WEST HIGHLAND WAY et ÎLE D'EIGG
Pourquoi l'ECOSSE ?
Depuis notre mémorable visite de l’île d’Arran, nous étions sûrs de revenir en famille en Ecosse. J’avais proposé d’abord l’île de Skye mais la popularité de l’endroit nécessitait une organisation fortement anticipée pour les locations ce qui est difficile à faire avec les choix de dernière minute de nos Bordelais. Je pensais alors à l’île de Lewis et ses plages magnifiques. Mais un contretemps, la suppression d’une des deux semaines de vacances de Thierry, par son patron peu regardant, rendait ce voyage trop compliqué à organiser. Je devais trouver un séjour exaltant dans les environs de Glasgow pour la première semaine. J’ai alors pensée à la West Highland Way, le plus célèbre sentier de randonnée d’Ecosse, qui serait un bon challenge pour les plus jeunes et les plus anciens du groupe et aussi une première sur une randonnée en itinérance pour d’autres. Il serait aussi l’occasion de partir en vacances sans voiture, ce qui procure une toute autre ambiance. J’ai ensuite rajouté pour la deuxième semaine un petit séjour sur une île, Eigg, pour avoir des vacances variées, alliant montagnes et rivages, marches et séjour.
PLAN DU VOYAGE
Voyage en famille , avec Annie, Caroline, Thierrry, Alice, Cléa et Jamila du 7 au 21 avril 2018.
Notre ville d'entrée et de sortie sera Glasgow.
Nous allons d'abord rejoindre le départ du sentier à Milngavie, une petite ville tranquille de la banlieue de Glasgow. Ensuite ce sera plein nord pour 8 jours , à pied, jusqu'à atteindre Fort William. De là nous prendrons le train pour rejoindre Mallaig d'où nous prendrons un ferry pour l'île d'Eigg. Nous y passerons 4 nuits avant de reprendre le ferry puis le train jusqu'à Glasgow.
PERIODE :
Au niveau du climat, le mois d'avril est toujours pour moi une très bonne saison pour visiter l'Ecosse. Les touristes sont plus rares, les hébergements sont plus disponibles et moins chers qu'en saison, les midges sont absentes, la neige est encore là sur les sommets et sur les sentiers et il ne pleut finalement pas tant que ça.
Il faut savoir que la West Highland Way devient très fréquentée dès le mois de mai, il peut être alors difficile de trouver un hébergement en dur à bon prix.
Pour en savoir plus sur le climat et les bonnes périodes , voir sur le site de quand partir sur l'Ecosse.
NIVEAU :
Moyen
Pour peu que vous parliez un peu anglais il est aisé de voyager dans ce pays. Et même dans le cas contraire je suis sûr que les Ecossais pourraient facilement vous aider. Le paiement est en LIVRES ECOSSAISES. Attention, la monnaie venait de changer lors de notre voyage et nous avons du trouver une banque pour convertir facilement et gratuitement nos vieux billets et nos vieilles pièces.
Le système de transport est très bien fait et ponctuel, les gares modernes, les horaires affichés un peu partout. Il est facile de réserver en ligne les taxis ainsi que les billets de train.
Pour trouver un hébergement ce fut une sacré organisation car nous étions 7 . J'ai passé pas mal de temps pour trouver à chaque étape de la randonnée un hébergement en dur. Sur l'île d'Eigg, ce fut plus simple. Je me suis beaucoup servi des sites de portages de bagages et bien sûr de Booking.com.
Niveau physique, il faut aimer marcher et être un peu endurant. Le sentier n'est pas difficile, moins de 5000 m de dénivelé sur 8 jours et une trace au sol très souvent confortable à suivre. Il reste que les pieds peuvent souffrir un peu pour les débutants. Nos plus grosses étapes montaient à 9h30 quand même pour environ 24 km au maximum. L'ascension du corbett en route ne nécessite aucune compétence particulière. Faire le même sentier avec des sacs et un temps pourri serait beaucoup plus difficile c'est sûr. Nous avons opté pour le portage des bagages. C'est une option que je recommande à tous. Pour environ 30 livres nous avions nos sacs enlevés et livrés le soir à notre prochaine étape. Nous avons croisé un tas de randonneurs à la dure. Ils sont arrivés bien plus fatigués, forcément.
Sur l'île d'Eigg, les sentiers sont moins marqués que sur la WHW. On fait souvent du hors sentier même. Mais rien n'est bien difficile dans ce qu'on a fait. On peut trouver du pénible mais on peut aussi l'éviter en grande partie.
Niveau hygiène, pas une seule alerte de santé. C'est l'Europe moderne, rien à ajouter.
Aucun sentiment d'insécurité .
HEBERGEMENT ET BUDGET (2018) :
Le voyage m'est revenu à 920 euros pour 14 jours ( 110 euros d'avion ,810 euros de logements, de visites, de nourriture et de transports sur place ) . Nous avons dormi tous les soirs en dur, la plupart du temps en prenant les formules les plus économiques, tout en évitant les dortoirs communs. Le rapport qualité prix est je trouve très bon. On est quand même un peu au nord de l'Europe où tout est assez cher.
Le prix des chambres nous revenait de 20 à 50 euros par nuit et par personne, avec le petit déjeuner qui est un vrai repas pour les plus chères. Elles étaient souvent confortables: BNB, hôtel de chaîne, hostel, huttes. C'est une grosse part du budget.
Sur les transports, nous avons opté pour le taxi depuis et vers l'aéroport. A 6 ou 7 c'est très rentable et vraiment confortable. Environ 30 à 35 livres pour rejoindre Glasgow ou sa banlieue. Nous avons aussi pris le train 3 fois; une fois pour un seul arrêt, une autre pour Fort William-Mallaig et enfin un Mallaig-Glasgow. Pour la distance , je ne trouve pas cela si cher. 40 euros par exemple pour un Mallaig-Glasgow pour plus de 5 heures de train panoramique. Nous avons enfin pris le ferry pour l'île. 8 livres l'aller-retour.
Pour nous nourrir, on faisait nos courses dans les supermarchés ou dans les épiceries. Le soir ils bradent les denrées en dates courtes. C'est l'occasion de manger pour quasiment rien. Pour moins d'une livre nous avions souvent un repas complet. C'est vraiment un système très économique. Nous avions aussi, dans nos sacs, apporté beaucoup de provisions sucrées de France. Il y a ensuite les petites épiceries, forcément plus chères.
Les petits déjeuners offerts étaient très copieux et nous tenaient une bonne part de la journée . Pas très fruité le Scottish mais cela fait partie de l'ambiance.
Pour les restaurants, on a bien mangé à la station de ski de Glencoe, sur l'île d'Eigg ou à Mallaig. Les prix sont raisonnables et pas plus chers qu'en France.
Pour préparer ce voyage j'ai utilisé :
Pour la météo:
- les sites Snow Forecast et Mountain Forecast.
- le site officiel de la météo montagne écossaise.
- le site officiel de l'île.
- le site des Small Isles.
- le site Scottish Citylink.
- le site Rome2Rio , toujours très pratique pour s'organiser.
- le site de notre transporteur de bagage: Go Haggis. Très sérieux.
- le site officiel de la West Highland Way. Très bien fait et une mine d'informations.
LA WEST HIGHLAND WAY
Un vol direct pour Glasgow depuis Carcassonne où nous avons failli perdre la famille Bressant-Souyri à cause d’un problème de voiture de location, un aéroport bien décoré nous mettant déjà dans l’ambiance, des douaniers sympathiques, un taxi personnel et réservé qui nous conduit à une banque Barclays et devant nos logements respectifs. Nous sommes à Milngavie, nous loin de Glasgow. Nous passerons la fin d’après-midi à nous promener dans le centre-ville, profitant du calme d’un samedi après-midi dans la rue centrale quasi déserte après la fermeture des commerces. Pas grand-chose à voir, si, un escalier à saumon. Les courses seront agréables. En soirée beaucoup de produits sont bradés dans les hypermarchés. On mangera vraiment pour 3 fois rien, sur un bout de moquette dans notre chambre. Roger Moore et 007 à la télévision. Nous sommes dans l’ambiance.
Jour 1 : Milngavie-Drymen 12 miles (6h45)
Dans notre BNB, Best Foot Forward, des anglais, des américains, tous là pour marcher. Notre hôte est comme on l’imagine, âgé et classe. Sa maison est kitsch avec ses porcelaines près de la fenêtre et le petit déjeuner est bien copieux. Nous laissons nos lourds sac (120L Décathlon de 20 kg pour ma mère et moi, longue-vue et trépied oblige) devant la porte. Go Haggis, une entreprise spécialisée qui était venue nous chercher aussi à l’aéroport, va nous le transporter jusqu’à Fort William pour 30 livres. Quel confort ! Il suffit juste de remplir nos arrêts et de poser les sacs tous les matins là où on dort. On les retrouve le soir à l’étape. Nous partons à 9h30 depuis le centre de la petite ville de Milngavie, banlieue de Glasgow. Impossible de manquer le départ : un grand portique avec marqué dessus « WEST HIGHLAND WAY », des bancs au même nom, des panneaux et même un obélisque devant lequel tout le monde pose avant de partir. Beaucoup de groupes défilent ainsi devant nous : promeneurs du dimanche, trailers, cyclistes et randonneurs bien sûr. On a l’impression de démarrer une aventure, un sentier qui compte, ce qui est un première pour moi tant mes expériences passées en Ecosse étaient marquées par l’anonymat : pas de sentier, pas de balisage, le rien. Ici on est dans une organisation très rodée et aussi très agréable. Il y a même la possibilité de faire tamponner un passeport comme sur le sentier de St- Jacques-de-Compostelle. Des panneaux indiquent régulièrement des faits historiques et niveau balisage, impossible de se perdre. Nous commençons par longer un ruisseau, sur un terrain facile et relativement plat. Ce n’est pas sauvage mais tout le monde est excité et content de démarrer. Après tout le travail de préparation, voilà enfin le temps de la marche. Nous longeons un lac puis redescendons un peu vers une grande route que nous longerons un moment. Déjà les collines proches montrent un peu de neige à leurs sommets. Le sentier est tout droit, un peu ennuyeux, sur une petite route de terre empruntée par les cyclistes.
On croise aussi des militaires à la dure. Nous passons près d’une distillerie importante avant d’arriver au Beech Tree Inn, un gros centre à la décoration boisée pour déjeuner, acheter des souvenirs ou même profiter d’un endroit sec pour une pause. Ils ont aménagé un petit circuit dans un jardin pour illustrer la nature locale (informations sur les mousses, les hérissons, les chauves-souris....). Le sentier est encore assez plat, parfois un peu boueux et sans trop de coins pour s’asseoir. Un peu monotone aussi.
Dans les champs, quelques hérons, des limicoles, des oies, des cervidés et bien sûr beaucoup de moutons. Ici on est dans la campagne, tout est bien grillagé et utilisé pour la filière ovine. Drymen, but de notre étape est un joli petit village et notre hôtel, le Winnock, nous comblera de joie. C’est un vieil hôtel du XVIIIème siècle, avec sa moquette, sa cheminée fumante et sa tête de cerf au –dessus. J’adore ce confort désuet. Les prix sont en plus très abordables en cette saison. Dans le village, quelques belles voitures et un ou deux pubs, dont un vénérable de la même époque. Le soir la ville es déserte mais l’animation est bien là, il y a même un concert où toutes les générations se retrouvent autour d’un verre. Nous achetons du ravitaillement pour 1 jour et demi au Spar local. Voilà une bonne étape d’introduction, assez longue finalement. Pas la plus passionnante, parfois un peu monotone avec beaucoup de lignes droites mais je la trouve importante pour s’acclimater à l’effort et pour apprendre à patienter avant le Loch Lomond, haut lieu d’Ecosse, qui pointe non loin.

Quelques PHOTOS de la première journée.
Jour 2 : Drymen-Rowardennan 14 miles (8h15)
Après une nuit très confortable nous prenons un petit déjeuner très copieux (pour moi un scottish bien sûr) dans une salle coquette. Au dessus de la porte de la cuisine, une date gravée dans la pierre : 1702. La cheminée dans le hall d’entrée fume déjà sous la tête de cerf. Quel cachet ! Le groupe se scinde en deux : maman et les petites coupent l’étape en deux en attendant un bus pour Balmaha. Elles le rateront à cause d’une incompréhension dans les horaires mais un local les amènera dans sa voiture. Couper était une bonne option car l’étape aurait été un peu pénible je pense. Nous rejoignons le sentier qui ne passe pas vraiment dans le centre pour traverser une zone boisée remarquable : la Queen Elizabeth Forest Park. Les mousses sont incroyables, c’est une véritable forêt humide.
Puis le Loch Lomond semble se rapprocher. Nous entamons une montée sous une légère pluie vers Conic Hill (341 m), un célèbre promontoire local. Devant nous un groupe de jeunes dont un en tee-shirt. Nous le suivrons plusieurs jours et seront impressionnés par sa résistance au froid. Le sentier est bon, un peu boueux parfois mais cela n’a rien à voir avec le wild. Des marches, des pierres, des pontons aident constamment la progression. Thierry et Caroline feront même l’intégrale du sentier avec des chaussures de trail basses.
Nous touchons notre première neige vers 250 m d’altitude. La vue sur les landes désertes nous plonge déjà dans l’ambiance des prochains jours. Le sommet est très boueux et très érodé par les millions de pas qu’il subit. Il faut dire que depuis Balmaha des hordes de familles font l’ascension, parfois avec des chaussures très peu adaptées. Nous basculons dans une autre ambiance. La vue est très belle sur le Loch Lomond mais le temps ne la rend pas exceptionnelle.
Nous arrivons par une belle forêt de mousse à Balmaha, un centre très touristique vu la taille des parkings au bord du loch. Nous y visitons la belle maison du parc national, bien faite forcément avec ses nombreux stands interactifs sur la faune et l’histoire du parc. On sent le lieu très fréquenté en saison. Mais aujourd’hui cela reste calme finalement. Nous apprécions le repas dans un petit parc face au loch, au pied de la statue de Mr Weir, le montagnard le plus aimé d’Ecosse, une figure locale. Quelques BnB, un café, un petit port tranquille, des canards, des promeneurs et des randonneurs. L’endroit est agréable. Tout le monde se retrouve un peu ici avant de se disperser dans les alentours.
Nous remontons ensuite les rives du Loch Lomond. C’est très beau, calme, avec de nombreuses plages et de superbes vues sur les montagnes en face. On a l’impression de remonter un fjord scandinave. On croise parfois des aires de bivouacs plus ou moins officielles, des gens qui courent ou qui promènent leurs chiens, d’autant plus que l’on approche d’un accès routier. Mais cela reste vraiment très agréable et calme. Nous arrivons enfin au but de notre étape, l’auberge de jeunesse de Rowardennan, une très belle bâtisse juste au bord du loch et au pied du Ben Lomond, bien blanc, le munro le plus au sud d’Ecosse. L’ambiance et bien agréable et il n’y a quasiment personne. De l’auberge, on accède à un petit ponton duquel on peut prendre un petit bateau-ferry qui permet de naviguer sur le Loch Lomond. Une belle étape, très variée dans des paysages parfois surprenants et variés.

Quelques PHOTOS de la deuxième journée.
Jour 3 : Rowardennan-Inverarnan (9h25) Environ 22.5 km
Nous passons une bonne nuit dans nos petites chambres privatives avec vues sur le loch malgré le bruit pétaradant des radiateurs. Le matin, les quelques autres voyageurs prennent le ferry depuis le petit ponton. Beaucoup de charme et un parfum d’aventure. Caroline et Annie perdent quasiment en même temps leurs poches à eau. Elles fuient les deux au même endroit ! Camelote Intersport.
Très bonne journée, assez longue quand même. Le sentier n’est pas difficile mais tortueux, longeant la rive en montant et en descendant tout le temps sur des portions parfois un peu boueuses. L’étape est belle car très variée.
-De très belles vues sur le loch, magnifique avec ses montagnes de plus en plus enneigées au fil de la progression et toujours la sensation de remonter un fjord. Il y a même une belle île accessible en canoë qui semble luxuriante depuis la rive.
-les forêts de mousse aux couleurs vertes intenses sorties de contes ou du Seigneur des Anneaux.
-les plages tranquilles le long du loch où se promènent les chèvres sauvages.
Parfois on tombe sur des ravitaillements sauvages. Des fruits, des gâteaux, de l’eau et des boites (honesty box) pour payer.
Le climat est assez favorable. Pas beaucoup de soleil, un peu de pluie, du vent mais aussi des moments plus calmes. Nous prendrons la pluie au niveau d’Inversnaid, au pied d’une belle cascade, là où un petit port et un bel hôtel sont vraiment au milieu de nulle part. Après un pique-nique humide et froid sous un arbre nous nous réconforterons pour un thé devant la cheminée de l’hôtel.
En pantoufle et au chaud on n’a pas envie de repartir de ce bel endroit qui a beaucoup de cachet. Dans les confortables fauteuils et canapés en cuir on observe le loch avec délice.
Nous dormirons ce soir à côté d’Inverarnan, au Being Glass Campsite. Un endroit dédié au randonneur. Petite épicerie sommaire, bar restaurant, camping et pour nous des huttes au confort sommaire. La nôtre au moins n’a pas les matelas au sol ( Caroline n’en dira pas autant). Nous passons la soirée dans la salle des campeurs, avec un groupe de jeunes en sortie nature entre autres. Je suis en pleine forme.

Quelques PHOTOS de la troisième journée.
Jour 4 : Inverarnan-Tyndrum 12 miles (7h30)
Quel plaisir de passer une bonne nuit au chaud, surtout quand on se met à la place des campeurs non loin. Pas mal de monde ce matin à l’heure du petit déjeuner dans la salle commune. J’imagine en pleine saison. On suit d’abord la rivière Falloch, sur un sentier facile sans grand intérêt, la route étant un peu trop proche du sentier. De plus le ciel bas nous coupe les montagnes à mi-hauteur, frustrant. Nous quittons ensuite la vallée pour grimper sur un large sentier presque carrossable qui passe près d’une ferme , au milieu d’un troupeau de vaches.
Ce sera la portion la plus boueuses et salle du parcours. On évite tant que possible les bêtes et leurs déjections. On arrive alors à un petit col où l’on laisse à droite la route vers Crianlarich pour entrer dans un bois très agréable, couvert de mousse. On y mangera nos maquereaux les fesses sur les rochers. Le paysage change encore lorsqu’on arrive vers Kirkton Farm. On rencontre un petit cimetière très ancien à côté des ruines de l’ancien prieuré de St Fillan (du temps de Robert the Bruce). Au milieu des tombes (certaines datent du VIIIème siècle) on s’imagine la rude vie des habitants de ces lieux au travers des âges.
Nous passons ensuite au milieu des moutons pour atteindre la grosse ferme Auchtertyre où l’on peut passer la nuit dans une ambiance pastorale en profitant de belles vues sur les sommets (Ben More par exemple). Nous passons près du site de la bataille de Dalrich (Robert the Bruce ...encore lui y perdit en 1306) pour finir par une belle portion de sentier vers Tyndrum. Passage près du lac de l’épée perdu où Cléa sembla voir un anneau briller dans la vase. Tellement hypnotisée par ce fait que son père du faire demi-tour sous son insistance pour tenter, en vain, de le récupérer. Nous arrivons à Tyndrum, ancien village minier, avec ses deux gares au milieu de nulle part.
Il est vrai que sans le savoir cela m’avait rappelé ces villages perdus de Colombie Britannique, comme Cache Creek. Il y a un gros projet d’ouverture d’une mine d’or ici mais il semble être repoussé années après années. Notre hostel est super, comme toujours, juste devant l’une des deux gares. Tant mieux, on y passera deux nuits. Le village est paisible sans être charmant à cause de la grande route qui le traverse. L’épicier, qui doit avoir 85 ans, apporte cachet à nos courses. Son épicerie est décorée de photos de son fils, champion de course automobile, sur les murs. Pas trop fatigués, nous sommes maintenant bien dans le rythme et toujours aussi enthousiastes de découvrir jours après jours de nouveaux paysages.
L’étape était agréable, moins spectaculaire que celle du Loch Lomond cependant. Elle reste néanmoins assez variée avec de très beaux passages en forêt, des vues qui doivent être superbes par beau temps et même un peu d’histoire parfois. Très bonne soirée dans notre belle auberge au calme.

Quelques PHOTOS de la quatrième journée.
Jour 5 : Ascension d’un corbett : le Beinn Odhar (900 m) en circuit. (environ 6h30)
Nous avions le choix aujourd’hui. Soit prendre l’étape habituelle de la West Highland Way pour aller à Bridge of Orchy ou un peu plus loin. Mais je n’ai pas pu trouver d’hébergements à prix corrects dans ce désert. Alors nous avons choisi de rester deux nuits de suite à Tyndrum. Il était possible de ne pas tricher, de faire l’étape, de revenir en train et de repartir demain par le même train. Mais bon, vu le tracé du sentier qui longe la voie ferrée j’ai trouvé plus judicieux et plus engagé de tenter un pic dans les environs. Un Munro (plus de 3000 pieds) aurait été un must.
J’avais le Ben Lui pas loin mais il y avait vraiment trop de neige sur les sommets alors avec notre équipement cela semblait un peu hasardeux. Un Corbett (sommet entre 2500 et 3000 pieds) semblait plus accessible et nous avons fait un très bon choix je trouve. Le temps en plus était très beau : pas de pluie, juste du vent , fort, sur les sommets. On s’est équipés en mode « grand froid » avec les guêtres et le collant et nous voilà partis pour le Beinn Odhar, un sommet pas trop loin de la ville. Le sentier emprunte d’abord la WHW puis on la quitte pour prendre sur quelques sentes peu marquées, de la hauteur sur l’épaule de la montagne. Le sol est herbeux, stable et sec. C’est un peu raide mais facile techniquement et la vue se dégage à chaque pas un peu plus.
Avant le sommet le vent commence à souffler vraiment fort et l’ambiance change radicalement. On ne parle plus et on essaye de garder l’équilibre. La neige est là dans de nombreux névés. Au sommet on trouvera un coin bien abrité sans aucun vent. Il fait environ 6°C. Le spectacle est je trouve assez incroyable. Avec cette neige un peu partout je me crois bien loin de l’Europe, peut-être au Kamchatka tant ces montagnes écossaises ressemblent parfois à des volcans avec leurs formes évasées. Le Beinn Dorain juste en face en est le parfait exemple. Le ciel est très clair, du Ben Nevis, à des lacs au loin, peut-être même la mer à l’ouest. Une si belle ambiance à 900 m d’altitude, c’est assez unique. On ne va croiser personne de la journée en plus. L’Ecosse est vraiment un endroit idéal pour s’isoler et d’après ce que l’on voit, les possibilités d’évasion sont infinies.
Un corbett était bien je pense à la limite de ce qui était raisonnable niveau sécurité. Cela devient par contre très humide au sol. Les grenouilles se régalent dans quelques mares tranquilles. Nous observons Caroline, Annie, Cléa et Alice qui, à cause des horaires de trains défavorables, n’ont pu faire l’étape prévue et ont donc décidé de faire comme nous. Elles n’auront pas la même visibilité au sommet. Dommage. Elles rentreront par le même chemin qu’à l’aller. Pour nous c’est de la belle descente dans l’herbe jusqu’à rejoindre la rivière puis la ferme Auchtertyre , visitée hier. Nous rejoignons la WHW pour rentrer sur Tyndrum. Je suis enchanté par cette belle montagne. Et quel sentiment de liberté, à l’écart de la WHW bien plus fréquentée il est vrai. La soirée à l’auberge sera encore tranquille. Il y a un peu plus de monde dans la salle commune mais pas de groupes bruyants. Et comme tout le monde mange bien avant nous, nous sommes plutôt même les perturbateurs ici. Forme et moral au top ce soir encore.

Quelques PHOTOS de la cinquième journée.
Jour 6 :Tyndrum-Bridge of Orchy-Glencoe Mountain Resort (6h22) (12 miles)
Nous prenons le train ce matin à 10 h30 à l’Upper Station, l’autre gare de la ville. Jusque là nous avons profité jusqu’au bout du confortable canapé de l’auberge, observant les cartes géantes du tracé de la West Highland Way ou de sa variante alpine, la Highway Route. L’ambiance de cette petite gare est assez exotique pour nous. Elle est à quelques minutes de marche au-dessus de la ville, au calme. Il y a un assez gros bâtiment qui semble un peu disproportionné pour le trafic. Peut-être que cela vient du temps où Tyndrum était un gros centre minier ? Beaucoup de pièces doivent être vides, il n’y a pas de guichet mais une dame travaille quand même dans un des bureaux.
Le trajet en train sera très court mais assez excitant : 1 arrêt et environ 15 minutes de trajet jusqu’à Bridge of Orchy. On adore tous l’ambiance, le calme, le confort, les baies vitrées et les vues sur le pic de hier et sur le sentier, le contrôleur, le minibar qui circule. Nous saluons même les randonneurs qui font l’étape en savourant notre grande vitesse. Le trajet est un peu court, nous aimerions poursuivre des heures dans cette ambiance mais ce sera pour la fin du séjour. Là, on doit marcher. A Bridge of Orchy, pas grand-chose d’intéressant hormis le vieux pont en pierre sur une belle rivière de montagne. Juste un hôtel je crois pour les touristes et quelques maisons. Le temps est gris et menaçant.
On commence par une montée relativement banale dans la forêt avant de rentrer dans une zone beaucoup plus sauvage. Les vues sont superbes mais un peu gâchées par le ciel bas. Un grand lac, le Loch Tulla nous apparaît. Les échelles sont impressionnantes , je m’imagine au Kamtchatka avec ces beaux munros au loin qui ressemblent à des volcans. La descente est ensuite très belle vers l’hôtel Inveroran. L’endroit est assez désert.
Personne, pas une voiture. Dormir là dans un tel cadre doit être une sacré expérience. On suit ensuite une voie militaire, route empierrée qui servit jusqu’en 1933. Près d’une ruine nous mangerons autour d’un petit feu, allumé sans trop de difficultés. Il fait environ 8°C dehors, il nous fait grand bien. Puis le sentier devient de plus en plus sauvage, nous attaquons la zone la plus isolée de la randonnée. Sans la route de pierres sèches il serait difficile de marcher dans un tel environnement de bruyères et de marais. Le sentier semble être une autoroute au-dessus d’un monde hostile. Le sentier s’élève jusqu’à un col où nous retrouvons la neige et quelques grooses qui fuient en hurlant devant nos pas avant de s’immobiliser quelques mètres plus loin.
Nous en verrons dès-lors un paquet dans le secteur. La vue sur l’immense Glen Coe commence à poindre même si le temps ne nous permet pas de l’admirer dans toute sa splendeur. La sensation d’espace est incroyable et le dépaysement total avec ces pics enneigés aux fières allures et cette vallée au milieu. Certes la route y passe, et elle est très fréquentée, mais l’endroit est quand même un incontournable d’Ecosse et un lieu qu’on n’oublie pas. Nous arrivons à la petite station de ski de Glencoe : un grand parking, quelques bungalows, un gros bâtiment qui centralise tout : restaurant, loueurs, toilettes...Quelques camping-cars, quelques voitures mais l’endroit reste très calme et presque vide.
Problème : Caroline a mal fait sa réservation et se retrouve sans logement pour la nuit ! Ils partiront en bus, en pleine nuit, pour le village et l’auberge de Glencoe à quelques kilomètres de là. Nous mangeons quand même tous ensemble dans un snack finalement agréable et bon avec son poêle et ses baies vitrées. Il y a même un côté cosy scandinave ou canadien que je n’aurais pas imaginé ici. La nourriture sera même...bonne. Incroyable. Sur un grand écran défilent des photos de la station, la météo et des images d’archives. On y découvre que le ski est ici possible parfois jusqu’en juin ! En tout cas la station poursuivra cette année sa saison au moins jusqu’en mai. Nous garderons Alice pour passer ma nuit dans notre petit micro-lodge : un cylindre chauffé avec de quoi dormir. C’est finalement sympa et confortable. De plus, l’ambiance des lieux fait qu’on apprécie particulièrement ce petit nid douillet au milieu de nulle part.
Une très belle journée, la plus sauvage de toutes : animaux emblématiques, échelles, pics...Voilà l’Ecosse de carte postale.

Quelques PHOTOS de la sixième journée.
Jour 7 : Glencoe Mountain Resort-Kinlochleven (6h03) (11 miles)
Malgré le lit un peu court nous passons une nuit agréable avec notre invitée Alice. Au réveil les skieurs sont déjà prêts sur le parking qui progressivement va se remplir au cours de la matinée. Le temps est meilleur que la veille, avec de belles éclaircies parfois. Nous quittons la station pour rejoindre la route très fréquentée en contrebas. Les grooses ne semblent pas gênées, nous en dérangeons quelques couples. Nous longeons ensuite la grande route dans la vallée pour atteindre Kingshouse, une vieille auberge datant de 1750 qui est en pleine rénovation.
Le James Bond « Skyfall » profite de ces paysages pour une de ses scènes.

Quelques PHOTOS de la septième journée.
Thierry devant prendre un train en fin d’après-midi nous partirons un peu plus tôt ce matin. Le temps est assez beau. Tout le monde est en forme. Seule Jamila, avec une allergie au niveau des chevilles souffre un peu. Nous quittons le village bien calme en cette matinée pour commencer par une côte pour arriver dans une sorte de vallée encombrée de forêts désolées. Un paysage du Seigneur des Anneaux quand les arbres découvrent leurs congénères dévastés. Pas l’endroit le plus intéressant du périple. Heureusement les filles savent nous occuper avec le jeu des fruits. Je suis abricot-jasmin !

Quelques PHOTOS de la huitième journée.
L'ÎLE D'EIGG
Une superbe journée s’annonce. L’une des plus marquantes du séjour. Nous commençons par suivre la route qui file plein nord depuis notre auberge. Nous visitons la petite église d’Eigg, rénovée en 2013. Très agréable et chaleureuse. Un peu plus loin nous passons devant l’école, perdue au milieu de nulle part. Dehors, sur une table, la maîtresse fait classe à 4 ou 5 élèves. Sûrement l’une des plus petites écoles du monde dans un endroit unique. Juste à côté on trouve l’ancien magasin de l’île qui faisait aussi poste. C’est depuis devenu un petit musée gratuit. On pousse la porte et là on se transporte dans le temps. Nous allons adorer.
On entre dans la cuisine où on apprend que l’on y cuisinait parfois le cormoran d’après une recette apprise auprès d’un chinois rencontré sur un lointain bateau par un fils de la famille, marin. On y apprend que le hareng et les pommes de terre étaient la nourriture principale. Devant les ustensiles, les pots et les couverts on s’imagine la maison encore habitée. Dans les chambres tout est intact, les mouchoirs dans les tiroirs, les habits dans l’armoire, la machine à coudre prête à refonctionner. A l’étage on trouve une petite chambre avec se petite bibliothèque. Devant un miroir le rasoir est posé et attend son ouvrage.
Nous poursuivons vers le nord pour atteindre les dernières ruines où nous nous abritons pour le déjeuner. Ensuite il faut grimper un petit col où la vue sur l’île de Rum sera incroyable. Cette île montagneuse, avec ses crêtes bien marquée, ressortant sur le plat de l’océan, offre un paysage remarquable. La pluie arrive, assez forte, lors de la descente vers Seal Island.
Nous prenons le même chemin pour le retour, passons le col puis descendons à droite vers la plage de Singing Sands. Le sable sec y est censé chanter sous nos pas, c’est vrai qu’il crisse un peu. Le lieu est superbe et très photogénique. Une belle houle, le calme et une grande plage au sable immaculé pour nous seuls. Les filles se régalent et courent partout. La vue sur l’île de Rum en face est superbe. Le retour sera un peu humide, parfois, au milieu des pâturages. Les plus courageux ajouteront sur le chemin du retour un passage sur la plage de Laig, au milieu des vaches. Belle plage, personne, sable noir. On se presse au retour car nous avons réservé une table pour 19h15.
Une douche rapide et il faut encore marcher pour atteindre le restaurant mais l’effort sera récompensé. Déjà l’ambiance est terrible, devant la grande vitre, tout prêt des déferlantes et des oiseaux marins qui chassent dans les algues. J’ai rarement eu un si bel endroit pour dîner au bord de l’océan. Les clients sont des locaux, marins en tenus qui boivent plus de bières et de whisky qu’ils ne mangent. En plus la nourriture sera très bonne. Cidre, soupe poireaux-pommes de terre, moules à la crème pour moi. Fish and Chips pour les autres. Vraiment un bon moment. Le retour se fera dans l’obscurité. Le phare s’allume et on voit au loin des lumières sur la côte. Sentiment de bout du monde. Superbe journée.
Nous partons ce matin sur le versant sud de la « montagne » emblématique et immanquable de l’île, l’An Sgurr, en direction de Grulin. Un sentier intéressant passe au pied des falaises abruptes de ce pic qui semble infranchissable de ce versant. Il traverse des ruines de ce qui était un petit rassemblement de maisons avant. Puis nous continuons hors sentier, profitant de belles vues sur l’île de Muck tout le long de la journée.
Je passe la matinée à lire de passionnants livres sur l’histoire tourmentée de l’île, sur l’Ecosse et le milieu montagnard...Il ya le choix à l’auberge. De la biographie de John Muir à Don Camillo. Je pars avec Jamila manger au restaurant du port pour profiter encore de l’ambiance et d’un bon burger. Au milieu des locaux (des gueules parfois), avec les chiens et les familles. Au milieu d’un groupe de naturalistes les yeux collés aux jumelles pointant vers le large. L’achat de timbres à la poste est exotique.
Je m’assois entre deux rochers et observe sans bouger le paysage pendant plusieurs minutes. Moments magiques dans un silence absolu. Une grande et belle journée pour un endroit magnifique et finalement accessible à tous. Encore une fois le rapport effort-plaisir est inégalable. Où trouver si facilement un tel promontoire aussi sauvage, aussi peu fréquenté ? Je cherche...en Ecosse je pense.
Jour 12 : Retour sur Glasgow.
Nous quittons l’auberge à regret. Chargé de 20 kilos sur mon dos dans un sac pas vraiment fait pour le portage, j’appréhende la descente. Heureusement un local à barbe chenue nous popose de nous descendre. Une voiture et un arrêt. Gentillesse rare. Le gars semble être un bon vivant, à fort accent, plein d’humour et de malice. Un bon moment. Il nous déposera au bout de la jetée. Nous profitons de notre avance pour visiter le petit magasin de souvenirs de l’île, à côté du restaurant.

Quelques PHOTOS en plus de l'Île d'Eigg.
CONCLUSION
Je ne veux convaincre personne. Surtout pas la plupart de mes collègues ou de mes connaissances qui, à mon retour d’Ecosse, n’avaient pour commentaire qu’un pauvre « Tu n’as pas eu trop de pluie ? Tu n’as pas eu trop froid ? » . Devant leur insistance et devant leur incompréhension quand je répondais par la négative, j’avais envie de leur dire « oui ». Pour qu’ils se rassurent et qu’ils ne programment pas cette destination pour leurs prochaines vacances. L’Ecosse est, à l’image de la monarchie, un point fixe dans la tourmente. Dans aucun autre pays je n’ai cette sensation rassurante qui me pousse à penser que l’âme n’est pas ici en fuite. La lande Ecossaise ne sera jamais vraiment une Terre pour les hommes et il sera toujours possible de venir s’y ressourcer quand d’autres destinations seront devenues trop uniformisées. En Ecosse, je retrouve toujours cette histoire millénaire et violente, ces paysages qui n’ont rien d’Européen, ces échelles et cette atmosphère de contraste. Je ne m’en lasse pas. Tout le monde, je pense, a adoré ce périple. Marcher, quitter sa voiture et son ordinateur. Ne penser qu’à la prochaine étape. Puis se poser et profiter d’un caillou sur l’océan. Ne pas s’ennuyer, plusieurs jours sur un caillou, au milieu des moutons et au pied des falaises, à marcher dans la lande humide. C’est l’incompréhension ! Je n’ai qu’une chose à dire. Vous avez bien raison.
LE SEJOUR EN 5 COUPS DE COEUR :
- Les magnifiques paysages désolés du Glen Coe.
- La remontée du Loch Lomond en longeant les berges.
-la vue exceptionnelle depuis un Corbett vers Tyndrum ou depuis l'An Sgurr sur Eigg.
-les plages dEigg sous la lumière d'avril.
-Les musées uniques de l'île d'Eigg où l'on se transporte dans le temps
LE POUR : le dépaysement, la beauté des paysages, la nature sauvage , la gentillesse des gens, le confort des hébergements, l’immensité et les échelles, la bonne saison pour la randonnée, le transport des sacs, les pics enneigés, l’histoire tourmentée, le voyage en train, les musées de l’île d’Eigg, l’île d’Eigg, l’Ecosse...enfin tout quoi !
LE CONTRE : Peut-être le budget pour certains, un petit peu de monde sur le sentier parfois. Pas grand-chose en fait. L’Ecosse ne me déçoit jamais.