POLOGNE

Pourquoi la  POLOGNE ?

Après un été français et très famille, je m'étais promis de quitter mon pays pour Toussaint, histoire de ne pas s'enraciner sur un sol que l'on ne veut plus quitter. Rester, certains pensent que c'est la seule manière de récolter les fruits de son attente, je ne saurais quoi répondre. Le voyage est une quête de fertilité et une pollinisation mentale pour  une récolte lointaine. Il est aussi un plaisir immédiat, dans son déroulement et un conséquent travail en amont et en aval dans mon cas.

Une fois mon emploi du temps établi, il me fallait choisir, comme toujours,  entre mes besoins et mes envies. J'avais envie de soleil mais besoin d'une socialisation que peut-être les pays du sud de l'Europe n'offraient pas ( cf Croatie 2016).  Se baigner hors saison sur les plages grecques était un bon plan, se perdre dans la campagne roumaine en était un autre...mais le marché de l'aviation, les prix et les horaires m'orientèrent à l'opposé, plein nord, en Pologne. Un pays facilement accessible, peu cher, où les gens semblent très chaleureux et hospitaliers.  J'irai donc à Varsovie. Voilà un choix de fin d'été, quand les journées sont encore chaudes dehors...mais une fois la piscine et la pergola rentrées, la cheminée allumée, ce choix de climat gris et pluvieux, confirmé par les locaux avec lesquels je correspondais, me semblait moins évident et n'engendrait pas une grande excitation de ma part.

Le jour du départ arrivait, il ne fallait plus trop réfléchir et se laisser guider comme du bétail du réveil de son lit au canapé à Varsovie.

PLAN DU VOYAGE

Voyage seul, du 19 octobre au 2 novembre 2016.

Ma ville d'entrée et de sortie sera  Varsovie.  Pratique  car  je vais pouvoir faire un circuit circulaire dans le nord-est du pays.  Je vais y rester 5 nuits  dans la capitale avant de partir pour le village de Bialowieza, à la frontière biélorusse où je passerai 2 nuits. De là je rejoindrai la ville de Gizycko, dans la région de Mazurie, pour 2 nuits. Je finirai par 1 nuit à Olsztyn  et 3 nuits dans la ville de Copernic, Torun dont le centre historique est classé par l'Unesco. Ma dernière nuit sera près de l'aéroport à Modlin.

PERIODE :
Au niveau du climat  je n'ai rarement eu pire. Les locaux m'avaient prévenu "pourquoi venir fin octobre?!" . J'avais de très bons souvenirs du temps en Europe du Nord lors de mes précédents voyages à Toussaint donc je n'ai pas trop écouté ces conseils. Au départ , j'ai longtemps hésité sur l'équipement à emporter pour finir par prendre ma parka d'hiver, la même utilisée en Finlande en février et  mes chaussures fourrées . Ce fut un très bon choix.Les températures variaient entre 1 et 10 °C mais avec le vent, la pluie quasiment tous les jours et les journées à marcher sur des sols parfois pavés, je ne l'ai pas regretté. Sans jamais avoir mis les gants ni le bonnet, il ne faisait quand même pas chaud. Les locaux avaient souvent des chapeaux, des gants et ces mêmes bonnets. Prévoir donc des vêtements chauds, bien couvrant et imperméables.

Pour en savoir plus sur le climat et les bonnes périodes , voir sur le site de quand partir sur la Pologne.

Au niveau fréquentation on est en basse saison même si la plupart des sites étaient encore ouverts avec des horaires corrects. Je n'ai vraiment pas été géné par les touristes. Nous étions 3 dans la forêt de Bialowieza, une dizaine sur le site du repère du Loup  ...bien plus dans les musées de Varsovie , mais j'y étais les jours d'ouverture gratuite alors.  Le calme et la tranquilité se payent donc au prix d'une météo peu agréable.

NIVEAU :

Très  facile

Pour peu que vous parliez un peu anglais il est aisé de voyager  dans ce pays. Le paiement est en ZLOTY, le système de transport est très bien fait et ponctuel, les gares modernes, les horaires affichés un peu partout, les cartes bancaires sont très utilisées.  Souvent les gens parlent anglais même si j'ai remarqué quelques lacunes dans les offices du tourisme notamment. 
Pour trouver un hébergement c'est assez simple hors saison. J'ai facilement trouvé  avec le Couchsurfing (11  nuits sur 14 ) . Se servir des sites en ligne de reservation  (comme air bnb ou booking ) et tout devient  très simple.  

Niveau physique...rien à dire.   Bien équipé et je le répète avec de bonnes chaussures  et une bonne parka on  peut marcher de longues heures dans les villes, les sites et les parcs.  Et puis il est toujours agréable de se reposer au chaud dans les cafés, il y a le choix et la qualité. Voilà donc  un voyage tranquille . 


Niveau hygiène, pas une seule alerte de santé.  C'est l'Europe moderne, rien à ajouter.  

Aucun  sentiment d'insécurité . Je n'ai  vu aucune bande de gars inquiétante, ni bagarres, ni scènes violentes. J'ai trouvé l'ambiance très relax. LEs filles m'ont assuré qu'il n'y a pas de problème dans les rues tant qu'on évite les quelques quartiers un peu défavorisés des villes. 

Un voyage  confortable ,relaxant niveau moral  et je rentre apaisé et en forme .


HEBERGEMENT ET BUDGET (2016) :

Le voyage m'est revenu à  516 euros pour 14 jours ( 89  euros d'avion ,14 euros pour le guide,  109 euros de transports sur place  et  304   euros sur place en musée et nourriture)  . Ce qui  est  très peu cher  je trouve.  La principale raison réside dans mes 11 nuits   en Couchsurfing même si là-bas, rien n'est bien cher pour nous français. 
 La moyenne des chambres simples que j'ai utilisées  était  entre 28 et 30  euros par nuit ,  avec le petit déjeuner.  Elles étaient très confortables et j'aurais pu trouver bien moins cher.  
Sur les entrées de musées, j'ai privilégié ceux qui étaient gratuits et qui m'intéressaient. En jonglant aussi sur les horaires on peut voir beaucoup sans payer. Les entrées étaient sinon entre 2 et 6  euros.
Sur les transports,  le ticket de bus était toujours à moins d'un euro . Rentable et très pratique.
Les transports en bus  longue distance ne sont pas trop  chers non plus. Je payais parfois 12  euros pour 3 heures de dans les trains confrotables , pas plus.
J'ai payé 8  euros environ pour mon long trajet  en bus ou en train entre l'aéroport et le centre-ville.  
J'utilisai aussi le taxi pour des courses de 4 à 8 km ( 5 à 8 euros!).

Pour me nourrir, je faisais mes courses dans les supermarchés où tout était moisn cher même si la plupart du temps je mangeais chaud dans les snacks et restaurants. 
En général, les petits déjeuners me tenaient jusqu'en milieu d'après midi , heure à laquelle je prenais un gros repas .  J'ai beaucoup aimé leurs soupes, les salades, les viandes panées, les pierogis ( sorte de gros raviolis)  Le soir, je grignotais. 
Pour les restaurants, j'ai essayé les "bars à lait", célèbrs cantines de l'époque soviétique, qui servent une bonne nourriture à des pris incroyables. Entrée +plat + desert à moins de 6 euros pour sûr.  J'ai aussi essaye des tavernes médiévales, et un restaurant chic où les plats ne dépassaient pas 10 euros à la carte pour une très bonne qualité. Bref, le rapport qualité prix est remarquable.
Une bonne glace à 2 euros, des pintes de bières au même prix...vraiment confortable. En Pologne, je mangeais sans trop réfléchir et sans me priver, c'est assez rare.Au final, un voyage plaisir au niveau de la cuisine.
 
Les marchés étaient très rares et peu achalandés. Par contre, comme en Finlande, je n'ai pas trouvé comme lors de mon voyage au nord de l'Allemagne ces stands de poissons et cette cuisine maritime succulente et abordable. Pourtant je n'étais pas si loin de la mer.  


Pour préparer ce voyage j'ai utilisé :

SITES GENERALISTES

  • le site du Routard . Toujours une bonne base pour choisir sa destination et j'ai bien aimé leurs remarques.
  • le site officiel de l'office du tourisme de  Pologne . Très bien fait. Une mine d'informations. Utile pour trouver un itinéraire.
  • le site du Lonely Planet.  
  • le site du Petit Futé. Je ne me suis servi que de leur site internet pour trouver des idées d'itinéraires.
  • le site du Guide Vert . Assez clair pour trouver les sites remarquables. 
  • Un site très bien fait, Vanupied, sur la ville de Varsovie. Très bon. 
  • un site très bien fait pour les transports en bus .  ​
  • Je conseille enfin la lecture d"Education Européenne" de Romain Gary, un beau roman sur l'histoire de quelques résistants du maquis polonais au cours de la 2ème guerre mondiale. Cette lecture est très apropriée à l'ambiance générale du séjour. 

Jours 1 à  6:
​ VARSOVIE,VILLE DE MEMOIRE TOURNEE VERS L'AVENIR

Vue depuis ma chambre à Zadar

Me voilà  donc assis à patienter dans le hall de l'aéroport de Bruxelles, observant comme une vache mes compagnons de rumination. Mais eux ne s'ennuient pas, peu l'avouent d'ailleurs et ils ont des smartphones  qui occupent leurs cerveaux, comme ils ont l'air heureux...


Je me sens aujourd'hui dans cet aéroport comme un végétal transplanté et en attente d'un nouveau pot. Là est le départ, on vous prend par les cheveux, comme une mandragore dans Harry Potter, et on vous replante ailleurs.  Rarement une partie de plaisir, les départs sont de  plus en plus un passage difficile et agressif.  C'est du low-cost, pour tout. Je me sens agressé par cette foule de zombies accrochés à des smartphones, la tête baissé, à raconter à voix haute leur dernière soirée à la Rhumerie. Je subis  cet isolement. Sont-ils plus ouverts que moi?  Tous ces gens qui fleurissent sur les réseaux sociaux, ils doivent bien aimer les autres alors pourquoi s'ennuient-ils autant autour de moi au milieu de cette foule? Rien pour s'isoler, il faut patienter et accepter de se sentir transporté comme une marchandise. Les hangars des aéroports ressemblent de plus en plus à cela, un centre de transit où personne ne semble vraiment heureux. J'essaye de ne pas subir mais le contact d'avec mes pairs me pèse plus que mon petit sac de cabine. Vivement de poser un pied sur le sol polonais!

Cathédrale St Venceslas

 Le vol  vers Varsovie ​est un peu plus agréable que le précédent, un peu plus exotique forcément. Mon voisin, un solide gaillard polonais ronfle dès la piste de décollage, une mère  polonaise et ses deux filles charmantes jouent aux 7 familles, bizarrement en français. Famille intrépide, avec l'accent, SVP.  Une fois arrivé au petit aéroport de Modlin, je fonce dans le premier bus pour le centre ville. Succession de panneaux publicitaires géants, entrepôts et magasins de construction mais aussi Auchan, et d'autres marques françaises. Dépaysement: O sur une échelle de 10. Rien autour de moi me fait penser être en Pologne.  La nuit tout est plus joli et uniforme. On ne voit que les néons, et quoi de plus international que ces enseignes  qui envahissent les façades. Arrivé près de la ville, un parc avec des jets d'eaux illuminés en bleu, en rouge, le château très bien éclairé...je trouve cela bien joli et suis déjà charmé. Je me dis que là tout commence. Le bus me laisse devant l'imposant palais des sciences et de la culture, sur une esplanade assez déserte, où défilaient jadis les jeunesses armées ou non d'ailleurs. Je vais d'abord chercher ma banque française dans les parages pour retirer mes zlotys. Le parcours est agréable dans ces quartiers plutôt branchés  avec quelques jolis cafés où s'attable une jeunesse élégante. D'ailleurs je me sens un peu en décalage devant tous ces gens bien apprêtés. Il  y a 20 ans on aurait rigolé des tenues et des coupes de cheveux de nos voisins de l'est, aujourd'hui c'est moi qui me sens un peu dépassé, d'autant qu'il ne fait pas si froid et que je dois porté la veste la plus chaude de la ville. Après quelques galères pour acheter un billet de métro à 3,40 zlotys  (un peu moins d'un euro) sans petite coupure je me retrouve dans des rames propres, modernes, bien plus nettes qu'à Paris par exemple. Quelques minutes plus tard, après un dialogue de sourd au téléphone (impression de parler à Stephen Hawking qui passe sous un tunnel) je retrouve enfin Marcin, 49 ans, un expert du Couchsurfing, dans son bel appartement au 6ème étage. Pas de longs discours, il passera la nuit à traduire des films en anglais, son métier, et moi à très bien dormir dans son salon.



Il est parfois des tempêtes qui empêchent les feuilles de se poser. Parfois ce sont mes hôtes qui m'empêchent de me poser sur mes feuilles pour écrire. Difficile d'avoir une seconde de libre depuis mon arrivée chez Marcin , très bavard, où chez Joanna, très active. Mais j'apprends à laisser couler, à ne pas me forcer à me retrouver face à cet écran que j'essaye de quitter lors de mes voyages et qui m'aliène autant que me sert. Finalement, c'est d'une manière différente cette fois que je vais décrire mes journées, en bloc (communiste?) , après coup, en digérant l'information .Disons que je passe d'une information CNN à celle d'un hebdomadaire. Est-ce plus objectif? Rien ne l'est dans l'écriture d'un carnet de voyage, c'est justement la subjectivité qui en fait le sel dans la multitude. Chacun son opinion selon ses états d'âme du moment, selon la météo, les gens rencontrés ...Au lecteur de lire, lire encore et de comparer pour en tirer les constantes qui pourraient être de manière lointaines ce que l'on nomme  «information subjective». Le vrai voyageur n'en tiendra pas vraiment compte, il ira voir par lui-même.

De mon bus en direction des forêts de Bialowieza, je viens de quitter Varsovie, un peu chamboulé et vraiment ému par cette ville dont l'histoire vous écrase et vous ébranle. Ce n'est pas le passé flamboyant d'un Split ou de Prague, ce ne sont pas  non plus les exclamations devant les beautés  architecturales et les splendeurs diverses  qui décriront ce voyage.  Les beautés, hormis celles des femmes parfois croisées, sont légères comparées à la souffrance.



Cathédrale St Venceslas

 Quoi qu'en disent les Varsoviens, il est difficile  voire impossible de ne pas venir à Varsovie sans éprouver de compassion pour ces habitants qui ont tant souffert. Marcin aimerait que l'on oublie un peu tout cela et que la ville se concentre plus sur le côté moderne et festif, peut-être plus  sur le fait que si Vienne avait Mozart,  ici jouait Chopin. Soit mais après l'invasion allemande et la gestion soviétique de l'après guerre, tout cela semble bien dérisoire.
Il me sera impossible d'oublier ce que j'ai ressenti dans les musées et dans l'ancien ghetto de la ville. J'ai beau connaître ces images et ces nombreux films d'époque,  ils me touchent de plus en plus et me paraissent finalement aussi incompréhensibles que surréalistes.


​LA VIEILLE VILLE (STARE MIASTO):

Cathédrale St Venceslas







​Ma visite de Varsovie fut édifiante, passionnante, marquante, empreinte de nostalgie parfois. Varsovie est je pense bien loin de l'image que nous en avons. J’ai été surpris par le modernisme du système de transport, par le calme et les sourires des gens dans les rues, par la propreté de nombreux quartiers. Tout est bien loin de l'image d’Epinal de l'Europe de l'est, d'ailleurs ils se présentent bien comme de l'Europe centrale. Je n'ai que peu vu de quartiers décatis comme à Berlin, Sofia ou Riga. La ville vibre, s'illumine et je ne m'y attendais pas forcément. Le contraste est donc terrible entre les images des musées et l'actuelle vie des Varsoviens. Nous marchons sur un sol souillé de sang et de cendres, ils marchent vers le futur mais rarement ailleurs que dans cette ville martyre j'ai ressenti ce contraste avec autant de force.



Comment être assez objectif? Très difficile. Il y d'abord le regard biaisé du voyageur un peu expérimenté et l'inévitable comparaison avec les nombreuses autres vieilles villes du nord de l'Europe déjà visitées. Ce qu'il y a incroyable ici c'est de voir les ruines de 1945 et de réaliser le travail réalisé par les habitants pour tout reconstruire. Je crois que sans le savoir la plupart des gens n'y verraient que du feu. Le problème est que justement nous savons que nous sommes dans une copie. Nous savons que si nous touchons un mur ou si nous montons un escalier, que les fantômes ont déserté les lieux. On ne ressent plus la mémoire des pierres comme dans ces autres vieilles villes d'Europe. C'est un peu perturbant.


Il reste une atmosphère quand même très plaisante, mais encore une fois, tout dépend de nombreux paramètres. Ma première visite, seul, sous la pluie battante, errant de porches en porches, me séchant dans les églises, fut un peu laborieuse. Impossible de lever les yeux, de prendre une photo au sec...forcément c'est usant. Et puis il y ma dernière visite, avec Joanna, le soir, sans pluie, avec les lumières, guidé, sans sortir le Routard de ma poche, observant les nombreux locaux dans les cafés et les charmants restaurants. Très agréable, mais quand même loin d'une visite féerique de Tallin après une chute de neige ou d'un Pont Charles désert à Prague un soir d'avril.

Quelques commentaires en vrac sur les sites visités:

 

-Le château royal: complètement détruit à après la guerre le travail réalisé est incroyable. La visite comporte de très nombreuses salles parfois très richement décorées, la chambre du roi, des salons...Je m'y suis quand même un peu ennuyé. C'est très beau mais j'y ai plus erré que vibré. C'est souvent le cas avec ces châteaux, sur 10 visités, je ressens de grandes émotions que pour 1 seul je pense. En fait je n'arrive pas à me projeter dans le passé, rarement je m'imagine que là était vraiment le roi, la reine etc...Et puis la vie des rois ne me fascine pas non plus. Je préfère voire la couche d'un paysan écossais ou son feu de tourbe. Cela m'évoque bien plus. Tout le mobilier semble installé de manière factice à la différence de ces petits musées d'habitations bourgeoises, de marchands, de riches collectionneurs, d'anciens présidents où tout est figé mais où la vie respire encore. Ma salle préférée reste celle qui expose les œuvres de grande précision de Canaletto (son neveu en fait)  , montrant  les vues de la ville  à son époque.

Sous le château, les arcades Kubicki, où se déroulent des banquets, des concerts, ne sont pas d'un grand intérêt.

Cathédrale St Venceslas

-La place de la Vieille Ville:

  Assez charmante, de facture classique,  un grand rectangle  avec  au milieu une fontaine, et des restaurants aux atmosphères chaleureuses autour  mais finalement rien d'autre. En hiver, une patinoire et un marché de Noël la décore un peu. Pas de grande émotion je l'avoue, même si l'ensemble est très harmonieux.

 




​Un peu au nord on passe dans la Ville Nouvelle (Nowe Miasto) bien que l'on ne se rende compte de rien une fois passé les murailles de la ville au niveau de la Barbacane, dont la vétusté rappelle les plus récentes rénovations de Carcasonne: bref cela fait bien neuf et propret.

 
Quelques jolies rues comme la Rue Freta, de quoi déambuler avec plaisir mais sans émerveillement.

Belles vues sur la Vistule  et le parc des fontaines (illuminées le soir) au pied de la statue de Marie Curie, près de l'église de la Visitation-de-la-Vierge,  église que je n'ai pas pu visiter.  Celle du St-Sacrement , sur la Place du Marché , m'a bien abrité mais ne m'a laissé aucun empreinte particulière, comme d'ailleurs 90°% des églises . Mais bon, c'est souvent gratuit, alors on rentre, on regarde un peu, on s'assoit et on lit son guide pour savoir que faire ensuite. Dans les églises de Varsovie, j'ai quand même pu observer la dévotion certaine des habitants. C'est même très bizarre de voir ces jeunes femmes élégantes venir se confesser ou prier, s'agenouiller, toucher le pied d'une statue du Christ...Je n'avais pas vue de confessions depuis des années en fait, ici c'est courant.

​QUARTIER DU SUD DU CHATEAU ROYAL:






 

Encore un tas d'églises: Sainte Anne,  des Carmélites, baroque des Visitandines, de La Sainte Croix ( cœur de Chopin près du chœur)...et toujours les mêmes commentaires ( voir ci-dessus).

Depuis la Colonne Sigismon III Vasa, de grandes avenues larges et propres, qui composent la Voie Royale partent du château vers un parc et d'autres résidences royales. La promenade est agréable dans ces Champs Elysées varsoviens, avec quelques statues et monuments (Copernic, Adam Mickiewicz, Poniatowski), le Palais présidentiel (bien gardé et bien blanc), une belle université que je visite sous le déluge , avec ses vieux bâtiments, loin du style des universités anglaises mais bien plus avenante que certaines des nôtres (  sciences à Bordeaux par exemple) . Joanna me montrera son université de droit un peu plus tard. Carrément d'un autre style, très moderne, ressemblant à ses malls  lumineux avec sa cour intérieures et ses étages  mais tout autant agréable.


​QUARTIER DU CENTRE(SRODMIESCIE):

Porte Michel


 

C'est assez drôle de  voir notre illustre Général de Gaulle, trônant au milieu de son rond Point, non loin d'un grand palmier ( un monument bien sûr) . Il paraît qu'il aimait les pâtisseries du Café Blicke non loin, c'est vrai qu'elles semblent très appétissantes vues depuis la rue.

 Non loin, l'immense et imposant cadeau de Staline, le Palais des Sciences et de la Culture, nous  plonge dans l'époque soviétique.  A ses pieds, une immense place qui accueille des parkings et des bus mais qui servait aux défilés et aux parades sous les regards froids des dirigeants du parti. Je vais monter au 30 ème étage par un petit ascenseur très rapide (30 secondes?) pour profiter de la vue de la terrasse, à 114 m. Certes les nuages flirtent avec le sommet de l'édifice mais le panorama reste très intéressant.  On y découvre les rives de la Vistule, l'immense stade construit pour l'Euro 2012, les immeubles de luxe , tout en verre et acier, des quartiers d'affaires, les hôtels de luxe ( Bristol et Marriot), la Vieille Ville au loin, les centres commerciaux et les enseignes ( un immense David Beckam couvre la façade d'un immeuble proche). Un agréable moment que je conseille vraiment, à un prix raisonnable ( environ 4 euros) .

Porte Michel





​Non loin, un gros coup de cœur pour la visite du Fotoplastikon. Au fond d'une cour intérieure, non loin du tumulte de l'avenue Jerozolimskie, au rez-de-chaussée d'un immeuble, on pousse un porte pour rentrer dans un petit musée intime très original. Une simple pièce, une rotonde rotative, 24 places sur des tabourets et deux trous pour mettre les yeux. On y découvre, dans une ambiance musicale désuète, des photos stéréoscopiques sur les villes et les paysages Européens. Environ une quarantaine de photos défilent lentement, avec un bruit de projecteur de diapositives. On passe des glaciers du Mont Blanc aux canaux de Venise, en remontant vers la Vieille Ville de Tallin, bifurquant par Prague etc...J'ai adoré ce petit moment hors du temps, d'autant qu'il est très rare de voir un tel appareil en activité en Europe à l'heure actuelle. Au temps des images animées et des hautes technologies qu'il est bon de prendre le sien sur de simples images défilant lentement.

​LIEUX DE MEMOIRE

 



800 000 morts en 6 ans de guerre pour une population initiale de ….

Une ville détruite à 85%

Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Voilà la partie la plus riche en émotion de ma visite de la ville. J'étais venu en grande partie pour elle et  je n'en ressortirais pas indemne.

Si vous avez encore des souvenirs émus de vos visionnages de «La Liste de Schindler»  de Spielberg  «Stalingrad »  d'Annaud ou du film «le Pianiste» de Polanski,  venez à Varsovie. Ce n'est pas du voyeurisme historique, la souffrance n'apporte aucun plaisir mais comme l'écrivait un  enfant dans son journal intime, dans une vitrine du musée de l'insurrection, il ne faut jamais oublier ce qu'il s'est passé ici, jamais. C'est donc un devoir de mémoire d'affronter les pires images de souffrance, un rappel, un vaccin contre la barbarie, pour relativiser nombreux de nos problèmes, pour nous mettre en garde, pour nous faire réfléchir sur notre humanité supposée ou réelle et enfin pour voir de quoi l'homme est capable dans ses pires moments.

 Les musées: 3 , 1 petit , 2 immenses et ultra-modernes.

 -Musée de la Prison Pawiak
-Musée de l'histoire des juifs de Pologne (Polin)
-Musée de l'insurrection de Varsovie



MUSEE DE LA PRISON PAWIAK

La prison vers où tout ce que le début du XX ème siècle compta comme  criminels, «opposants», «indésirables» se dirige en rang serré. Le premier prisonnier arriva en 1835. Il ne reste pas grand-chose de l'établissement d'origine. Seul un pilier et une partie métallique au dessus du portail principal subsistent. Le bâtiment, tout en long a été reconstruit après la guerre. A gauche : une grande salle  consacrée aux documents de la partie musée. A droite: une reconstitution des cellules des prisonniers, et quelques salles. L'endroit n'est pas immense et il y a foule avec ces cars de jeunes et de touristes qui affluent en cette journée d'ouverture gratuite (jeudi).


Ils ne me gêneront pas trop, je vais rester très concentré, absorbé par tous ces documents de longues minutes. L'image qui me marquera le plus est celle de cette jeune fille dans un champ, pleurant sa sœur atteinte par les balles d'une attaque aérienne allemande. Elle ramassait des légumes. C'est poignant et intenable. Ou est-ce cette photo de deux prisonnières faces contre le mur sous l’œil bestial d'un gardien allemand qui les observe à moins d'un mètre. Un peu plus loin un mur montre des centaines de photos de personnes décédées après leur passage à la prison, exécutées la plupart des un coin plus tranquille et sauvage de la ville. Toutes ces vies effacées, ces regards, donnent froid dans le dos. On voit des images terribles de soldats allemands amenant des prisonniers résignés vers la mort, un bandeau noir sur les yeux. Les photos d'humiliation de tous ces juifs sont terribles. Le sourire de ces soldats en train de couper les cheveux, de raser les barbes l'est aussi. Et quand ils paradent devant leurs victimes leur attitude de bourreau semble absurdement inhumaine et sadique. Une borne interactive attire mon attention, elle décrit le trajet qu’empruntaient les prisonniers pour se rendre dans les locaux de la Gestapo afin d'y subir de terribles interrogatoires. Des matraques en nerfs de bœuf ou en fils de fer sont exposés. Un écran affiche de façon chronologique les exécutions ayant lieu en ville, les chiffres s'affolent, des cercles rouges sang grossissent et tachent l'écran. Des vitrines exposent les objets personnels des victimes, de simples petits objets parfois dérisoires qu'ils devaient chérir et qui les raccrochaient à la vie. Quelle valeur pouvait avoir ces petites photos cachées et ses lettres pliées et repliées dans leurs cachettes?

Plus loin on lit que les gardiens s'amusaient à tirer de leur mirador les juifs à découverts, dans le ghetto non loin ou comment les rescapés des exécutions étaient retournés face contre terre d'un coup de botte pour être achevés avez zèle par les soldats. La visite des cellules est aussi édifiante. Ici ils s'entassaient à 12 pour 4 places, là ils attendaient leur exécution.

Devant l'entrée de la prison, un ancien chêne était recouvert de plaques commémoratives. Il est mort dans les années 80, fut maintenu en place par une structure en acier puis au final, dut être coupé pour être remplacé par sa copie en métal. Une salle du musée est consacrée à cette histoire.


C'est le tout début de ma visite de Varsovie, j'affronte à froid un lieu de mémoire incontournable et glaçant, émouvant et nécessaire. Mais comment comprendre Varsovie sans cela, sans éprouver ses souvenirs et ébranler nos sentiments? Il n'y a pas d'autres voies.

J'enchaîne l'après-midi par l'immense MUSEE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE POLOGNE (Polin). Rien que le bâtiment mérite une visite, ultramoderne il est visible de loin au milieu d'une très grande esplanade, devant un imposant monument dédié aux héros du ghetto. Beaucoup de monde (gratuit le jeudi) , ce qui au début est très gênant. Puis les salles deviennent plus vivables. Toute l'histoire de la communauté juive de Pologne y est relatée dans une muséographie impeccable et moderne. Les premiers temps de l'histoire juive ne me passionnent guère même si on ressent vite que les problèmes et que l'antisémitisme n'est pas vraiment récent. 


Dans une salle, un toit d'une ancienne synagogue du XVIIème siècle, détruite en 1914 est reconstituée. Un peu plus loin on parcoure une rue d'un quartier juif de l'entre-deux-guerres. De salle en salle on arrive aux salles sur le ghetto de Varsovie et sur l'holocauste, les plus marquantes. Que dire de ce Dr Korczak qui refusa de laisser partir les enfants de son orphelinat sans lui vers le camp de Treblinka? Ce sacrifice ultime laisse sans voix. C’est avec beaucoup d'émotion que je parcoure les salles obscures montrant les détails de la solution finale. La sélection, l’abattage, les convois: on ne peut s'y faire et l'incompréhension demeure intacte. Mais ne continuons pas comme cela de la sorte bien souvent avec nos animaux? Le progrès se fait attendre, le progrès n'est pas dans les liaisons satellites et les portables, il devrait être ailleurs. Le musée est immense et je ne pourrais tout voir, il vaudrait mieux le compartimenter en plusieurs visites car 1000 ans d'histoire des juifs en 2 ou 3 heures, c'est forcément trop peu. Voilà bien un endroit remarquable, d'une grande densité émotionnelle et historique, à voir et à revoir.







​Le MUSEE DE L'INSURRECTION DE VARSOVIE relate un épisode tragique de la seconde guerre mondiale. Le 1er août 1944  les habitants se révoltent pour libérer leur ville de l'occupant allemand. L'armée russe, observe sans aider les combats qui verront périr 150 OOO habitants avant la reddition, 63 jours plus tard. Combat héroïque, romantique, vain, inutile...les questions se posent encore mais les survivants ont enfin droit, depuis 2004 , à un merveilleux musée retraçant leur histoire. Le peuple polonais est connu pour son romantisme. Romain Gary en parle bien dans son roman « L'éducation européenne ». Ils parlent de ces jeunes qui n'hésitent pas à mourir pour leur nation, pour avoir le droit d'affirmer leur liberté. La révolte, si elle fut vaine et aux conséquences désastreuses illustre bien se penchant polonais. Le même qui poussa la cavalerie à chercher les chars allemands quelques années avant.

 L'endroit est bien agréable, dans un quartier entouré de somptueux gratte-ciels en verre. C'est une ancienne centrale électrique pour tramway, en brique, qui est aménagée pour recevoir les collections du musée. Tout autour, un mur, parfois dessiné à la façon de celui de Berlin avec de nombreux dessins de qualité,  porte le nom de milliers de victimes. Si l'on y pense, si on  essaye de ne pas passer devant comme on passe devant des briques nues, cela en devient affolant et vertigineux.

Le musée, à l'image de celui de Polin, est très moderne et vraiment très bien fait. Précisons qu'une visite n'est pas suffisante. Il y a bien trop d'informations (nous avions pris le très intéressant audio-guide)  et on ne peut se concentrer autant de temps qu'il en faudrait.


Toute la chronologie (avant, pendant et après l'insurrection) est suivie parfois au jour près et encore une fois la visite est passionnante autant qu'émouvante.

Je retiens ces histoire d'enfants messagers, courageux transporteurs d'informations, la reconstitution des égouts dans lesquels se faufilaient les insurgés, les scènes horribles du ghetto avec la collecte des cadavres décharnés, le film en 3D du survol de la ville après sa destruction en 1945 … Une photo m'interpelle: un cadre, devant une fenêtre. Je prends juste un cliché. Je m'apercevrais plus tard que c'était Wladyslaw Szpilman, le héros du film «Le Pianiste». La fenêtre ouverte est celle d'où il est prêt à se jeter dans le film, que je ne peux m'empêcher de revoir, un soir, dans ma chambre d'hôtel, avec un regard encore différent. Je commande le livre 5 minutes après le visionnage, pour encore détailler le sujet. Je note encore les massacres dans le quartier de Wola, une des plus grandes exactions vécues en Pologne. 40 à100 000 habitants tués en 4 jours, les armes des snipers ( cf Stalingrad, le film), les problèmes de la malnutrition dans le ghetto...L'ambiance, souvent sombre, le dédale des expositions avec des détours et des recoins, relatent très bien l'ambiance d'une guerre urbaine. Parfois des bruits de bombes rendent encore plus réalistes les images qui pourtant n'en manquent pas. Au final, une visite qui marque profondément mon esprit. J'en discuterai longuement avec Joanna, qui a forcément eu de nombreux témoignages de cette époque par sa famille, ses amis...1944, ce n'est pas si lointain dans les mémoires. 72 ans...mais Zidane marquait de la tête il y en a 18 ans et Platini il y a 34 ans. Difficile de marcher dans Varsovie et de croiser des gens âgés sans y penser, qu'ont-ils dans leurs mémoires? Des choses à raconter, d'ailleurs je suis surpris de voir dans les devantures des librairies autant de livre sur la Shoah, sur l'Holocauste...Les pages se tournent, mais cette fois, pour mieux comprendre.

Maison des 3 frères


Dans les villes et dans les campagnes un tas de plaques, de monuments, sont visibles comme  rarement ailleurs. Les souvenirs sont lourds, encore aujourd'hui.

Dans Varsovie même, je me rends  au mémorial Umschlagplatz, l'endroit où se trouvait la gare depuis laquelle  300 000 personnes partirent pour leur dernier voyage vers les camps de la mort. La scène est bien visible dans « Le Pianiste » par exemple. Il ne reste qu'un mur, et quelques bougies éteintes par la pluie. Quelques cailloux parfois. Je me demande alors jusqu'à quand perdureront ces signes. Qui fleurit les tombes des massacrés de l'époque Napoléonienne? Déjà les cimetières doivent faire la place en France et nos poilus voient vite les pancartes qui disent dans des mots proches «concessions  jugées comme à l'abandon. Contacter la direction des cimetières si vous êtes intéressés». Quand s'éteindront ces petites lampes ou bougies qui diffusent une lueur rouge dans de nombreux lieux de mémoire? Cette page, si lourde, de notre histoire, peut-elle être tournée? Je ne le crois pas. Il y a des pages que l'on doit lire et relire, les afficher sur ses murs, et ne pas passer à autre chose. Cela doit rester présent dans notre futur.


Quant aux restes du mur du Ghetto, je ne pouvais partir sans les voir. Parfois quelques pancartes disséminées dans le ville indiquent un tracé au sol, un coin d'où partait deux pans, mais, des murs,  il n'en reste que d'infimes traces, 2 je  crois. Je vais mettre un peu de temps à trouver le pan entre les rues Sienna et Zlota, entre deux immeubles. C’est encore une fois très émouvant de voir cette séparation, bien plus que celle de l'ancien mur de Berlin. Là c'est la mort et la misère au delà des briques. Je vais rester un bon moment à me recueillir en silence, observant les petits cailloux, les petites bougies rouges, en essayant d'imaginer ce qui se passait derrière. Je sais que des juifs du monde entier viennent en séjour à Varsovie. Sans atteindre leur niveau de souffrance dans le souvenir, je prends ma part de mémoire. Ce mur ne se limite pas à une communauté, c'est une fondation qui parle toutes les langues et à tous les peuples. Ecoutons les briques et les pierres.

 

Enfin parmi les traces de l'histoire juive, je me suis promené vers la place Grzybowski, non loin de la synagogue Nozyk et d'un théâtre juif, sans toutefois parvenir à en tirer ni émotion ni informations pertinente.

PALAIS, PARCS ET ENCORE UN PEU PLUS



Pas mal de beaux monuments malgré tout dans cette ville toute reconstruite (pour les sceptiques voir ici à quoi elle ressemblait  en 1945).

Le Palais  de Krasinski au bout d'un jardin, les palais de la rue Modiowa, la place du Grand Théâtre...bien pour une petite promenade mais rien de bien excitant non plus. De belles façades mais cela reste bien superficiel après les autres trésors, plus subtils de la ville.

Sur la place Jozefa Pilsudskiego, 2 gardes protègent la flamme du Soldat Inconnu qui bénéficie d'un imposant mémorial. La place est assez grande, devant l'immense façade de l'hôtel Sofitel (qui n'a pas l'air si moderne) .Derrière, le jardin Saski offre de belles perspectives et une belle fontaine. Les locaux y évitent les flaques pendant que les petits chiens se courent après en se jouant des parterres fleuris. Un peu plus loin un autre palais, Lubomirskich,  ne me marque guère.

​LE  QUARTIER DE PRAGA ET LE MUSEE DE LA VIE SOUS LE COMMUNISME



 

Pour finir je vais faire une excursion rive droite de la Vistule, dans un quartier autrefois très malfamé et aujourd’hui' hui encore un peu craint  malgré la gentrification . Prenez un peu le Varsovie bohémien, un peu d'esprit underground, quelques bobos puis mélanger me tout.

Je commence la visite avec Joanna du petit Musée de la Vie sous le Communisme. C'était un endroit que je voulais absolument voir et que les locaux rencontrés ne connaissaient même pas. Déjà, trouver  le lieu est un petit voyage. Au rez de chaussée d'un vieil immeuble industriel, dans un quartier qui ne respire pas la gaieté ni la richesse, il faut pousser des portes et enfin arriver à le trouver dans un quartier qui me rappelle parfois mes explorations  urbaines «branchées-underground» à Berlin.

Je suis toujours attiré par ces petits musées spécialisés où tout est misé sur l'ambiance, sur la simplicité plus que sur la rareté des objets. C'est tout petit mais nous allons passer en revue ( sur la place devant le Palais de la Culture)  chaque petit détail. L'émotion et la nostalgie sont là. Joanna m'explique tout et revoit ses jouets d'enfance, les bonbons et boissons, les objets de tous les jours. C'est passionnant et tout autant nostalgique pour moi. Des 33 tours tournent et nous enveloppent de la musique des années 80. Ici Joanna me montre les décorations de son père, là elle m'explique que les bas étaient comme des produits de luxe, reprisés jusqu'à l'extrême limite. Dans la cuisine, on retrouve la marque nationale et forcément les mêmes ustensiles, vus dans toutes les familles de l'époque en Pologne. La chambre d'enfant est selon Joanna exactement dans le ton avec son ours Colargol (polonais, crée à Lodz) , son dessus de  lit , sa poussette.  Je confirme, Joanna sortira  bientôt les vieilles photos de famille. Je vais découvrir ses vacances au bord de l'eau, la moustache de son père, la mode des années 80 , les verres de vodka sur la table, la golf de tonton...C'est pour moi un vrai voyage dans le temps, vraiment passionnant. Je ne me lasse pas d'entendre ses témoignages de l'époque de nos différences. «Et nous étions heureux !» me dit Joanna. Que vaudront nos voyages dans quelques années, quand nous aurons disparus dans l'uniformité? Avant en Pologne, c'était pire, mais un peu après, c'était quand même pas mal. Que nous ayons du confort, certes, mais qu'il soit unique et  différent, là est mon souhait. Je ne me ferai jamais à ce clonage de nos objets, de nos valeurs. Ostalgie ou pas,  voilà un endroit vraiment passionnant.

Nous poursuivrons un peu plus tard la visite de la rive droite par quelques rues soit -disant bobos avec cette fabrique de vodka par exemple réhabilitée en salle de spectacles  et  en appartements (chers). De nombreuses villes d'Europe ont ce type de quartier et de grand-écart entre décrépitude et branchitude. L'endroit se métamorphose même si quelques rues  montrées de loin  restent dangereuses avec leurs squats dans des immeubles délabrés.

Sur la rive droite, mais je ne sais plus très bien dans quel quartier, nous savourerons des glaces  dans  la rue Française, non loin du lycée français de la  ville, quartier forcément très huppé.

LES PLAISIRS DIVERS EN AUTOMNE



 Je passe sur mes deux invitations  (refusées) pour des gogos-bars, d'autres en parleront en toute connaissance de cause. Joanna et ses deux amies m'ont promené un samedi soir dans 3 endroits différents, où le choix des bières était impressionnant et l'ambiance très décontractée parfois, un peu plus branchée ensuite. Dégustation de pâté de foie entre deux pintes, le tout à des prix vraiment attractifs pour nous français. La ville le soir semble très sûre, aucun signe de violence, ni verbale ni physique, encore une fois nous semblons un peu rugueux en France, où les incivilités sont courante. Ici, dans le bus ou le métro (tout neuf), tout est calme et tranquille, les gens baissent moins les yeux qu'à Paris, ils s'isolent aussi moins avec leurs écouteurs. Joanna m'assure que les filles sont aussi moins interpellées et ennuyées par les hommes. Ici, comme à l'attente du feu vert devant une rue déserte, les gens respectent les règles, me dit-elle.


Niveau gastronomique, je vais me faire plaisir en particulier dans les quelques bars à lait (mleczny) que je vais essayer. Ces endroits, reliques de l'époque communiste, fournissent une nourriture subventionnée donc à bas prix dans des endroits minimalistes. On commande ses plats, on attend qu'une de ses cantinières à l'ancienne vous servent et on ramène le plateau à la fin. Les assiettes de soupe débordent presque, les pierogi ( sorte de gros raviolis fourrés au fromage par exemple) , les kotlet schabowy ( escalope de porc panées) me sustentent autant que l'ambiance me ravit.

Les cantinières chantent, parfois la salle est toute vide et je n'entends que le bruit des oiseaux près de la fenêtre, parfois c'est bondé comme dans Novy Swat, rue plutôt chic et chère où cet endroit détonne et survit. J'adore l'authenticité des lieux, l'esprit cantine m’a d'ailleurs toujours plu. Il semble cependant que les subventions diminuent et que ces lieux sont menacés. Profitons-en encore un peu, avant que l'uniformisation n'érode une fois de plus nos différences.

De beaux cafés et des restaurants plus élégants se trouvent en ville mais je n'en ai pas trop profité. Seul, c'est moins marrant. Mais j'ai quand même été servi une fois par une jeune femme en tenue traditionnelle. La grosse crêpe aux carottes et son bœuf en sauce fut une réussite.


Par contre aucun stand de rues, ni de marchés parmi toutes les rues que j'ai pu parcourir. Ce n'est pas l'endroit ou peut-être pas la saison.





​Enfin un dernier mot sur les Polonais, tous très agréables. Pas forcément très bavards d'un premier abord mais à chaque fois que vous leur poser une question ils s'illuminent pour vous aider. J'ai été surpris de voir Joanna, demandant souvent des renseignements, dans les musées, les gares, la rue, et être reçue avec beaucoup d'attention là où beaucoup auraient répondu avec négligence à ses requêtes en France.

Mes hôtes furent Marcin et Joanna, le premier, assez bavard, très organisé, traduit des films depuis son appartement près de Slodowiec. Il fait du couchsurfing à la chaîne à la recherche de conversations. Etape très confortable mais assez épuisante car sans temps libre. Joanna est une juriste, grande voyageuse, habitant rive droite dans un immeuble de Goclaw. Très énergique et attentionnée, elle va m'offrir beaucoup en 1 jour et demi. Exactement le partage attendu et une très belle rencontre pour finir ma visite de Varsovie.



Quelques    ​​​​​​​​​​​​​​​​​​​PHOTOS  de la gastronomie polonaise.





 




​ALLER  A VARSOVIE POUR:
 
-Prendre le temps devant le défilé d'images du Photoplastikon

-Affronter notre mémoire  et notre humanité dans la Prison Pawiak , au musée Polin, au musée de l'insurrection de Varsovie et devant le mur du Ghetto. 

-Voyager en ostalgie au Musée de la Vie sous le Communisme

-Voir  la ville d'en haut depuis le Palais de la Culture

-Se promener dans   la Vieille Ville

-Sortir et profiter de tous les types d'ambiances à des prix imbattables pour un français




Quelques    ​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​PHOTOS  en plus de la ville de Varsovie.





​Jours 6 à 8: BIALOWIEZA ET SON PARC NATIONAL: terre des bisons et dernière forêt primaire de plaine  d'Europe.

En un peu plus de 3 heures depuis une gare routière de Praga, un bus confortable vous emmène près de la frontière biélorusse dans un endroit assez fascinant par son histoire et sa biodiversité.  Comme me prévient Joanna, là commence une autre Pologne, plus authentique, plus sincère peut-être encore. C'est vrai qu'une fois la capitale derrière soi, les choses changent: les habitations se font plus modestes, les tenues aussi. On voit bien plus souvent qu'en ville les mamies et les papis, elles avec leurs foulard sur la tête, eux avec leurs casquettes fourrées.  Les maisons en bois aussi apparaissent, ainsi que le gibier dans les champs, la forêt commence vite à border la route.

La ville de
Bialowieza semble toute endormie à mon arrivée, le bus longe un étang artificiel, agrément du jardin des tsars, passe devant une imposante église orthodoxe en brique rouge puis me laisse au carrefour d'une grande rue déserte. Pas un bruit, quelques magasins  (moins de 10 en tout) discrets, dont la plupart semblent fermés. Ambiance de fin de saison, automnale, humide sous le ciel gris.

Ma chambre d'hôte est une grande et belle maison tenue avec gentillesse et soin par Beata. Du couloir du premier, on peut voir la forêt et c'est un très bon endroit pour observer les bisons sauvages avec des jumelles. Je prends possession de ma confortable chambre avant de partir me promener en «ville».


L'endroit est remarquable à plusieurs titres. D'abord son histoire. Le grand parc dans le centre, avec ses arbres remarquables était célèbre auprès des tsars de Russie pour sa résidence de chasse, aujourd'hui détruite depuis les années 50 et transformée en maison du parc et en musée de la nature. Ils venaient ici en famille chasser les loups, bisons et autres gros gibiers. Dans le musée et dans le parc, de nombreuses explications et photos montrent ce qu'il en était au début du XXème siècle et après. Des dépendances en briques rouges, parfois un peu à l'abandon, demeurent encore ici et là. Des sentiers parcourent le parc , on en fait le tour en moins d'un heure une fois passé l'impressionnante porte en bois marquant l'entrée dans le parc national. Je me promène malgré la pluie et la luminosité faible avec plaisir, seul, un lundi où tout est fermé. Une maison au bord du lac, toute en bois, le toit couverte de mousse semble sortie d'un livre de contes. Elle date de 1845 et a un style russo-suisse. Le tsar Alexandre II y séjourna lors d'une chasse en 1860.Des photos montrent le prince Mikolaj Mikolajevich posant devant sa façade en 1886 avec le gibier ramené de la forêt, rendant l'endroit assez fascinant, si l'on fait l'effort de s'imaginer ici à la fin du XIXème siècle.

Pour ma part, je ne compte pas chasser mais trouver de quoi organiser une sortie naturaliste avec un guide dans la zone strictement protégée de la forêt. Un grand parking vide, des baraques à sandwichs et  des panneaux nombreux m'indiquent qu'il doit y avoir du monde en saison mais je trouve tout fermé après 3 heures de l'après-midi.  N'ayant rien d'autre à faire qu'à errer je vais pousser ma marche jusqu'à la porte de la zone protégée, à environ un kilomètre de là. En y arrivant, par un chemin de terre au milieu des champs et des bottes de foin, j'ai l'impression de me trouver dans le film «Le village», devant la porte qu'il ne faut pas franchir. Derrière est un autre monde. Des caméras et des panneaux n'incitent pas à passer outre. Je jette un œil dans l'obscurité et m'en retourne, pensant ne pas pouvoir y retourner. Etant seul, les guides ne me proposent par email que des sorties privées à 100 euros ce qui est un peu trop je trouve. Le lendemain tout s'arrangera pour moi.

De retour à la nuit , soit vers 17 heures vu le ciel chargé, je passe ma soirée tranquille dans ma chambre, sortant juste dans le noir total, les pieds dans les flaques, pour trouver une pizza dans un des seuls endroits possibles de la ville totalement déserte ( 3000 habitants , pas plus, je précise). Séance cinéma «Le pianiste» dans mon lit. Varsovie est toujours dans mes pensées.


Le lendemain je découvre avec joie qu'un couple de scientifiques est arrivé tard hier soir et cherche aussi à découvrir la forêt primaire. Nous nous arrangeons vite sur un projet commun que nous finaliserons dans le petit bureau du PTTK , où un guide nous est trouvé pour l'heure suivante ( 225 zlotys pour 3 soit moins de 60 euros) Une aubaine pour moi, je vais pouvoir quitter le Village!


Je rencontre en ville un couple de cyclotouristes français qui partent pour le bout du monde, sur un an. Je les trouve très courageux et nous partageons quelques expériences sur le matériel et sur les aléas du voyage à deux roues.

La visite démarre du bureau des guides. Joanna, une petite dame arrive avec son bonnet en laine vert aux longues tresses sur la tête et ses jumelles en bandoulière. Elle va s'avérer un guide très agréable. Nous nous enregistrons et payons l'entrée au parc  (un peu plus d'un euro) à côté du musée , et partons vers la porte de la zone réservée. Il faut savoir que le lieu est unique en Europe, protégé par l'Unesco en tant que réserve de biosphère et patrimoine mondial de l'humanité depuis la fin des années 70.  Les derniers bisons d'Europe y furent tués vers la fin de la 1ère guerre mondiale avant qu'un programme de réintroduction ne fut lancé dans les années 50.  Les loups sont entre 50 et 70, les cervidés plusieurs milliers, le lynx est aussi là ( notre guide l'a rencontré une ou deux fois en 13 ans!) , ainsi qu'un tas de rapaces dont l'aigle de Poméranie. Mais c'est surtout le végétal qui est unique. A la différence d'une forêt classique les arbres ici tombent et se décomposent naturellement permettant à des colonies de champignons et d'insectes de se  développer sans entraves. 


Dès la porte franchie, nous nous arrêtons sur des plaques commémoratives en l'honneur de quelques scientifiques. Plus loin dans la forêt un autre lieu rend mémoire aux habitants exécutés dans la forêt, un millier environ. Il faut savoir que devant l'église du village furent pendus des dizaines d'habitants lors de la 2nde guerre mondiale. Effrayant.

Rapidement, après avoir quitté une sorte de route tracé à l'époque des chasses tsaristes, nous empruntons des pontons en bois pour entrer dans un monde assez magique, couvert de mousse et de champignons. Parfois un petit marais semble sortir du « Seigneur des Anneaux». Les grands arbres tordus avec leurs troncs creux abritant les animaux ne choqueraient pas dans un Hary Potter. Joanna , notre guide lutine, nous montre un tas de champignons originaux, comme ceux qu'aiment manger les bisons. D'autres profitent d'autres champignons qui eux-mêmes profitent des troncs en décomposition. C'est original car cet abandon ne se rencontre jamais dans nos forêts, ici la vie s'autorégule, même si l'homme doit parfois dégager le sentier de troncs qui s'y effondreraient dessus. Nous touchons les écorces , observons les restes des repas des écureuils sous les épicéas, identifions un troupeau de cerfs au loin, un lièvre ( qui est plus rare à voir que les bisons selon la guide) ...mais pas de nos gros mammifères à poil . Peu importe, la visite est passionnante malgré la pluie qui redouble. Ici un arbre, maintenant à terre, où le tsar aurait aimé l'ombre ( en fait un artifice pour attirer les gens dans la forêt à une époque où cela n’intéressait pas grand-monde. Après plusieurs kilomètres et le corps infusé de ces splendeurs nous rentrons rincés au bureau du parc. Une visite qui vaut le voyage pour les amoureux de nature.


Pour rester dans le thème et finir ma journée il me reste une heure pour visiter le Musée d'histoire naturelle du parc. La visite commence par quelques photos de la partie basse du parc, avec la résidence des tsars selon les époques et les photos de leurs chasses. D'une plate-forme au dessus des toits on peut profiter d'une belle vue sur les environs, le lac , le village et les plaines au loin.

Mais le clou de la visite reste  la série de dioramas. Un audio-guide sur la tête,  on avance à rythme imposé, écoutant les commentaires au fur et à mesure que les scènes s'illuminent. C’est original, ludique et très informatif. Il n'y a rien à lire, juste à écouter et à se laisser porter, comme dans une ballade en forêt. On apprend beaucoup sur la vie des petits rongeurs, sur les gros insectes, sur les rapaces, sur la prédation...Une coupe du sol montre le terrier du blaireau, les racines du pin, la partie cachée de la fourmilière. Les sons sont aussi importants. On y entend le brame du cerf, les plaintes de l'élan, les chants des oiseaux...Des scènes expliquent aussi l'époque où les chasseurs de miel aménageait des  ruches, celle où les forestiers exploitaient les bois pour de l'essence de térébenthine par exemple .Voilà un endroit vraiment intéressant pour une visite animée et jamais ennuyeuse.

La soirée sera utilisée à faire sécher les affaires,  à écrire des cartes  montrant les bisons à la famille, écoutant un peu la musique provenant des programmes biélorusses à la télévision. La frontière est toute proche, des instructions rappellent les risques qu'il y aurait à la franchir de manière clandestine. Un visa touristique est facilement accessible depuis le village pour une petite virée à l'est.


Le dernier matin, je me force à me lever à 6h30 pour tenter d'aller observer les rois des lieux. Ma chambre d'hôtes est idéalement placée. Il suffit de partir plein nord vers la haie qui délimite la zone, en général ils sont là le soir et au lever du jour.  Je vais marcher dans les prés, me tremper les pieds mais sans rien voir. Disons que sans jumelles  cela reste difficile d'identifier les bêtes à une telle distance. Je m'avance jusqu'à la haie, attends puis rentre me coucher. J'aurais essayé. Le couple de scientifiques en a vu 1 hier soir, 3 touristes américaines en ont vu aussi l'autre jour.  Ils resteront cachés pour moi, dommage.



Quelques    ​​​​​​​​​​​​​​​​​PHOTOS  de Bialowieza et de sa forêt.





​Jours 8 à10: GIZYCKO et  la région des lacs de Mazurie

 D'un petit bus local, je quitte la région forestière en matinée direction Bialystok, une grosse ville à 2 heures de là. Rien d'époustouflant à se mettre sous les yeux. Au milieu des champs parfois poussent des pylônes aménagés pour faire des nids aux cigognes. L'endroit en est rempli en saison. Un transfert en ville et c'est dans un très confortable train (on dirait une première classe française) que je rejoins Gizycko, environ 30 000 habitants, centre touristique de la région des lacs.

A l'office du tourisme, ici, on ne parle pas anglais, ce qui est surprenant quand même. Je prends un tas de paperasse, essaye de communiquer en allemand façon «La grande vadrouille»  avec un vocabulaire limité; pomme de terre, attention, vite, dormir, bon, avec et le célèbre groupir ...avant de me rendre en taxi pour mon canapé du soir, chez Stan et Vitam. Lui est retraité de l'armée polonaise, elle enseignante mais ne parlant pas un mot d’anglais. La frontière russe est à 28 km à vol d'oiseau, le vent d'ouest est bien faible ici.

Je vais passer chez eux, dans leur belle ferme au milieu des champs, deux journées très agréables. J'apprendrai quelques anecdotes de l'époque communiste, les listes d'attentes interminables pour les télévisions couleurs, les prix qui doublaient entre le jour de la réservation et le jour de l'achat à cause de l'inflation, les emplois à moitié fictifs où l'on se tournait les pouces ...Nous parlons d'une certaine hypocrisie face à la mort de ses proches. Ici on se doit de fleurir énormément les tombes (Toussaint est peut-être le paroxysme) , de se recueillir, d'allumer des lampes ...alors que les liaisons étaient parfois tendues voire distantes  du vivant des défunts. Comme souvent aussi, les problèmes politiques sont abordés, la crainte du géant russe, les problèmes du système médical. Les soirées seront confortables, un verre de vodka à la canneberge maison, devant le poêle, écoutant du Chopin ou d'autres classiques.  Stan me raconte aussi les faits de guerre dans sa région. Un allemand habitant sa maison dans sa jeunesse lui raconta que  des gens furent abattus sur la ferme.  Il  a lui même retrouvé un fusil, et il était courant dans sa jeunesse de trouver partout des armes et des munitions dans les forêts et les champs. Le sang a vraiment coulé partout en Pologne, c'est une évidence. Il me parle des massacres perpétrés par les Ukrainiens contre le peuple Polonais. Il me raconte aussi les témoignages qu'il a recueillis de ceux qui sont revenus des camps de travail de Sibérie. Il note aussi la difficulté à faire admettre aux Russes leurs erreurs passés,  ou présentes, ce que les allemands arrivent à faire.  Alors que Staline passe sur un documentaire à la télévision, je ne peux m'empêcher de penser que la propagande est toujours d'actualité en Russie. Poutine en petit père des peuples?


LA VILLE  DE GIZYCKO:

Je m'attendais à  un petit port au bord d'un lac sauvage...je vais être assez déçu de prime abord par l'ambiance de cette ville. Rien de particulièrement beau dans le centre hormis un pont pivotant, assez unique en Europe, mais s'il ne bouge pas devant vous, cela ne reste qu'un petit pont tout à fait banal. Une tour d'observation est là mais je n'aurais pas le temps d'y monter. Il reste la forteresse  Boyen, du nom du ministre prussien de la guerre, relativement intéressante. C'est une forteresse vraiment immense, datant du milieu du XIXème siècle, aujourd'hui désaffectée et transformée en site historique et en auberge de jeunesse.  Elle a la forme d'une étoile à 6 branches. Je vais la visiter en soirée, entre 17 et 18 heures, dans la pénombre et  tout seul. Le chemin de ronde est très long, un brin monotone mais je reste fidèle à mon choix d'itinéraire: 3 balisages au sol vous proposent trois parcours différents. La partie la plus intéressante  est la visite des bâtiments : arsenal, casernes, écuries... Tous décatis, parfois en ruine, sombres et humides, recouverts de dessins, c'est toujours un plaisir à explorer. Je ne vois pas grand-chose mais cela apporte au charme effrayant de l'endroit. Au milieu de ces quartiers qui ressemblent à une ville fantôme, j'ai la sensation d'être acteur dans un film post-apocalytptique. Une lumière au loin, un bâtiment sert à quelques expositions, sans grand intérêt pour moi.  En partant, je me retrouve face au chien du gardien qui grogne. Le gardien sort,  l'énorme porte façon château fort est désormais fermée. Il me demandera de la pousser et de bien fermer derrière moi. C'est assez impressionnant, je me crois devant les portes du Mordor, et fais ce qu'il demande.


La ville dispose de son port, et de lacs autour. J’étais venu en fait pour cela mais tout semble tellement saisonnier et mort en octobre, sans l'aide de l'office du tourisme, et vu le temps très humide, je vais abandonner l'idée d'un séjour trop nature.




Quelques    ​​​​​​​​​​​​​​​​PHOTOS  de  la forteresse à la tombée de la nuit.





LA TANIERE DU LOUP: centre névralgique du 3ème Reich

 Je ne voulais surtout pas manquer cette visite qui pour tout amoureux d'histoire du XX ème siècle est immanquable lors d'un voyage en Pologne. A quelques kilomètres de Gizycko, en prenant un bus et un taxi sur 8 kilomètres, vous arrivez au milieu des bois, dans la forêt de Gierloz,  dans le centre stratégique des allemands durant la 2ème guerre mondiale. L'endroit est calme, très peu de touristes et deux  polonais qui proposent des visites guidées. J'irai acheter un petit livre en français à l'hôtel restaurant sur place, indispensable pour la visite. La mienne durera 3H30, autant dire que j'ai adoré cet endroit fascinant pour son atmosphère. Quel endroit au monde eut autant d'importance que ces quelques hectares de forêt où Hitler, Goering, Speer et les autres recevaient les grands de ce monde et élaboraient leurs plans diaboliques ? On est là dans l'antre du Mal,  dans le plus grand des 7 quartiers généraux d'Europe, qu'Hitler appelait sa Tanière du  Loup : Wolfsschanze.

La forêt automnale est très belle et pour une fois, la première depuis le début du séjour, le temps sera beau et sans pluie. Un cadeau pour cette visite en plein air si importante.

Le sentier proposé dure  un peu moins de 2 km. Des balisages vous guident, des panneaux sont là pour parfois apporter des informations, et sur chaque ruine, un gros numéro permet de vous retrouver avec les informations du livre.




​Il est bien écrit de ne pas rentrer dans les ruines car tout est instable mais je ne vais pas résister longtemps aux interdictions. D'ailleurs, vu les traces au sol, je ne suis pas le premier. Commençons par le plus impressionnant: le bunker d'Hitler. Il passa ici environ 3 ans. C'est un coffre de béton immense, posé sur le sol, fissuré par les explosions qui ont tenté de le démolir. Il reste encore pas mal de murs debout cependant. Sans ces efforts de destruction, il serait sûrement là, intact, comme les pyramides d'Egypte.  Il faut savoir que les quelques tonnes d'explosifs mis à l'intérieur firent tellement trembler le sol que la glace des lacs alentour se brisa! On peut rentrer dans un couloir (interdit quand même) et faire une dizaine de mètres dedans. J'y rejoins un groupe d'allemands parlant bien fort. Ils me demandent ma nationalité, me parlent du mur de l'Atlantique...Seule la langue allemande résonne autour de moi. C'est assez surréaliste d'entendre cela ici,  mais cela rajoute encore plus à l'ambiance. Que s'est-il dit entre ces murs? Le destin du monde. Je vais explorer ce qui est possible, observant les murs éventrés, les fondations en métal sortant de partout, les échelles métalliques pour monter sur le toit. C'est un bunker à la démesure du dictateur paranoïaque, bien loin des fragiles  défenses familières de ma côte girondine. L'endroit est fascinant je le répète. Un peu plus loin, on visite le garage du site, là où sûrement Hitler arrivait dans sa belle berline allemande.  La ligne de train qu'il empruntait en provenance de Berlin est visible, les rails sont toujours en service. D'autres préféraient venir en avion, un aérodrome étant tout proche.


Autre temps fort: le bunker de Goëring et sa maison toute proche. Même s'il ne reste que les murs c'est encore une fois incroyable d'être là, dans une intimité qu'il était impossible de concevoir à l'époque. Le site était même inconnu des avions espions alliés. Aujourd'hui c'est un site touristique! Le livret montre un tas de photos des dignitaires recevant d'autres  chefs étrangers comme Mussolini ou en train de discuter devant les bunkers.

Ce qui est effrayant aujourd'hui, c'est juste la crainte de se faire écraser par ses blocs de bétons en équilibre, parfois tenus de manière dérisoire par des simples branches. Peut-être une allégorie de l'union des petits contre le Mal qui écrase le monde.

Le bunker de Bormann est aussi très impressionnant par sa taille.

Il faut noter que tous sont recouverts de mousse, d'arbres qui les recouvrent....une sorte d'Angkor de Pologne, sur une civilisation non pas grandiose mais disparue.


Et puis il y tant d'autres bâtiments; des hangars, des réserves d'eau, des restes de cinéma, de sauna, de réserves d'alimentation. La salle des communications devait être aussi un endroit hautement stratégique, en liaison directe avec Berlin et avec tous les généraux. Il faut noter que tous n'habitaient pas là, d'autres sites dans les environs abritaient d'autres dignitaires, comme à Mamerki par exemple, site encore mieux préservé parait-il.


Un peu plus loin des ruines sont celles de l'endroit où Hitler faillit être assassiné en 1944, épisode ayant donné lieu au film «Walkyrie ». Il n'en réchappa qu'à cause d'un bombe mal amorcée et de pieds de table en chêne ...L'histoire en fut changée, pour pas grand chose. Il ne reste quasiment rien mais on se dit quand même...c'était là, il y a 72 ans.

 En dehors du  site, gratuits et ouverts à tous cette fois, d'autres sites sont visibles. Un peu moins prioritaires pour le régime et donc moins protégés: les chambres des officiers de l'armée de l'air,  des hôtels (où dormait Speer) ...C'est désaffecté, parfois en train de s'écrouler, parfois recouverts de croix gammées. Il reste l'ambiance et je suis sûr encore pas mal de recoins à explorer.


 

Je quitte les lieux secoué par tant d'histoire en ayant le sentiment rare d'avoir partagé comme rarement un moment d'histoire avec un lieu.



Quelques  ​​​​​​​​​​​​​​​PHOTOS  en plus de  la tanière du loup. 





​Jours  10 à 11: OLZSTYN: belle ville entourée de lacs

Difficile lors d'une journée de transfert, entre des villes de campagnes, fin octobre, en bus, et sous la pluie de trouver de quoi «sauver» la journée d'un touriste pressé. Comme je ne le suis pas, je prends mon temps aujourd'hui, je vais juste programmer un petit arrêt à RESZEL, entre Gizycko  et Olsztyn. Un peu avant la ville dans un joli coin assez boisé l'Eglise baroque Sveta Lipka attire mon attention. Assez imposante, isolée au milieu de nulle part, ce lieu semble être d'importance dans le monde religieux vu la taille des parkings. Je ne jetterai qu'un œil.

Rien de bien folichon en fait dans la ville proche de RESZEL. Une vieille ville minuscule, et qui ne semble pas si vieille, autour d'un hôtel de ville assez banal. Une église en brique rouge imposante mais totalement déserte. 


J'y rentre dans le noir, vraiment, pousse d'énormes portes et me retrouve seul dans cet endroit lugubre. Il semble que l'on peut monter au sommet du clocher mais en tout cas, pour moi ce sera fermé.Un peu plus loin, le château de la ville, la curiosité du coin, est transformé en hôtel ou en musée d'histoire locale. Il avait un rôle défensif frontalier jusqu'au XVème siècle puis fut transformé en résidence de chasse pour les évêques de la région. On y voit une cour intérieure, un donjon et une promenade sur la ligne défensive, et c'est tout. Belle vue du sommet sur la ville mais cela ne valait pas l'arrêt. Je passerai plus de temps à celui du bus qu'à visiter les merveilles de la ville.



2   ​​​​​​​​​​​​​​PHOTOS  en plus de  la Vieille Ville de Reszel. 






Arrivé à Olzstyn, je dois retrouver Joanna, quelque part dans la Vieille Ville. Rien n'est vraiment indiqué dans la vétuste gare et je pars un peu à l'instinct, essayant de repérer les clochers  et parfois en demandant aux gens croisés. Sous la pluie, la ville ne m'apparaît pas désagréable, plutôt calme, avec de larges avenues, parfois une imposante église et bientôt un vieil hôtel de ville et son horloge...j'approche du but. La Vieille-Ville possède comme souvent un portail monumental, vestige des portes au travers des murailles, celle-ci ne déroge pas à la règle. Toute en brique, imposante il y a une auberge de jeunesse dans les étages supérieures et des gens qui attendent en dessous. C'est l'endroit de rencontre des locaux. Je vais me promener dans le quartier, qui, s'il  ne semble pas si vieux que cela dans la texture des bâtiments l'est dans la structure des rues ou dans la forme des maisons. Autour de l'ancien hôtel de ville transformé en bibliothèque, on trouve comme souvent la grande place et ses cafés et restaurants autour. C'est un ton en dessous de nombreuses villes déjà visitée dans le nord de l'Europe mais cela reste très plaisant avec tous les éclairages. Ici le touriste est rare, je ne vois que des locaux et c'est une chose que n'apportent que les sites secondaires. Appréciable pour moi. Trempé, mal rasés et encombré de mon gros sac, je n'ose pas pousser les portes des cafés cosys et des restaurants aux ambiances feutrées, je dois me rabattre vers  un endroit plus commun.

Joanna qui me loge ce soir enseigne l'anglais (de type business) en ville, est une amoureuse des animaux et une activiste engagée. Son activité : replacer les chiens maltraités. Deux d'entre-deux qui ont passé l'âge d'être des chiots, occupent une bonne part de sa vie. Voilà une personne très généreuse et  un combat admirable et très respectable.

La ville d'Olzstyn n'étant pas sur mon guide, je ne sais vraiment pas quoi attendre de sa visite. C'est le genre d'étape qui n'a de sens que si un hôte me reçoit et me guide. C'est assez relaxant de se lever sans avoir à penser quoi faire, à chercher les  bus et à vérifier les  horaires des musées. Je vais me laisser guider sans aucune pression.

Joanna veut d'abord me montrer  deux des  quelques lacs autours  de la ville. La région est en remplie et lui apporte tout son charme. Les berges du premier sont très aménagées : beach volley (compétition internationale) en saison, plages de sable, bars et terrasse, pontons et promenade. Le lieu est très agréable malgré le vent violent. Les cormorans et les canards se sèchent au soleil, un local nage en slip de bain et cagoule, d'autres comme nous se promènent sagement sur les berges. Je trouve tout cela bien moderne. De même du lieu de vie de Joanna, une sorte de ville de buildings tout neufs. De même  encore devant cet immense centre commercial dont l'architecture ressemblerait à celle d'un musée d'art moderne. Je me demande comment ils doivent  trouver la France. Nous semblons un peu loin de tout cela mais cela ne me déplaît pas.  Il faudrait juste que les gens changent leur image de la Pologne. Elle est bien loin souvent de celle des livres d'histoire.

Au bord d'un autre lac, je me crois un moment en Finlande ou au Canada, avec toutes ces feuilles jaunies qui attendent de tomber. L'hiver, ici,  tout est gelé et certains même ont déjà roulé sur la glace.

 La Vieille-Ville de jour est aussi agréable que la nuit, d'autant que pour une fois la lumière  m'éclaire les monuments. La cathédrale St-Jacques, construite au XIVème siècle, est lugubre et bien triste du dedans, avec toujours ces gens priant et  ces confessionnaux  non désaffectés. Cela ne me passionne guère.
Nous passons devant la statue de Nicolas Copernic qui habita ici quelques temps. Les gens posent dessus, le bronze est patiné en plusieurs endroits dont le nez et les pieds.

Le château proche est joli de dehors comme de l'intérieur de sa cour intérieure. Nicolas Copernic en fut l'administrateur et y séjourna de 1516 à 1521.En brique rouge, avec sa tour et ses chemins de ronde, il abrite aussi un musée que nous n'aurons pas le temps de  visiter. 





​Nous préférons profiter des plaisirs d'un très bon restaurant au bord de la rivière qui passe au pied du château. Le cadre est très beau avec ses rues pavées pour y arriver, les couleurs d'automne sur les arbres, les boiseries et la cheminée à l’intérieur. De plus, la nourriture sera excellente, la meilleure depuis le début du séjour: soupe de poissons et fruits de mer, filet de sandre au riz noir, haricot verts et sauce aux crevettes. 15 euros avec la boisson, dans un tel cadre, c'est donné. Le genre d'endroit un peu chic où je ne serais jamais rentré tout seul. Ils vendent aussi dans l'entrée des tomates...C'est bizarre mais le propriétaire doit aussi posséder une ferme et ils vendent alors leurs produits, dans le hall d'entrée.

Joanna veut me faire goûter les meilleures glaces de la ville dans une petite boutique. Le choix est restreint mais c'est là le gage d'un produit artisanal. Caramel au beurre salé, un délice, avec un fort goût de crème. Elle m'offre ensuite une carte de mon choix: je vais choisir Nicolas Copernic bien sûr puis il est temps de vite aller chercher mes affaires avant de m'amener au train.


Une étape bien sympathique, relaxante et confortable et un peu hors des itinéraires classiques.



Le lien vers  quelques  ​​​​​​​​​​​​​PHOTOS  de la Vieille Ville d'Olzstyn. 





​Jours  11 à 14 : TORUN : étape romantique et historique dans la remarquable Vieille-Ville.




​Si Florence et Pise sont associées à Galilée, Torun est l'équivalent italien associé à son prédécesseur dans l'histoire des sciences, l'illustre Nicolas Copernic. Alors, quand Malgosia me donne rendez-vous en ville près du Vieil Hôtel de Ville, je ne peux que l'attendre sous la tour de l'horloge, au pied de la statue du célèbre savant local. Mon arrivée sera  amusante, elle me remet les clés de son appartement, me griffonne un plan très approximatif sur mon guide du routard et s'enfuie dans la nuit. Mais on n'est pas à Fort Boyard, plutôt dans « Mission Impossible » avec un  Ethan Hunt à Prague. En fait je vais être  un peu perdu à Torun, mettant  une heure pour parcourir les 15 minutes annoncées...mais non je ne veux pas entendre qu'avec un smartphone tout aurait été plus simple. Là j'ai fait un bout de chemin avec un polonais moustachu qui va rentrer chez lui en ayant le sentiment chrétien d'avoir fait une bonne action salvatrice, ce n'est pas rien! Malgosia est une jeune femme pétillante  qui travaille dans le marketing mais qui lit Platon et Kant quand ses filles lui laissent du temps. Moi, elles me laissent l'une de leurs chambres. Pas de Justin Bieber sur les murs, je vais bien dormir.

 


Avec ses vieilles maisons en briques rouges, ses églises monumentales, sa promenade le long de la Vistule, ses quelques musées intéressants, Torun est une très bonne  étape,  immanquable pour qui passerait dans ce coin de Pologne. Quand on se promène, qu'on passe et repasse par les mêmes rues, qu'on tourne dans un petit périmètre sans jamais se lasser comme je l'ai fait durant mon séjour (3 nuits), on peut parler d'atmosphère agréable. Car c'est bien là ce qui m'a le plus plus ici. On est bien loin du cirque de Prague et je n'y ai vu que quelques touristes ça et là. Chaque monument d'importance est signalé par une plaque en 3 langues,  quelques cartes permettent de bien se situer mais le centre est petit et les rues finalement assez peu tortueuses. C'est une ville médiévale mais peut-être pas au sens où on l'entend chez nous, dans nos villages du sud de la France. Pas trop de venelles sombres et de passages, plutôt une ville aérée avec une grande place en son centre, où trône l'hôtel de ville. C'est d'ailleurs comme souvent le plus  bel endroit et celui -ci est vraiment très agréable. Bien plus que dans la vieille ville de Varsovie on peut ici passer du temps en flânant. Au pied de la Statue de Copernic, dès le soir tombé, joue un violoniste. Je ne peux m’empêcher, vu sa mine, de l'imaginer sous le joug de mafieux comme à Prague par exemple. Mais sa musique apporte du cachet à l'ensemble même si elle doit vite énerver les habitants par sa répétition.  A quelques pas, on prend la pose devant une petite fontaine aux grenouilles avec sa légende et son violoniste (tout s'explique) . Une église toute blanche puis une autre en brique un peu plus loin. Des arbres couverts de guirlandes blanches, des vendeurs de fleurs, des cafés et restaurants, un âne en bronze sur lequel  tout le monde  monte dessus mais  où on peut lire que c'était un instrument de punition à l'origine. Le condamné  y montait les pieds alourdis, assis sur  une pièce de métal  toute fine placé sur le dos de l'animal en bois. Qu’importe, les gens adorent. Je me demande si c'est une mode ou un business, toutes  ces statues en bronze, car il en fleuri un peu partout en Europe. Ici un chien et un parapluie, deux bonhommes qui portent des valises...Cela ne me dérange pas, c'est plutôt sympa mais n'est-ce-pas là une tentative de créer une mode: genre, toucher le pied du cochon, s’asseoir sur les genoux du grand-père...et d'en faire une attraction touristique. Sûrement, tout le monde veut son Manneken-Pis ou son taureau de Wall Street.  Et tout le monde mettre encore des cadenas sur les grilles, ici, sur le ponton face à la Vistule. Bienheureuse est la populace qui ne survit qu'en communion avec son voisin, aurait-dit Nietzsche.




​A l'intérieur de l'hôtel de ville, une belle cour est toute déserte et très romantique le soir venu, on peut y voir le sommet de la tour de l'horloge, où l'on peut monter. J'y passerai un bon moment, avec une certaine émotion, tant le paysage nocturne me paraîtra intéressant. On voit les ponts sur la rivière, les nombreuses églises de la ville, la place en contrebas et les gens qui s'y promènent. Le lieu déjà est charmant, très petit, on ne peut y être plus de 20, sans vitre, avec juste un gardien dans sa loge étroite. La montée aussi est intéressante. De plus en plus étroit, l'escalier passe à côté du mécanisme de l'horloge, on entend les clics et on voit les crans avancer, passe près d'une cloche qu'un imbécile au bras long pourra sûrement faire bourdonner.

Dans l'hôtel de ville, je visiterai aussi le Musée Régional, pas franchement passionnant. Dans des grandes salles sans un bruit j'erre au milieu d'objets d'art religieux, de vitraux, de tableaux (parfois d'art moderne) sans vraiment me passionner pour ce que je vois. Ce n'est pas que cela manque de qualité, mais disons que les thèmes présentés ne m'attirent guère.. 


Autre musée que je vais visiter, le Musée ethnographique, au nord de la Vieille-Ville. Celui-là sera bien plus intéressant. Armé d'un audio-guide , dont on oublie souvent quel plus il apporte, je vais avancer au milieu des salles consacrées à la façon dont vivaient les habitants  de cette partie de la Pologne . L'atelier du forgeron, les fenaisons, le marché, les mariages, les communions, la religion, les douanes, la décoration des maisons...tout est bien illustré avec des documents sonores, des objets d'époques, des films. Je vais passer pas mal de temps, seul, sans m'ennuyer une seconde.

Dehors la visite continue avec des maisons anciennes reconstituées. Là encore,  tout est très bien agencé, on rentre dans ces maisons où les lits sont faits et la table parfois mise, on y remarque les modes de vie de l'ancien temps, la rudesse du mobilier, la machine à coudre près de la fenêtre et autres herbes mises à sécher sur les murs.  Un moulin à eau, l'autre à vent, une scierie, une machine à couper la tourbe, des fours, des étables...Mais peut-être est-ce du au cadre urbain, en bordure de route, et au fait que tout fut déplacé ici, je ne vais pas me transporter dans le temps comme j'ai pu le faire en Ecosse et surtout en Colombie Britannique dans des endroits de ce genre. Celui-là est une bonne vitrine, est bien pédagogique mais aussi bien artificiel.  Néanmoins voilà un bon musée que je recommande.







​Je vais aussi visiter la Maison de Copernic, appartenant à sa famille et où, peut-être, il serait né. L'adresse est facile à retenir, rue Copernic. C'est l'enfant de Torun et son nom est partout, même sur les petits gâteaux au gingembre, spécialité du coin. Les 2 maisons, avec  leurs façades en échelon que l'on retrouve dans d'autres villes hanséatiques , appartenant à sa famille ,  sont aujourd'hui transformées en musée où l'on retrouve un peu du mobilier d'époque, des panneaux scientifiques sur l'héliocentrisme, quelques fac-similés d’œuvres du scientifiques  (pas seulement en sciences mais aussi  en économie ou sur la défense de la ville)  et beaucoup de portrait de Nicolas. Rien de bien passionnant d'autant que tous les touristes de la ville semblent s'y retrouver. Mais  bon, c'est pas trop cher (moins de 3 euros) alors on jette un œil. Rien à voir avec le Musée Galilée à Florence par exemple qui lui regorgeait de merveilles en profitant de moyens bien supérieurs c'est sûr.



Hormis les musées, les églises figurent sur le parcours des visiteurs de Torun. Je vais me rendre à l'église Notre-Dame et dans la Cathédrale St-Jean...sans vraiment d'émotion. C'est dans un silence de mort que je rentre, n'osant même pas marcher pour ne pas gêner les gens occupés à prier ou à attendre  la messe. Les sœurs sont bien alignées, le curé rentre, je dois sortir. Encore une fois je trouve pesante l'ambiance de ces églises polonaises. Quant à la décoration, même si les orgues, les retables et les autels sont richement décorés, cela ne m'atteint pas. Je suis dans d'autres sphères que celle de la religion et je crois que cela ne changera pas. 

Enfin, il est agréable de se promener dans la partie sud de la ville, longeant l'esplanade sur les berges de la rivière, et remontant dans la Vieille-Ville par les quelques portes monumentales. Un peu plus loin on peut visiter quelques ruines du château des chevaliers teutoniques. Je m’approche, mais voyant quelques piloris et autres attractions douteuses, je préfère continuer ma promenade. Hormis quelques maisons un peu abandonnées la Vieille-Ville est maintenant rénovée quasiment partout, ce qui peut aussi enlever un peu de charme  par rapport à d'autres comme Tallin, où la vétusté saute plus aux yeux qu'ici.  Il faudrait comparer et venir en hiver, je suis sûr que Torun doit y être encore plus attachante.




​Niveau gastronomie, hormis les célèbres petits gâteaux au gingembre que je vais ramener en nombre, je vais m'essayer deux tavernes intéressantes: Oberza et Karczma Gesia Szyja.

L’une, très peu chère, a  des prix de cantines mais dans un cadre chaleureux, façon champêtre. L'autre,  pas beaucoup plus chère, offre en plus un gril et des plats « médiévaux ». Après une soupe au bolet, du poulet, de l'oie et du porc et ses pommes de terres frites, je vais ressortir repu...Dans l'entrée, un tas de photos de célébrités, avec la patronne. Je cherche bien mais n'en reconnais aucune. Que veut dire célèbre en 2016 ?La définition du Robert a-t-elle évoluée ? Elle devrait. Bref, encore  une fois il est très simple de bien se nourrir à très petit prix en Pologne. 



Le lien vers les quelques  ​​​​​​​​​​​​PHOTOS  de la belle ville de Torun. 





IDEE D'EXCURSION (1/ 2 journée) : De Torun, je vais partir une matinée vers la ville proche de Chelmno, soit disant du même style , en beaucoup plus petit. Le trajet en bus me montre un visage un peu plus reculé du pays, avec des petites villes qui ne respirent pas la richesse. Le paysage est monotone, plat  et un peu triste avec les nuages bas. Un peu plus d'heure de trajet et me voilà arrivé.

La visite de la ville ne va pas s'avérer très excitante. Une fois passé une porte monumentale, on entre dans la rue principale qui mène à la Vieille-Ville, en fait à la place de l'Hôtel de Ville, encore un. C'est bien moins romantique ici qu'à Torun. L'ambiance est provinciale, et il m'est impossible de trouver des cafés ou des  restaurants un peu cosy pour prendre mon déjeuner. C'est le ventre vide que je traverse la ville. Bizarrement les magasins sont remplis, et le trafic est intense dans les rues. 


Nous sommes le 31 octobre, les gens se rendent dans les cimetières, les fleurissent en quantité industrielle et aussi visitent leurs familles . C'est donc l'effervescence en ville. Niveau visite, pas grand-chose. Je me fait rappeler à l'ordre (non dans les ordres, ouf!) par deux sœurs alors que je passe un portail ouvert...je m'attends à des remontrances mais au contraire, l'une d'elle me guide presque par la main vers la porte principale d'un très grand bâtiment très propre en brique rouge, elle sonne, se fait ouvrir par la sœur gardienne des Portes, et me voilà dans la couvent des Filles de la Charité. Je ne sais pas trop où elle m'emmène vu que personne ici ne parle vraiment anglais. Nous passons dans les couloirs, pour arriver devant une porte fermée par un gros grillage bien solide. Elles semblent savoir ce que je cherche, mais moi, je n'en ai aucune idée. Je suis leurs pas en toute bonne foi. Derrière est le trésor du couvent : un tas d'ostensoirs et de calices en or, chargés de pierres précieuses. Je regarde sous l’œil de la sœur les objets...mais encore une fois, cela ne m'évoque pas beaucoup de pensées, ni célestes, ni terriennes. Un peu plus loin elle me mène à la Chapelle, très richement décorée, j'y apprends que là, les 16 sœurs viennent prier au moins 5 fois par jour. Elles passent aussi beaucoup de leur temps à s'occuper des malades et des gens en difficulté. Leur travail est admirable. J'apprends sur le petit livret qu'elle me donne que certaines de ces sœurs du temps de la guerre ont été déportées dans des camps de travail ou même à Auschwitz où certaines périrent. Même les bonnes sœurs, le Mal est aveugle. Une petite visite dans les jardins et voilà, je me retrouve dehors après une visite offerte sans que je ne demande rien. Les Filles de la Charité portent bien leur nom.

Je poursuis ma route avec le petit plan donné à l'office du tourisme (là encore...personne ne parle anglais...pas évident de renseigner le touriste étranger). L'état de la ville est parfois moins propret que celui de Torun, peut-être est-ce du au centre d'aide aux gens en difficulté mais je croise aussi des gens pas forcément privilégiés dans le centre. Encore une église, puis une autre, une tour, un point de vue et c'est fini. Pas le grand frisson mais le plaisir de déambuler dans une petite ville de province, une veille de Toussaint, au milieu du peuple polonais .Près de la gare routière, les vendeurs de chrysanthèmes sont légions, d'autres tiennent des stands de vêtements dans une atmosphère pas forcément très joyeuse.

​Après 2h30 en ville, je rentre à Torun.




Le lien vers les quelques  ​​​​​​​​​​​​​PHOTOS  de Chelmno. 





​Jours  14 à 15 : En route pour MODLIN : en attendant mon vol

Pas si simple de s'organiser quand son vol part à 7h20 du matin, bien à l'écart de Varsovie. Moi qui, souvent, aime bien flâner une dernière fois dans les villes où j'arrive, pour comparer mes sentiments dans une sorte d'Avant-Après, je vais cette fois me contenter d'une après-midi et d'une soirée quelconques dans la petite ville qui borde l'aéroport de Varsovie -Modlin. Le train pour s'y rendre depuis Torun est bondé, c'est aujourd'hui un jour férié et les gens se déplacent en nombre. Les plaines sont toujours aussi mornes sous le ciel gris et la pluie. Deux petites filles blondes ensoleillent le compartiment.  Rien à faire qu'à attendre, attendre pour se retrouver en début d'après-midi dans un hôtel où il faudra encore attendre. Peut-être ai-je parfois prévu un peu trop lâche pour certaines étapes. Certains en aurait profité pour passer une après-midi de plus à Varsovie. Mais j'avais bien précisé au départ que je ne voulais pas être un voyageur lièvre alors j'ai pris mon temps. La Pologne se déguste en décoction lente et continue, ces saveurs sont plus dures à extraire et nécessite plus de temps. C'était là mon choix, finalement, je ne regrette rien.

La   vidéo du séjour en Pologne


Un petit aperçu en 7 minutes  de quelques sites visités, en particulier le repaire du loup, la forteresse Boyen de Gizycko, la ville de Torun...


CONCLUSION

Voilà un voyage riche en émotions. Presque deux semaines après mon retour et je garde toujours très présent en moi cette atmosphère si particulière, ce goût d'un passé suffisamment proche pour être ressenti avec force. L'histoire de nos belles villes d'Europe est parfois lointaine, distante. Les yeux observent et vivent les monuments mais le coeur n'est pas atteint . L'histoire de la Pologne touche le coeur et c'est bien là l'essentiel de ce voyage. Je ne peux pas conseiller ce séjour à ce groupe de "voyageurs" , qui , à la façon de nos tournesols dans les champs, suit la course du soleil en n'imaginant pas partir dans l'ombre d'un mois d'octobre. Je ne le conseille pas non plus à ceux , nombreux, qui  ne savent demander à votre retour autre chose que " alors c'était beau?". Car il y a des tas d'endroits bien plus charmants et plus appropriés à ces yeux qui ne cherchent que la beauté superficielle . Le nord est de la Pologne fin octobre n'est pas pour eux. Il est un voyage pour celui qui , lentement, patiemment, veut bien s'infuser , sous la pluie, dans le froid, dans un environnement qui ne livrera pas ses richesses au premier regard. Il faut rencontrer les Polonais, écouter leurs souvenirs. Il faut se promener dans tous les lieux de mémoire et , dans le silence, se recueillir et faire preuve de compassion. Alors une autre porte s'ouvre, le voyage prend sens comme vos pieds prennent racine dans ce sol souillé de sang et de cendres. Le passé est là, derrière chaque bougie aux pieds des mémoriaux, devant chaque brique de murs quand il est du ghetto . Le devoir de mémoire n'est pas du voyeurisme. Il est indispensable pour vivre en 2016 et pour limiter nos erreurs futures. Un voyage en Pologne est une remise à niveau, pour évaluer de manière plus objective la qualité de nos vie présentes , pour se mettre en garde contre les extrémismes, pour éviter de trop se plaindre pour rien ou  pour apprécier nos nuits tranquilles. La Pologne en 2016 m'est apparue tellement moderne, avide de tourner les pages, mais il est des chapitres que l'on lit et relit , pour ne pas perdre le sens de l'histoire. 
Au final , j'observe la photo juste à droite de ce court texte. Je suis ce tournesol. Je me suis tourné vers ce couple souriant , heureux malgré les difficultés, au combien terribles, qu'ils avaient ou allaient rencontrer. C'est vers ce soleil là que je souhaitais me tourner et en ce sens , ce voyage fut une parfaite réussite. 


MON SEJOUR EN 5 COUPS DE COEUR :
 
-La visite  émouvante des lieux de mémoire de Varsovie (musée de l'histoire des Juifs de Pologne, musée de l'insurrection de Varsovie, musée de la Prison Pawiak et  vestiges du mur du ghetto)
-Le petit musée ostalgique de la vie à l'époque communisme de Praga
-La visite avec un guide de la dernière forêt primaire de plaine d'Europe à Bialowieza
-La visite de la tanière du  loup, centre névralgique du 3ème reich pendant la 2ème guerre mondiale à Gierloz
-Le panorama  de Torun la nuit depuis la Tour de l'hôtel de Ville


LE POUR : l'histoire , dans l'air, dans le sol,dans les mémoires, le voyage ostalgique,  la gentillesse des gens,  la facilité de l'organisation, le budget vraiment bas pour un très bon rapport qualité prix, l'absence de tourisme de masse. 
 
LE CONTRE : la météo, execrable la plupart du temps avec de la pluie et du vent, les paysages, celui qui vient pour se remplir les yeux sera déçu, le manque de dépaysement parfois.