. J'hésite un moment mais le sommet étant dans les nuages et n'ayant pas trop de marge niveau protection contre le froid je préfère couper par une raccourci, même s'il est fermé ( panneau « STOP »). 

 Il est vrai que  ce n'est pas un sentier facile. Les pentes sont abruptes et le sentier , à  flanc de montagne , est très exposé et coupe plusieurs couloirs d'avalanches. Heureusement, la neige est molle et je me sens en sécurité mais avec un peu plus de froid et les mêmes  pentes glacées, ce ne serait vraiment pas raisonnable sans piolet et crampons. L'ambiance est ici bien hivernale, et je chemine gaiement au milieu des troncs enneigés, tout seul, avec un certain sentiment d'isolement. 

J'arrive au col de Medziholie (1180 m) , au pied de la montagne la plus belle du coin:le Velky Rozsutec. L'endroit est très beau et le pic à fière allure. On peut le rejoindre par un sentier escarpé qui semble fermé ou du moins déconseille en hiver. Je vais faire le tour de cette montagne en rejoignant le col Medzirocsutec ( 1200 m) par un sentier à flanc dans une forêt enneigée. C'est assez joli et comme partout ici, bien balisé. La vue sur le Maly Rozsutec est très belle. 



C'est un pic qui me fait penser à celui de rencontre du 3ème type. C'est très beau et avec le soleil, les arrêts au calme sur les rochers sont très agréables dans ce silence total. La suite est très excitante, je redescends les gorges aperçues hier, dans leur partie haute,  par une sentier très original. Suite d'échelles, de ponts, de câbles, de pitons dans le rocher....C'est vraiment limite avec le gel car le sentier est bien souvent une véritable patinoire et les chutes seraient  ici très douloureuses. Je m'éclate vraiment à cheminer entre ces parois étroites, à longer les cascades de glace, à ressentir un léger vertige parfois. Il faut faire attention très souvent mais quel pied ! Sur la fin le sentier rejoint de très beaux sous-bois puis le site de Podziar, d'où je n'ai plus qu'à redescendre tranquillement vers le village. Presque 7 heures de marche pour l'ensemble, sans beaucoup d'arrêts et quelques fruits secs et une barre chocolatée pour repas. C'est un très beau circuit avec un début classique, de très belles montagnes et un fin dans les gorges vraiment originale. Je crois avoir de la chance de profiter d'un hiver sans neige car le sentier n'est pas du tout évident par endroit et bien exposé. Bonne journée, bonne fatigue, chaussures trempées, boue un peu partout et léger coup de soleil sur le visage. Repas vers 18h45 puis soirée tranquille à regarder en streaming un classique du rire «  The 40 years old virgin ». Dehors...toujours pas de bruit.

Troisième vidéo du voyage: dans les montagnes de Mala Fatra pour 2 belles randonnées dans lesgorges ou sur les crêtes herbeuses. 

ZILINA

Jour 14:

Je quitte ce matin le joli village de Stefanova avec une certaine nostalgie. Au pied des montagnes, avec l'odeur de feu de bois et un  calme quasi absolu,  c'est vraiment un endroit comme je les aime. Je monte dans un taxi privé, un peu surpris et malgré moi. C'est le double du prix normal et le bus normal passera  peu après. Cela me rappelle les voyages en Inde ou en Afrique où les conducteurs privés vous assurent à chaque fois que leur van est le seul pour effectuer le trajet. Là il n'y a aucune arnaque mais j'ai pris simplement l'express privé. L'avantage est qu'il passe d'abord par le fond de la vallée de Vratna, me permettant ainsi de voir le véritable pied des pistes de la station . Pas mal de monde sur le parking et une belle piste enneigée artificiellement  et qui contraste avec la verdure ambiante. Une fois à Zilina, dernière étape de mon séjour, je rejoins vite la place historique, Namestie Marianske où j'ai rendez-vous. Le centre ville est assez agréable et la vieille place sous le soleil est charmante. Pas au niveau de nombreuses autres place des pays de l'est ou du nord de l'Europe mais pas laide et assez homogène avec ces maisons bourgeoises parfois colorées et ses nombreuses arcades. J'y patiente sur un banc, lisant Krishnamurti et observant les locaux occupés à dormir, à discuter ou à promener leurs enfants.  Tatiana, ukrainienne, m'accueille chaleureusement  et me propose de poser mon sac chez elle avant de partir visiter la ville. C'est une volontaire de Crimée qui donne des cours de swing et participe aux activités d'une association de la ville. 





Elle partage son appartement avec une artiste peintre un peu glauque, qui restera cloîtrée dans sa chambre, ne laissant comme carte de visite que ses peintures très très sombres. Tania m'emmène alors voir l'une des rares attractions (légère) de la ville, le château de Budatn. Le chemin pour y aller longe la voie ferrée, des bâtiments industriels désaffectés et une rivière sans grand intérêt. Le château en lui-même ne m'inspire aucune émotion particulière. Parc quelconque, donjon blanc qui semble bien neuf, sculpture dans le parc ...cela ne vaut pas le voyage. De retour en ville nous finissons rapidement le tour guidé, par quelques rues, quelques bâtiments soviétiques, rien de bien folichon. Par chance il y a en ce 28 février un carnaval en ville ce qui va apporter beaucoup d'animation. Après un repas dans un restaurant assez traditionnel ( 1 slovak pub) , en fait la même chaîne que celui où j'avais mangé à Bratislava et toujours ces bons menus à moins de 4 euros, nous nous rendons sur la place où les enfants déguisés dansent et chantent sur scène. Un bonhomme masqué est lancé du haut du clocher de l'église et descend en « volant » accroché à un câble. Une tradition que l'on retrouve ailleurs en Europe. La procession arrive. 


​Les costumes sont remarquables ; groupes  d'hommes coiffés de masques de genre indien mais slovaques  fait avec de nombreuses plumes voire des animaux empaillés entiers  et portant à leur ceinture des grosses cloches qu'ils secouent en cadence dans un sacré vacarme. Beaucoup de gens déguisés, des vendeurs dans des cabanes en bois, des danses et des chants sur l'estrade, le roi et le reine du Carnaval....bref un bien beau mélange terni par la pluie. Prenant froid par les pieds je me réfugie dans un des 2 grands et modernes shopping centers, face auxquels nos galeries de Toulouse ou de Bordeaux font un peu désuètes. Comme toujours ces endroits aseptisés effacent les frontières et il est difficile de savoir dans quel pays on est. Ce sont les premières taches visibles de l'uniformisation  qui s'étale.  Les gens auraient-ils tous les mêmes goûts ou les mêmes envies ou serait-ce la victoire absolue d'une trentaine de marques sur notre subconscient d'acheteur? Un petit tour encore à observer le spectacle sur la grande place puis nous rentrons et discutons un long moment sur l'Ukraine et la Crimée, but d'un futur voyage, quand la situation se sera calmée. Je l'accompagne ensuite à son cours de danse, malheureusement annulé, à cause de nombreux absents. Nous finirons la soirée dans un pub où se déroule un concert électro-jazz. Ambiance jeune, avec look barbus, casquettes et bières. Je ne me sens pas forcément très à l'aise au début mais la musique est bonne et je vais passer une bonne soirée, oubliant que je suis le doyen de la salle.  Une étape sympathique, pas le genre d'endroit où l'on reste mais l'accueil chaleureux de Tatiana et tous ses efforts pour m'occuper m'ont fait passer un bon moment dans cette ville de Zilina. J'étais là pour une rencontre et non pour des monuments, donc bien en accord avec mes attentes.

PRAGUE


​Jour 15:

Réveil vers 7h30 secoué par Tatiana qui craint mon sommeil profond, petit-déjeuner partagé  puis  une petite course pour attraper mon train pour Prague. Ce fut moins une ! Le trajet de plus de 5 heures passera assez vite. J'observe les cervidés dans les champs, vois un nid de cigogne sur un poteau électrique, suis le fil et arrive à une grosse centrale près d'Ostrava, compte les bâtiments délabrés (et il y en a!), suis sur l'écran notre vitesse ( plus de 14O km/H) et termine mon livre de sagesse Krishnamurtienne. Arrivé à Prague je m'offre un petit pèlerinage express vers la vieille ville. Le sac sur le dos et à fond,  je bas le record officiel tenu par un japonais et visite la ville en 1h03 ! J'attendais de retrouver l'émotion que j'avais eue en 2006, lorsqu'au pied du Pont Charles, un soir, j'avais appelé ma famille en leur sommant de venir, ce qu'ils avaient fait. Je vais vite déchanter. Ce qui me dérange  d'abord : le monde ! Prague en février, un samedi sous le soleil...c'est suivre des hordes de touristes et leurs appareils photos. Les guides sont en rouges fluos, certains sont même sur des engins à deux roues électriques. La cohue générale me fait penser à ce que doit être Venise en saison. Ou alors est-ce le contraste criant entre cette capitale et le reste de mon séjour, dans des coins très tranquilles ? Premier passage à reconnaître, l'avenue Venceslas et le gros musée tout en haut. Je remarque que l'hôtel Europa est fermé, couvert de panneau en bois. C'était il y a 10 ans un endroit à voir.

 Arrivé au Pont Charles c'est pire...trop de monde, j'étouffe. Et partout ces gens qui proposent leurs services, les souvenirs  dans les vitrines s'entassent et je me sens suivre un parcours établi, suivant les pavés lustrés par les pieds de l'homo touristicus. Rien de magique. Je reconnais avec joie le bruit du feu rouge lorsque les piétons passent puis m' « aventure » en suivant le flot dans la rue menant à la grande place de l'horloge. Par ci par là je vois qu'eux aussi ont succombé à la mode de ces statues. Sur un banc, accrochées en l'air, ce sont vraiment des attrapes touristes ! Un rituel de plus à accomplir sans réfléchir. Poser ...comme tout le monde. Simplement.  De pire en pire. Autocollants Trip advisor, Wi Fi, souvenirs cheap...Et partout ces mendiants qui laissent un goût amer. Je me souviens vraiment de la baffe donnée par un sbire et son mafieux à un de ces quémandeurs qui n'avait pas du rapporter assez d'argent. Ici la technique est odieuse. Ils s'agenouillent et enlacent leur chien ; stoïque. Cela sent vraiment l'exploitation de ces pauvres gens. Et puis tous ces mîmes, ces hommes statues qui polluent le paysage, ces rabatteurs qui vous poussent dans leurs restaurants, ces infirmes qui jouent un instrument...Quel cirque ! Quelle mafia gère tout ça ? Je regarde mes pieds et fonce! Petit passage émouvant devant un petit autel improvisé avec les photos des morts de Maïdan. Je slalome entre les distributeurs de tract, les affiches de soirées Strip Tease et fuis vers la place de la République. Je passe devant l'hostel Ritchie’s où je dormais avec Thierry . C'est aujourd'hui je crois un magasin de Lego et de toute façon je n'aurais plus du tout envie de dormir là. Assurément.  Ne trouvant pas mon bus je repars en urgence vers la gare, clos la boucle et attrape en courant mon bus express pour l'aéroport. Quelle déception ! Mais où donc la magie de ma dernière visite ici ?  On dit souvent en voyage de ne pas repasser aux endroits que l'on a découverts, serait-ce donc vrai ?  Ici le cirque touristique est à son comble, les couples se tenant la main se succèdent en file indienne et  les zooms sont de sorties pour occuper les reporters en herbe. Et nous ne sommes qu'en février ! Quel contraste avec l'ambiance des villes hanséatiques par exemple où tout était calme et poétique. Peut-être venir en novembre et sortir quand les masses sont à l'hôtel ? La ville est certes magique par ces bâtiments et sa richesse historique mais comment résoudre le problème de l’autre touriste qui en profite en même temps. L'aéroport de Prague quant à lui est remarquable : grand, neuf, calme, nickel. Le retour se fera sans problème, par Munich, avec tout le confort habituel de la Lufthansa.

LIEN VERS L'ALBUM PHOTO

CONCLUSION

Première conclusion ; je n'ai pas vécu en Slovaquie un voyage des plus mémorables. Est-ce le contre coup évident qui survient après mes deux derniers voyages à l'étranger très marquants, sur mon vélo, ou aux Philippines, mais là l'ensemble paraît un peu fade à côté de ces deux sommets d'émotions de l'an dernier. Il y a eu aussi depuis ces deux semaines au bord du lac de Loudenvielle, cette semaine magique en Lozère pour le jour de l'an. J'ai comme l'impression qu' une petite rupture s’est déroulée  dans ma tête depuis un an. Je me rends compte qu'en ce moment, être seul dans la nature, avec mes livres, gardant du temps pour être un peu créatif est ce que je recherche. Comme si le temps passé en Slovaquie n'était pas utilisé à bon escient, comme si il y avait des choses plus importantes à réaliser.

Le voyage n'est pas raté, pas du tout, mais il est juste ...bien...je pense. Il faut être clairvoyant, lucide et non pas toujours associer le mot génial à ce que l'on vit. Il y a eu de très bons moments, je pense à cette journée dans les montagnes des Mala Fatra, la  visite de Banska Stiavnica, le séjour dans la famille de Veronika,  l'exposition Saudec à Olomouc et toutes les autres  rencontres, Olli le finlandais, Tatiana l'ukrainienne, Jitka et ses colocatrices à Olomouc.

Je dirai qu'il manque l'effet de surprise et que le poids des ans est passé par là. J'avais découvert les pays de l'est en 2006, en république tchèque et j'avais adoré la richesse culturelle du pays et le dépaysement. Ici 9 ans plus tard, après un passage à l'euro, les choses ont bien changé et il est difficile de trouver ces gens si différents de moi. Le pays est bien modernisé et moins de choses attrapent mon regard. A la recherche des différences, je me sens parfois un peu déçu.

La capitale Bratislava n'est pas aussi charmante que Prague ou Tallin. Il aurait fallu un peu de neige dans ces campagnes  ou sur les pavés pour apporter un peu de magie.

Peut-être aussi que le voyage a été un peu trop précipité, je devais partir en Ukraine, tout mon esprit était là-bas et la Slovaquie  a un peu servi de roue de secours, sans beaucoup d'envie.

Il reste le plaisir toujours vivant  de circuler avec son sac à dos, d'arriver dans de nouvelles villes, de découvrir des habitants, le simple plaisir de  se déplacer d’un endroit à un autre.

 

LE POUR : la simplicité des déplacements, le côté tranquille, hors saison, l’accueil des locaux, le cout de la vie.

LE CONTRE : le manque de dépaysement, la pluie la première semaine, l’euro, le sentiment de déjà-vu, le manque de sites majeurs